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Les médias hongrois sous étroite surveillance

mercredi, 8 septembre, 2010 - 17:58

La Hongrie est en passe de battre un triste record au sein de l’Union européenne : celui de la législation la plus restrictive en matière de liberté de la presse. Silvio Berlusconi et Nicolas Sarkozy apparaissent comme des enfants de cœur comparé au chef du gouvernement hongrois, Viktor Orban.

La droite conservatrice au pouvoir (Fidesz), menée par le premier ministre Viktor Orban, a concocté un ensemble de lois visant à mettre le quatrième pouvoir sous contrôle de l’exécutif.

Un premier "paquet" législatif a été voté en juillet, assorti d’une révision de la constitution que le Fidesz, assuré d’avoir la majorité requise des 2/3 au parlement, peut aisément modifier.

La constitution hongroise précisait jusqu’ici que le parlement a le devoir "d’empêcher les monopoles de l’information", autrement dit de préserver le pluralisme. Ce principe a été supprimé et remplacé par l’obligation faite à tous les media, publics et privés, de fournir une "information correcte" !

Un "Conseil des médias", dont le président est nommé par le Premier ministre, sanctionnera ceux qui ne respecteraient pas cette règle (même si la loi ne précise pas le type de sanctions pour l’instant). Uniquement composé de délégués politiques, sans aucun représentant d’organisations professionnelles ou syndicales, le Conseil est dominé par la majorité de droite. Ses membres seront nommés pour neuf ans, et donc inamovibles même en cas d’alternance aux prochaines élections.

Comme au temps du communisme

Le président de cette nouvelle autorité médiatique est doté de pouvoirs supplémentaires : il dirigera aussi l’Autorité de régulation des Télécoms et nommera les directeurs des chaînes publiques (TV et radio) et de l’agence nationale de presse. Les conseils d’administration de ces chaînes seront majoritairement composés de délégués du parti de Viktor Orban.

"Aucun pays membre de l’Union européenne ne possède une législation aussi stricte. En revanche, on trouve ce type de dirigisme politique partout à l’est de Kiev…", observe un diplomate occidental à Budapest.

Le système de régulation des média est du ressort de chaque Etat membre et les institutions de l’Union européenne – Commission, Conseil, et Parlement – n’ont pas de compétence dans ce domaine. C’est l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), reconnue comme un éminent gardien de la liberté d’expression et de la presse, qui est donc montée au créneau.

Dans son rapport du 29 juillet, l’OSCE critique cette réforme qui "pourrait violer les normes européennes concernant la liberté d’expression et d’information et placer l’ensemble des medias audiovisuels sous la coupe du pouvoir politique".

La Fédération européenne des journalistes a également protesté contre cette tentative des autorités hongroises de "faire revenir la vie médiatique à l’ère du communisme", au temps où un seul parti gérait les affaires de l’Etat et contrôlait la propagande.

Le mauvais exemple russe

Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Le deuxième paquet de la réforme dont le vote est prévu cet automne est plus inquiétant encore. Tout media, public ou privé (presse écrite, audiovisuelle, blog et site web) serait soumis à une obligation d’enregistrement auprès du Conseil des Médias. Il serait donc dépendant, pour avoir le droit d’exister, d’une Autorité complètement contrôlée par le gouvernement. Un régime actuellement en vigueur au Bélarus ou en Russie, où veille le Roskomnadzor, le Service fédéral pour la Supervision de la communication, des technologies de l’information et de la Communication de masse (sic)…

L’obligation d’enregistrement, la Hongrie l’a connue jusqu’en …1989. "Cette année là, un événement majeur s’est produit en Hongrie : les médias n’ont plus eu besoin d’une autorisation officielle du parti pour pouvoir exister légalement. Ils devaient simplement déclarer leur existence", se rappelle Miklós Haraszti, ancien dissident et éditeur de samizdat (auto-publication en russe, NDLR), et représentant pour la liberté des médias de l’OSCE de 2004 à 2010. L’adoption de cette réforme serait donc un sacré retour en arrière.

"Viktor Orbán veut tout contrôler. Il a un côté berlusconien qui s’affirme de plus en plus" ironise l’écrivain András B. Vágvölgyi, qui va lancer un blog intitulé samizblog.hu. "Si le parlement vote la réforme et met sous contrôle les sites Internet, je refuserai de m’y plier. Ils peuvent me faire un procès, je suis prêt à aller jusqu’à Strasbourg".

Peur et auto-censure

La Cour européenne des droits de l’homme, à Strasbourg, est le garant de la liberté d’expression inscrite dans la convention européenne des droits de l’homme. Dans plusieurs arrêts (Lentia c/Autriche, 1993 et Groppera Radio AG c./Suisse, 1990), la Cour a souligné que "l’Etat est l’ultime garant du pluralisme de l’information" ; que l’allocation des fréquences doit se faire de manière juste et non discriminatoire et que les gouvernements n’ont pas à contrôler ou influencer le contenu produit par les media.

Mais la Hongrie n’est pas la Chine, et on voit mal comment un gouvernement pourrait surveiller le contenu des blogs et des nouveaux media qui naissent chaque jour sur la Toile. Une cascade de procès est peu probable. Car, au fond, "ce type de règlementation ne repose pas sur le contrôle mais sur la peur. L’expérience dans de nombreux pays montre que lorsque la même Autorité sanctionne le contenu de l’information et délivre les autorisations et licences, cela incite à l’auto-censure.

L’utilisateur moyen ne se fatigue pas à trouver des astuces technologiques pour contourner la loi : il évite simplement de poster des infos trop critiques", observe Miklós Haraszti.

L’OSCE, qui a réussi à convaincre le gouvernement italien de modifier son projet de loi controversé sur les restrictions au journalisme d’investigation, réussira-t-elle à persuader les autorités hongroises ? Même si elle n’a qu’un pouvoir consultatif, l’organisation basée à Vienne va envoyer un projet de loi "alternatif" au gouvernement Orbán. Une rentrée studieuse attend ce dernier : il est prié de revoir sa copie.




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