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Carnet de voyage : la Slovénie grandeur nature

Le château médiéval de Predjama / Hame Hodalic

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30.07.2009 | 21:30

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Entre la Grande Bleue et les sommets alpins, entre le Danube et Venise, le monde latin, germanique et slave, la petite Slovénie reste préservée du tourisme de masse. Voyage-découverte de ce sublime petit pays au centre de l'Europe.

C’est le pays du milieu. Rien d’un Empire pour autant. La Slovénie n’est pas plus grande que la Bretagne ! Et des Empires, elle n’en a été que la proie. L’Empire habsbourgeois y a laissé sa marque, mais, sur la côte, l’influence est vénitienne. Napoléon y fit un bref passage remarqué. La Slovénie, c’est “l’Europe en miniature” comme le clament les brochures touristiques. Un enchevêtrement d’horizons infinis et de cimes infranchissables.

Arrivée par le vol du soir à Ljubljana, je décide, malgré l’heure tardive, de prendre une bière locale au très populaire Stara Macka (le “Vieux Chat”), café sur les berges de la Ljubljanica qui traverse le centre de la capitale slovène. Je ne suis qu’à quelques pas du petit hôtel Antiq, un lieu raffiné et meublé à l’ancienne, ouvert il y a cinq ans. Mon compagnon de voyage, le célèbre photographe Arne Hodalic, m’y retrouve le lendemain matin. Nous prenons un café devant l’hôtel, face à la fontaine baroque du Vénitien Francesco Robba, avant de partir en direction de la côte.

Stan, spéléologue et guide, nous attend à Postojna, la fameuse grotte donnant accès à un immense réseau de lacs souterrains creusés dans la roche karstique calcaire et ouverte en 1819. Les soldats de Napoléon et Marie-Louise d’Autriche, son épouse, furent les premiers admirateurs du spectacle majestueux de ses draperies chatoyantes avec ses stalagmites en forme de colonnes gothiques flamboyantes. Depuis plus d’un siècle, concerts et bals y sont organisés. J’imagine les femmes en robe longue virevolter à la lumière des chandeliers.

Un nid d’aigle propice aux légendes

Nous rejoignons ensuite le château médiéval, tout proche, de Predjama, perché à flanc de falaise. Un nid d’aigle propice aux légendes. Comme celle du prince Érasme qui résista plus d’un an au siège de l’armée autrichienne grâce au réseau de galeries et de grottes souterraines qu’il empruntait pour ravitailler en nourriture ses hommes. Trahi, il fut vaincu en 1448.

Après une brève halte à la grotte de Skocjan, avec sa salle gigantesque et ses eaux tumultueuses, nous rejoignons le haras de Lipica, le berceau des célèbres chevaux blancs de la cour d’Autriche. Coup de chance, le spectacle, qui n’a lieu que trois fois par semaine, commence dans un quart d’heure. Je ne raterais pour rien au monde le “pas de deux” de ces majestueux pur-sang noirs ou à la robe baie à la naissance puis blanche à l’âge adulte.

Petits palais vénitiens

Il est temps de rejoindre la petite côte slovène (à 42 kilomètres d’ici) qui s’étend des rives du golfe de Trieste à Piran, dressée sur son promontoire marin d’où jaillissent des eaux un campanile identique à celui de la place Saint-Marc.

Promenade dans les ruelles étroites et escarpées de Piran. Derrière ses remparts, l’ancienne cité médiévale abrite vingt-six églises et des petits palais édifiés pendant les cinq siècles de domination vénitienne. Je prendrais bien mes quartiers d’été ici en investissant dans la pierre. Mais le prix du mètre carré dépasse les 4 000 euros ! Alors mieux vaut descendre à l’hôtel Max, installé dans une maison de 1700 brillamment rénovée.

