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La presse italienne bâillonnée

lundi, 11 octobre, 2010 - 10:51

Le Sénat italien vient de limiter la durée des écoutes téléphoniques et d’interdire leur diffusion par les médias jusqu’à l’ouverture du procès. Cette loi suscite l’inquiétude au niveau européen.

Payer 450.000 euros pour avoir publié le contenu des écoutes téléphoniques prouvant que Guido Bertolaso, le patron de la Protection Civile et héros du séisme de l’Aquila, est intervenu dans les marchés publics en échange de faveurs sexuelles. C’est ce que risquent désormais les directeurs de publications, le Sénat ayant approuvé une loi limitant l’utilisation des écoutes téléphoniques dans les enquêtes et leur diffusion dans les médias. Un cadeau inattendu pour le crime organisé et une muselière pour la presse transalpine.

Pour entrer en vigueur, la loi doit encore être adoptée dans les mêmes termes par la Chambre des députés, puis signée par le président de la République. Elle limite la durée des écoutes téléphoniques à 75 jours. Du coup, les longues enquêtes sur les affaires de corruption comme celle qui vient de faire vaciller le gouvernement Berlusconi, risquent, elle aussi, de finir au panier. D’autant que les magistrats ne pourront plus poser de micros dans un endroit précis, à moins d’être certains qu’un délit est sur le point d’être commis….

Pour défendre son projet de loi, Silvio Berlusconi se pose, comme de coutume, en victime:

En Italie, tout le monde est sur écoute. Et tout le monde -et surtout moi- risque d’être cité dans la presse. Dix millions d'Italiens sont ainsi espionnés ! Cette situation doit cesser !

La revanche du Cavaliere

Si les députés et le président de la République, soumis à une pression constante du chef du gouvernement, avalisent le texte, la presse ne pourra plus publier les actes judiciaires et, notamment, les écoutes, avant la fin de l'enquête préliminaire.

Par ailleurs, les personnes qui enregistreront une conversation risqueront une peine de 4 ans d’emprisonnement. Rebaptisée norme D’Addario, cette partie du dispositif est la réponse législative à une affaire "sentimentale" concernant Silvio Berlusconi. L’été dernier, une prostituée (Patrizia D’Addario), avait enregistré les conseils sexuels que lui prodiguait le Cavaliere. Une semaine plus tard, le quotidien romain La Repubblica rapportait la conversation dans ses moindres détails… Après avoir été cloué au pilori de l’opinion publique italienne et internationale, Silvio Berlusconi ne veut plus prendre de risques.

Tandis que les magistrats, les journalistes et l’opposition accusent le gouvernement de « vouloir dissimuler sa façon de dépenser l’argent public dans des affaires de corruption », on s’inquiète également à Bruxelles. Depuis que plusieurs associations de presse internationales se sont mobilisées et un recours devant la Cour européenne de Justice et/ou la Cour européenne des droits de l’homme est probable…

 



Ce qui sera interdit en Italie :

1. Interdiction pour la presse de publier les actes judiciaires en version intégrale jusqu'a la fin de l'enquête préliminaire, sauf un résumé. Interdiction de publier des écoutes jusqu’au procès.
2. Pour assister à un procès, les journalistes devront obtenir l’autorisation de toutes les parties en cause.
3. Interdiction pour les magistrats de poser des micros sans avoir la certitude qu'un délit est sur le point d'être commis.
4. Interdiction de placer quelqu'un sur écoute pendant plus de 75 jours. Une interdiction qui concerne, par exemple, les personnes soupçonnées de blanchiment d'argent, d’extorsion, de trafic d'ordure et de déchets toxiques.
5. Les chaînes de télévision ne pourront plus filmer les juges dans un tribunal.
6. Les ministères publics seront interdits de déclarations pendant le procès sous peine de retrait du dossier.
1. Les personnes qui enregistreront une conversation seront passibles d’une peine de 4 ans de prison. Dérogation pour les journalistes.
2. Les éditeurs qui publieront des écoutes avant le procès seront passibles d'une amende de 450.000 euros et de 6 mois de prison
 


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