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« Les Européens font le mauvais choix au mauvais moment »

jeudi, 23 septembre, 2010 - 15:56

Pour l’économiste Jérôme Creel, directeur adjoint du département des études de l’OFCE, les plans de rigueur pris en ordre dispersé par les gouvernements européen incapables de se concerter pour  prendre, à l’exemple des Etats-Unis, des mesures pour réguler et maitriser les marchés financiers, vont tuer la croissance et laisser l’économie européenne à la traine.

Poussez, poussez… l’escarpolette de l’austérité. Après la Grèce, le Royaume-Uni et l’Irlande, le Portugal et l’Espagne, l’Italie a adopté un programme de sévères restrictions budgétaires. Au menu : non-remplacement des fonctionnaires et gel de leurs salaires, coupes sombres dans les budgets de fonctionnement des ministères et dans ceux des collectivités locales. Hormis l’Allemagne, qui possède encore des poches de croissance, les Pays-Bas, la Finlande et l’Autriche, les 16 pays de la zone euro entonnent le même refrain de la rigueur. Les mesures prise dans l’urgence sont les mêmes partout.

Tout le monde fait à peu près la même chose, à des degrés divers ; cela va de la forte rigueur en Grèce à de faibles restrictions au Royaume-Uni, mais la recette est similaire ». L’effet de ces plans risque d’être «désastreux pour la croissance de la zone euro » prévient Jérôme Creel, directeur adjoint du département des études de l’Observatoire français des conjonctures économiques.

Faire payer les banques

Selon cet économiste, également professeur à l’Ecole supérieure de commerce de Paris, il existe deux stratégies possibles pour sortir de la crise actuelle.

La première stratégie consiste à penser faire ce que réclament les marchés, c’est-à-dire réduire les déficits publics ». La deuxième serait d’avoir «une politique plus autonome vis-à-vis des marchés et affirmer haut et fort que la croissance doit reprendre en Europe ».

Les Européens ont, déplore-t-il, choisi la première option qui les condamne à rester englués dans une phase de croissance extrêmement faible. Au lieu d’opter pour une relance coordonnée qui serait « largement favorable aux économies européennes car elle engendrerait de la croissance, et donc des recettes qui contribueraient à réduire le déficit public.

Rien n’empêchait pourtant les gouvernements européens à se concerter pour, estime l'économiste,

faire payer ceux qui sont à l’origine de cette crise : les banques et les assurances, qui secouent la zone euro ».

Comment ? Grâce à des mesures de régulation comparables à celles adoptées par les Etats-Unis la semaine dernière – surveillance renforcée des banques et de la Bourse -, et l’interdiction, par exemple, de certaines activités comme la vente à découvert, interdiction mise en œuvre unilatéralement par l’Allemagne.

Chacun chez soi et la crise pour tous

À condition que les Européens se concertent car, observe l’expert,

la globalisation financière s’est tellement développée qu’aucune action ne sera efficace si elle n’est menée à l’échelle internationale. »

Seulement voilà, les gouvernements européens n’étant pas tous d’accord pour agir de concert chacun se contente d’utiliser les instruments qu’il maîtrise : hausse de la TVA les uns (en Grèce, elle passe de 21 à 23%, au Portugal, elle augmente de un point à 21% , en Espagne de deux points à 21% et en Hongrie, elle est passée de 20 à 25%), suppression des pensions d’invalidité pour un autre (Italie), élimination de l’allocation enfant à la naissance pour le troisième (Royaume-Uni)…

Par défaut, critique Creel, chacun suit un scénario purement domestique, au lieu d’élaborer ensemble une stratégie mondiale ».

Les Européens sont des comptables

La diminution des dépenses publiques, la hausse de la TVA, le gel ou la réduction des salaires de fonctionnaires, la réduction d’allocations sociales, risquent d’étouffer la demande, alors que la zone euro connaît une détérioration de son activité et une croissance extrêmement fragile. « Cela risque de casser la reprise en Europe et de la freiner aux Etats-Unis. » Et, du coup, de renforcer le dynamisme et le poids de la Chine, de l’Inde et du Brésil dans l’économie planétaire.

À force de vouloir être des comptables, les Européens sont en train de perdre leur place sur l’échiquier mondial, affirme l’expert. L’économie, c’est autre chose que des chiffres dans des colonnes : c’est une dynamique ».

Il y a des moments pour tout. Et lancer des plans de rigueur qui risquent d’étouffer les capacités de croissance présente et future, est, selon Jérôme Creel, « le mauvais choix » au mauvais moment.




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