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Cinéma Paradiso en Algarve

dimanche, 10 octobre, 2010 - 11:30

Dans les zones rurales de l’Algarve, un bus va de village en village offrir des séances de cinéma aux habitants délaissés.

Alcoutim est située à une cinquantaine de kilomètres de l’Algarve balnéaire et touristique, au sud du Portugal. Mais la jolie bourgade aux maisons blanches alanguies près du Guadiana et son arrière-pays ne sont jamais atteints par les cris des baigneurs. La région est frappée de désertification humaine, entre vieillissement de la population et départ des plus jeunes vers les villes à la recherche de meilleures conditions de vie.

La mairie d’Alcoutim a eu envie de secouer la torpeur. Elle a affrété un vieux bus pour amener le cinéma dans une campagne semée d’une bonne centaine de lieux-dits et de hameaux. Le bus parcourt sans relâche la région escarpée, emprunte les petites routes improbables qui traversent les Serras, collines plus que montagnes, mais si serrées que passer de l’une à l’autre peut prendre des heures. Le Cinéma mobile change d’endroit deux fois par jour, et propose deux séances, l’une l’après-midi, l’autre le soir.

Après les services sociaux, le divertissement ambulant

Le bus, customisé, est recouvert de portraits d’acteurs célèbres du cinéma portugais. Le ton est donné : pas question de passer en boucle des blockbusters américains, mais plutôt de diffuser le cinéma classique en noir et blanc, comédie populaire et films réalistes de l’âge d’or du cinéma lusitanien. Sur l’écran, La Demoiselle à la frange, surnom de l’actrice Béatriz Costa, aussi célèbre au Portugal que celui de Casque d’or pour Simone Signoret, en France. Les spectateurs hésitent entre rires et larmes. Ils ont 70 ou 80 ans et, pour la plupart, l’expérience du cinéma est inexistante ou fort lointaine.

Le bus fait salle comble presque à chaque séance : 25 places seulement, mais 25 places qui ont changé la vie des habitants des villages de l’Algarve. Le maire d’Alcoutim y voit une excellente forme de thérapie pour lutter contre la dépression qui touche ses administrés. Francisco Amaral sait de quoi il parle, il est médecin. La municipalité a déboursé 80 000 euros pour transformer l’autocar en salle de cinéma roulante. Une conception moderne du divertissement et de la vie de saltimbanque qui vient s’ajouter aux aides sociale ou de santé itinérantes : enseignants voyageurs, consultations dentaires, camions de dépistage et même podologue ambulant…


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