Au cours du dîner, Arne Hodalic m’a convaincu de partir aux aurores pour les salines de Secovlje, au fond du golfe de Piran. La lumière est plus belle. Après deux cafés serrés, les valises dans le coffre, nous longeons la station balnéaire encore endormie de Portoroz avec ses magnifiques hôtels de luxe, puis passons sans nous arrêter devant la pension de la famille Parezza, la Casa del Sal – la meilleure table traditionnelle locale selon Arne –, pour arriver quelques minutes plus tard au poste frontière entre la Slovénie et la Croatie. L’entrée du parc naturel est là, sur la ligne de partage de la baie que se disputent (verbalement !) les deux États depuis leur indépendance en 1991. La balade à pied ou à vélo au milieu des marais salants et des vieilles bâtisses en ruine, où vivaient autrefois les saisonniers qui ravitaillaient Venise, est fabuleuse.

Après une longue marche revigorante dans ce sanctuaire pour oiseaux migrateurs et espèces protégées, nous repartons en direction du golfe de Trieste et de Sezana, où commence la route des vins.

Toscane slovène

Je suis saisie par la beauté de cette petite Toscane slovène. Les vignes à flanc de coteaux, les villages fortifiés perchés sur les collines se succèdent jusqu’aux abords de Nova Gorica. Nous nous arrêtons au village médiéval de Stanjel avec son château et le jardin Ferrari, aménagé par Max Fabiani, le célèbre urbaniste viennois. Puis brève promenade dans les rues étroites qui encerclent l’église de la Vierge Marie au sommet du village de Smarje.

Là encore, il faudrait troquer quelques jours la voiture pour la bicyclette, suivre les parcours balisés, s’arrêter au gré de l’humeur dans les fermes touristiques et déguster le prosciuto, le fromage de brebis, ou, en automne, les bolets grillés. Mais nous allons à Dobrovo, de l’autre côté de Nova Gorica, ingrate ville frontalière surnommée “Slovégas” depuis qu’elle a été transformée – après l’entrée de la Slovénie dans l’Union européenne en 2004 – en nouvelle Mecque des jeux d’argent. Au loin, j’aperçois la colline de Kostanjevica et son monastère franciscain où reposent le roi Charles X et plusieurs membres de la famille des Bourbons, morts en exil.

Nous arrivons sur les collines de Gorica (Goriska Brda). Toni Gomiscek nous attend au château de Dobrovo. Autour d’exquis pruneaux fourrés au fromage frais, il nous fait goûter un tokay du Frioul, un pinot blanc, puis un rebula. En vin rouge, le merlot noir est meilleur que la teran local, un peu lourd. Et puis l’affable Toni nous réserve sa surprise, le puro, un vin pétillant champenois qu’il ouvre dans l’eau ! Un régal. Mais notre escapade des goûts ne s’arrête pas là. Nous déjeunons “bio” chez Jean Michel et son épouse dans leur superbe bâtisse au milieu des vignobles, la Casa Kobaj Morel. La plus charmante auberge du coin où passer des nuits magiquement calmes dans des chambres décorées avec délicatesse.

À travers les vignobles, nous rejoignons Plava et la route qui monte le long des gorges de la vallée de la Soca (Sotcha) jusqu’aux Alpes juliennes. La rivière a la couleur du cocktail au curaçao que je n’ai pas pris ce matin au très luxueux Kempinski Palace de Portoroz. Nous entamons l’ascension de la vallée de la Trenta où la Soca prend sa source. L’histoire de la fracture des empires se bouscule dans ces gorges où Napoléon emmena, en 1809, ses troupes et où les armées italienne et autrichienne se déchirèrent pendant la Grande Guerre, comme le décrit Hemingway dans L’Adieu aux armes.

