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Carnet de voyage : La Vénitie, de Vérone à Padoue

dimanche, 26 septembre, 2010 - 19:02

Oubliez Venise… Retrouvez Roméo et Juliette, visitez les villas palladiennes, découvrez Giotto… Loin du Grand Canal, notre reporter s’est laissée séduire par la Vénétie, cette magnifique province de l’Italie du Nord.

C’est vrai, je pourrais aller à Venise, revoir la piazza San Marco, rire sous les picotements légers des pigeons qui prendraient mes bras et ma tête pour des branches, me reposer dans les jardins de l’Arsenal, écouter de la musique dans les églises, chiner dans les magasins… Puis me perdre dans le dédale des rues étroites, regarder les canaux, boire un Bellini, le fameux cocktail du Harry’s Bar à base de pulpe et de jus de pêche blanche arrosés de prosecco. Mais c’est trop de souvenirs. Et puis je ne connais pas le reste de la Vénétie que l’on dit si belle et si douce malgré le vent d’intolérance qui souffle sur la région en partie gouvernée par la Ligue du Nord.

Alors chiche ! Cette année, je m’offre une balade dans le triangle Vérone-Vicence-Padoue et je parcours la route que Goethe a tant aimée.

Par où commencer ? J’opte pour Vérone. À la sortie de l’aéroport, je loue une petite voiture. Elle sera plus facile à garer en centre-ville ou sur les berges de l’Adige, le fleuve qui se dénoue comme un serpent et coupe la ville en deux. Mais je dois être attentive aux ZTL, les zones interdites sauf aux résidents, ou c’est le PV garanti !
Je commence par me perdre. Je finis par trouver l’hôtel Aurora, piazza delle Erbe. Un lieu charmant, avec des lits et des armoires qui sentent bon le vieux bois et, surtout, une terrasse qui surplombe la place.

La tournée des classiques

Il est déjà midi. Je commence mon périple par un apéritif piazza Bra, une place tout en rondeur. Je m’assois à la terrasse du café Liston 12. Le panorama est superbe. Sur ma gauche, l’arène où Placido Domingo dirigera Carmen, les 19 et 27?juin prochains et, devant moi, la mairie, le palais Barbieri qui regarde les jardins où des couples s’embrassent. Et sur ma droite, le palais de la Grande Garde, que la Ligue du Nord loue pour ses grandes occasions, c’est-à-dire les meetings en présence du gratin ligueur de Vérone.

Autour de moi, les serveurs s’agitent. Le maire-vedette de la ville, Flavio Tosi, vient d’arriver avec son garde du corps, son porte-parole et un conseiller municipal. Ils commandent une bouteille de soave, le vin blanc délicieux de la région. L’édile ressemble à ­Christophe Lambert ! Je me présente. Il me parle avec fierté de sa politique anti-immigrés – « clandestins », ­souligne-t-il – me parle de quotas, d’immigration choisie, de nouvelles lois municipales pour bloquer l’accès des immigrés aux HLM. L’ordre “règne” dans la ville de Roméo et Juliette ! Son porte-parole me conseille d’aller rue Canossa, située de l’autre côté du fleuve, où je pourrai admirer les fresques et les balcons des vieux immeubles en bois. Il faut également s’arrêter piazza San Zeno où se dresse l’église qui abrite le corps du huitième évêque de Vérone, mort en l’an 380, et se perdre dans le dédale des rues qui entourent ce lieu de culte. Mais je n’aurai jamais le temps de tout voir, m’explique le porte-parole.

Je dois me limiter à la tournée des?grands?classiques :?le?balcon de Roméo et Juliette, la tombe de Juliette auprès de laquelle on célèbre les mariages le samedi matin, la loge du frère Giocondo, la tour des Lamberti, les arènes, la colonne du marché.

Cap sur la ville de Palladio…

Après une journée passée à flâner dans Vérone, le nez souvent en l’air pour ne pas perdre une seule fresque, mon estomac crie famine. Retour piazza Bra où j’avais remarqué le restaurant de Giovanni Rana, le roi des pâtes fraîches. Ce soir, j’ai de la chance, le maestro est là avec quelques amis. Nous parlons pâtes, marché, crises économique et financière en buvant un verre généreusement rempli de berlucchi, considéré en Italie comme l’équivalent de notre champagne. Il est tard, mais je ne peux pas partir de Vérone sans avoir pris un dernier verre dans l’antique boutique du vin qui se trouve à quelques pas de mon hôtel. Je pense à François Mitterrand, qui vouait une véritable passion à Vérone et dînait souvent ici, sur la table en vieux bois ciré au milieu des bouteilles.

