Expulsions des Roms : hypocrisies françaises et européennes
A Montreuil / Facelly / SIPA
Arroseur arrosé, la France est stigmatisée en Europe et ailleurs pour avoir fait de même en expulsant à répétition des Roms manu militari. Ses voisins ne font pourtant pas beaucoup mieux. Mais généralement plus discrètement.
Nations-Unies, Commission européenne, Conseil de l'Europe, et même le Vatican, ont unanimement critiqué les expulsions à répétition de Roms en France. Pour faire face et tenter et tenter de redorer une image de marque mise à mal dans cette affaire, Paris a donc convié, le 6 septembre, l'Allemagne, le Royaume-Uni, la Grèce, l'Italie et l'Espagne à une réunion de travail sur le thème de « L'asile et la lutte contre l'immigration irrégulière ». Mais en limitant cette réunion à un rendez-vous entre pays « receveurs » de flux migratoires, le gouvernement français rend impossible une approche européenne globale. Ce que dénonce l'association des Roms de Roumanie en lançant un appel à manifester devant les ambassades françaises le 6 septembre, couplé à un boycott des produits français.
Jeu de dupes
Ailleurs en Europe, les mesures anti-Roms françaises sont sévèrement critiquées. Nombre de pays ont cependant, eux aussi, eu recours aux expulsions de Roms.
La Suède a renvoyé une cinquantaine de Roms vers la Roumanie depuis janvier pour mendicité, même si cette pratique n'est pas interdite par la législation suédoise. La police motive ses actions en mettant en avant la loi sur les étrangers stipulant qu’une personne soupçonnée ne pouvant pas subvenir à ses besoins « de façon honnête » peut être expulsée.
En 2001, c'était le Royaume-Uni qui avait défrayé la chronique. Faisant face à une augmentation des demandes d'asile de Roms en provenance de République tchèque, les autorités britanniques avaient envoyé ses douaniers à l'aéroport de Prague pour questionner les voyageurs à destination de Londres.Ils avaient ainsi empêché à plusieurs Roms de prendre l'avion. Cette méthode avait provoqué l'indignation de l'opinion publique tchèque et des représentants de la communauté roms.
Quant au Portugal, la commune de de Beja (province d'Alentejo) a pris l'initiative de construire un mûr entre le quartier roms et le reste de la ville. Malgré une plainte de l'European Roma Rights Center auprès du Conseil de l'Europe, le mûr est toujours debout, la municipalité ne consentant qu'à des « aménagements ».
L'Allemagne, de son côté, a renvoyé pas moins de 10 000 Roms vers le Kosovo depuis l'indépendance de ce dernier en 2008, sans que cela ne soulève de polémique en Europe.
La France comme l'Italie
Pour se justifier, la France ne peut s'appuyer que sur l'article 45 du Traité de Lisbonne, autorisant les expulsions de ressortissants communautaires « justifiées par des raisons d'ordre public, de sécurité publique et de santé publique ».
Mais en faisant l'amalgame entre Roms et délinquance, la France rend ses mesures d’expulsions collectives indéfendables et rappelle, par la stigmatisation de cette communauté nomade, les mesures prises par l'Italie en 2007 et 2008 par les gouvernements Prodi et Berlusconi. Le premier avait promulgué un décret-loi permettant d'expulser plus facilement des ressortissants de l'Union européenne, en réaction à une vague anti-Roms dans le pays suite au viol et à l'assassinat d'une Italienne par un Tzigane roumain. Quant au second, il avait décidé le fichage de l'ensemble des populations « nomades » au nom de leur intégration. Ces mesures avaient provoqué un vif débat en Europe, dégradant l'image de l'Italie et créant des tensions entre Rome et Bucarest.
Ainsi, bien qu'invitée à la réunion de Paris, la Commission européenne n'a pas garanti sa présence et a ouvert une enquête sur la légalité des expulsions organisées par la France. Se fondant sur le droit européen, elle rappelle que les Roms sont des citoyens européens jouissant de la liberté de circuler et de s'installer dans l'ensemble de l'Union européenne. Un camouflet sévère pour le gouvernement français.
Le maquis des aides
Les Roms sont la plus grande minorité d'Europe, avec environ 10 millions de personnes. Conscientes du problème depuis longtemps, les institutions européennes cherchent à développer leur intégration via de nombreux programmes d'aides souvent indirectes (Fonds social européen, Fonds régionaux, etc). Au total, 13,3 milliards d'euros sont alloués de 2007 à 2013 pour l'intégration des Roms et autres populations « vulnérables ». En bénéficient principalement, la Roumanie, la Tchéquie, la Slovaquie, la Pologne et l’Espagne. Mais l’essentiel de ces crédits n’ont toujours pas été dépensés, ou mal dépensés, faute de projets fiables. Bruxelles en est réduit à lancer deux études pour tenter d’identifier les programmes, les projets et les politiques d'intégration qui ont abouti !

















