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Le mirage de la liberté des autoroutes allemandes

jeudi, 14 octobre, 2010 - 13:49

Aucune limite n'est imposée sur le réseau autoroutier allemand, mais il existe une vitesse recommandée de 130 km/h. L'ignorer peut coûter très cher en cas d'accident.

Si la pédale d’accélérateur vous démange, vous pouvez encore vous défouler avec votre bolide sur les autoroutes allemandes. La limitation de vitesse est un sujet récurrent depuis des années dans le débat politique outre-Rhin. Mais au pays des grosses berlines surpuissantes, il est bien difficile de se résoudre à la limiter. Le dernier projet de loi visant à instaurer un maximum de 120 km/h a été repoussé en mai 2008 par la grande coalition gauche-droite au pouvoir. Du coup, l’Allemagne reste le seul pays d’Europe à n’avoir aucune limitation de vitesse sur ses autoroutes. Aucun radar automatique ne viendra gâcher votre course folle et vous ne serez pas ralentis par les péages : les 12 500 kilomètres d’auto­routes sont entièrement gratuits pour les véhicules particuliers. Bref, les Auto­bahnen restent un paradis pour les fous du volant. Mais un paradis théorique.

Une limitation par tronçons

Car, dans les faits, le tableau est différent. D’abord parce que certains tronçons d’autoroute, jugés les plus dangereux, ont une vitesse limitée. Et gare à qui la dépasse ! Depuis le 1er janvier dernier, les montants des amendes ont été doublés et peuvent atteindre 600 euros. Mais, dans un pays où les conducteurs restent encore assez disciplinés et où la police a multiplié les moyens techniques de surveillance, ces limitations sont assez bien respectées. Revers de la médaille, cela engendre des ralentissements brusques qui peuvent surprendre les automobilistes peu familiers du parcours et qui déboulent le pied au plancher. Comme les tronçons concernés sont en général assez courts, l’alternance rapide de zones limités et libres entraîne une conduite saccadée parfois périlleuse.

Il faut ensuite tenir compte de l’état des autoroutes. C’est le prix de la gratuité : les Autobahnen sont ­entretenues par un État fédéral qui fait ce qu’il peut et souvent peu. ­Résultat, la qualité des voies se ­dégrade. Le réseau est vieux et saturé. La vitesse est souvent ralentie par la qualité de la chaussée et par les fréquents et interminables travaux. Enfin, il vaut mieux faire preuve de la plus grande prudence ou de la plus grande maîtrise. Car si aucune limite n’est imposée, il existe, depuis 1978, une “vitesse recommandée” de 130 km/h sur l’ensemble du réseau autoroutier. Et en cas d’accident, si vous n’avez pas tenu compte de cette recommandation, elle constitue une circonstance aggravante qui sera retenue contre vous devant le tribunal.

Bref, si la grande vitesse existe bien sur les autoroutes allemandes, elle n’a ni l’ampleur ni les conséquences néfastes que l’on imagine. Avant tout parce que l’automobiliste allemand est respectueux de la loi au point qu’un stationnement en double file ou un passage des feux à l’orange sont assez exceptionnels, même dans les grandes villes. Voilà qui explique pourquoi l’Allemagne est plutôt bien placée en Europe en termes d’accidents de la route. Mais elle le serait encore mieux sans l’état assez déplorable de son réseau, aussi bien autoroutier que – surtout – national et secondaire. Ce n’est pas un hasard si le plan de relance, voté en janvier, a prévu une enveloppe de 6 milliards d’euros pour rénover l’ensemble des routes.


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