Le lendemain, cap sur Vicence, la ville de Palladio. Je prends la route qui serpente entre Vérone et Padoue, au sud de Vicence. Les collines Berici, d’origine vulcanienne, surgissent au détour de la plaine. J’ai du mal à ne pas m’arrêter dans toutes les ­“cantines”, ces maisons de vignerons où l’on déguste le nectar local. Je passe à côté de Montecchio Maggiore, petite ville surmontée des deux châteaux des amants de Vérone. Rien ne prouve pourtant qu’ils appartenaient aux deux familles rivales, les Capuleti et les Montecchi. C’est la tradition populaire qui les a simplement rebaptisé châteaux de Roméo et Juliette. Mais les ruines imposantes, les vignes éparpillées à leurs pieds et la proximité de la route Saint-Valentin contribuent au charme de la région.

Je m’arrête pour admirer la villa Cordellina Lombardi, construite entre?1735 et?1760 par le célèbre architecte vénitien Giorgio Massari, en hommage au maestro Andrea Palladio, le grand bâtisseur de la Renaissance italienne, né à Padoue.
La demeure est située à l’entrée du bourg. En guise de parvis, une sorte de panthéon à quatre colonnes. ­L’intérieur?est?superbe :?un?salon décoré par Giambattista Tiepolo raconte le triomphe de la raison sur l’ignorance et les passions.

… Et ses villas palladiennes

Je découvre d’autres endroits magnifiques sur les collines de Vicence, comme la basilique de Monte Berico, à trois kilomètres de Vicence, où ­j’admire le tableau de La Cène de saint ­Grégoire le Grand, de Véronèse. Ou la villa Valmarana ai Nani (des nains), une demeure somptueuse avec des salons tapissés de fresques de Tiepolo. Je prends la route d’Este pour voir la Rotonda, la plus célèbre villa palladienne. Surmontée d’un dôme, elle est bâtie sur un plan carré et chacun de ses côtés s’ouvre sur un fronton à colonnes, façon temple antique.

Il se fait tard, il est temps de trouver un hôtel à Vicence. On m’a également conseillé de dîner au Molin Vecio, situé à une dizaine de kilomètres de Vicence, à Caldogno. Le cadre est splendide. J’entends l’eau qui ruisselle le long des murs du vieux moulin construit en 1520. Je craque devant le fameux “exercice de goût autour de foie gras, de veau et de cabri”. Tout en écoutant la musique de l’eau, je pense à demain.

J’irai à Vicence, la petite Venise fondée entre le XI? et le VII? siècle avant J.-C., puis annexée par Rome en 157 de la même ère. Je ne manquerai pas de faire un tour piazza dei Signori, le cœur de la ville. J’y verrai la basilique palladienne, plus connue sous le nom de palais de la Raison. Je m’arrêterai devant la Loge du Capitaine, un autre palais de Palladio. J’admirerai la tour du Tourment, ainsi baptisée parce qu’elle servait de prison et de salle de torture. Je me promènerai piazza Duomo et n’oublierai pas de visiter le théâtre Olimpico (fermé le lundi), puis je partirai pour Padoue. Sans oublier, encore une fois, de profiter de la campagne en m’arrêtant de temps en temps pour admirer un bourg abandonné.

Le surlendemain, je suis à Padoue. Je me perds de nouveau dans cette cité médiévale avant de trouver la chapelle des Scrovegni qui abrite les chefs-d’œuvre de Giotto. La scène du Jugement dernier est terrible. Les personnages se bousculent de droite à gauche comme pour mieux tomber dans les griffes des démons qu’ils chevauchent dans une ultime tentative de séduction. Au bas de la fresque, un pape, mitre sur la tête, assis sur le dos d’un diablotin, bénit un moinillon. Lucifer, gras, nu et poilu trône au milieu de la scène, la tête d’un homme remplaçant son sexe. Tout en dévorant un maudit, il agite dans ses mains griffues et velues deux hommes qui attendent d’être mangés.

Plutôt secouée, je sors de la chapelle et mets le cap sur la piazza dei Signori. La tour de ­l’Horloge est magnifique, comme le palais du Capitaine, la Loge du Conseil et le baptistère où sont conservées les fresques de Giusto de Menabuoi. Je parcours l’antique ghetto, je m’assois pour admirer le palais du Podestat, l’arène romaine et la piazza degli Eremitani, avec sa fameuse chapelle Ovetari décorée par Andrea Mantegna.

La cité des Doges n’était pas au programme de mon long week-end en Vénétie. Heureusement, le temps m’étant malheureusement compté ! Je reviendrai… vite.




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