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Berlin abandonne ses artistes et perd son âme

mardi, 21 septembre, 2010 - 17:30

Ville de la contre-culture européenne et de la création sous toutes ses formes, avant et depuis la chute du mur, Berlin est en passe de perdre ses principaux espaces de liberté pour les artistes venus d’Europe et d’ailleurs. La pression immobilière a finalement pris le dessus : les galeries ferment et les artistes doivent plier bagages.

Vingt ans après la chute du Mur, la capitale allemande se normalise. Le nouveau Berlin dédié à la consommation et aux affaires risque fort de ressembler demain à Francfort, Berne ou Milan…

De « pauvre et sexy », Berlin pourrait bientôt devenir une ville « chère et ennuyeuse », comme titre le site Internet du Spiegel, consacrant un article aux transformations en cours dans le centre de la capitale allemande. La ville, terre d’accueil des artistes et créateurs, est en change de visage sous la pression immobilière. Dernier exemple en date : la centaine d’artistes installés dans le Tacheles, un squatt emblématique du Berlin d’après la Chute du Mur, sont priés de faire leurs cartons d’ici la fin du mois. En sursis depuis deux ans – les propriétaires avaient alors dénoncé le bail – cet espace dédié à la création sous toutes ses formes, étape incontournable pour les touristes de passage, devrait bientôt laisser la place à un complexe de bureaux et de boutiques après avoir été rénové et revendu à de nouveaux investisseurs.

Triste fin pour ce temple de la contre-culture occupé depuis 1990 par des artistes venus de tous les pays qui avait pourtant « résisté » aux pelleteuses après la réunification… Défilant sous des bannières on ne peut plus explicite – « Sauve ta ville ! » – les manifestants ont lancé la semaine dernière un dernier baroud d’honneur qui ne semble pas susceptible de changer le cours de l’histoire…

Victime de son succès

L’exemple du Tacheles n’est malheureusement pas isolé… D’autres institutions culturelles sont elles aussi menacées. A l’image de la galerie de photos « c/o Berlin », installée dans l’ancienne poste centrale du centre de Berlin, à quelques centaines de mètres du Tacheles. Cet endroit a pourtant pendant dix ans accueilli des expositions qui ont participé à la réputation croissante de la capitale allemande sur la scène internationale. Cette galerie renommée devrait fermer ses portes en mars 2011 pour être transformée en hôtel de luxe sous la houlette d’investisseurs israéliens.

Le phénomène de « gentrification » à l’œuvre depuis quelques années où les faubourgs ouvriers ont été progressivement pris d’assaut par des « bobos, prend aujourd’hui une nouvelle dimension au point d’inquiéter la mairie. Car c’est aujourd’hui le cœur même de la ville qui est concerné…

Ironie de l’histoire, ces transformations s’expliquent par le succès de la culture alternative. Le mythe de « Berlin, ville branchée », propulsé dans toute l’Europe pour faire de la cité une des destinations favorites d’un public jeune et peu fortuné, est en train de se retourner contre la capitale allemande. C’est, en effet, parce que cette « promotion » a fonctionné au-delà de toutes les attentes que les promoteurs immobiliers cherchent aujourd’hui à faire de bonnes affaires en investissant à Berlin. Sans avoir vraiment conscience que la renommée venait peut-être de cet esprit alternatif auquel ils s’apprêtent à tourner ostensiblement le dos…


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