Des lacs aux eaux émeraude

Nous traversons Bovec et Kranjska Gora (la Carniole), de charmantes stations de sports d’hiver. Nous entrons dans le parc national du Triglav, du nom de la montagne à “trois têtes” qui figure sur le drapeau national. Les lacs aux eaux émeraude sont majestueux : direction, Bled, le plus connu, où les têtes couronnées et les puissants viennent en villégiature depuis plus d’un siècle. Le maréchal Tito, qui dirigea la Yougoslavie pendant près de quarante ans, y a fait construire une villa, transformée depuis en hôtel. Le mobilier est d’origine, typique des années 1950, l’entrée en marbre noir est signée Vinko Glans. Je visite la salle privée de cinéma où Tito regardait les films de John Wayne en fumant un cohiba. Janez Fajfar, le maire de Bled, ancien directeur de la Vila Bled, qui nous retrouve peu après sur la terrasse du château surplombant le lac, est intarissable. Il se souvient même de la venue en 1996 d’une inconnue à l’époque, une certaine Monica Lewinsky ! Mais il m’impressionne beaucoup plus en m’emmenant à l’église Saint-Martin voir les fresques (1932-1937) de Slavko Pengov qui représentent la Cène et le Jugement dernier. Le peintre a donné à Juda les traits de Lénine !

Nous quittons Bled au coucher du soleil pour une demeure plus modeste au bord du lac voisin, et plus sauvage de Bohinj. Un repas montagnard avec polenta et une bonne nuit embaumée par les sapins au gîte Pod Voglom, nous voilà requinqués pour une poussée d’adrénaline. Vingt minutes de 4 x 4 dans la forêt et, vingt minutes de marche plus loin, je suis prête pour le grand plongeon ! C’est mon baptême de l’air en parapente et le meilleur moyen d’admirer le lac et sa région.

Des merveilles baroques et Art nouveau

Pleine d’émotions fortes, je repars pour Ljubljana, la plus petite capitale européenne (260 000 habitants). Je n’y suis pas revenue depuis la déclaration d’indépendance et la guerre éclair de l’été 1991. La ville est désormais très en beauté. Elle regorge de merveilles baroques et Art nouveau et a su les mettre en valeur.

Je pose ma valise au luxueux Grand Hôtel Union, l’un des joyaux de l’Art nouveau où Clinton et la reine d’Angleterre m’ont précédée ces dernières années. Toute la rue Miklosiceva décline des façades 1900 insensées. Ljubljana doit son aspect au génie créateur du célèbre Jose Plecnik, qui la dessine au début du XXe siècle. C’est lui qui a signé le fameux “triple pont” à quelques pas de là et les berges couvertes qui accueillent un marché et des cafés, ou encore la colonne dédiée, sur la place de la Révolution française, à Napoléon. L’empereur, qui annexa la Slovénie de 1809 à 1813 et fit de Ljubljana la capitale des provinces illyriennes allant du Tyrol au Monténégro, reste célébré pour avoir réintroduit la langue slovène bannie par les Habsbourg.

Il faut se perdre dans Ljubljana et découvrir, au hasard de la vieille ville, les trésors rococo comme le palais Gruber ou celui de Sweiger. Après un léger déjeuner au très chic Valvasor (nouvelle cuisine), je monte en funiculaire jusqu’au château pour contempler la ville. Je redescends à pied et m’offre une balade jusqu’au jardin Tivoli, dessiné par Plecnik. Sous une pluie battante, je me réfugie à l’Union Kavana, la brasserie au bas de mon hôtel, où je retrouve Milan Kucan, l’ancien président slovène.

La nuit est fraîche et je marche jusqu’au Pen Club, près de l’Opéra et de la place de la République. Le restaurant, situé dans un appartement, est une adresse peu connue des visiteurs. C’est là, entre autres, que l’intelligentsia slovène préparait, au début des années 1980, la transition du communisme à la démocratie. Le lendemain, le soleil est revenu. Sur la place du marché, les étals débordent de fleurs et de fruits. Je profite jusqu’au bout de cette ville accueillante, paradis des cyclistes et des piétons. L’aéroport n’est qu’à une demi-heure de voiture.





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