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L’Europe à l’heure de l’apéro

mercredi, 22 septembre, 2010 - 15:01

Entre collègues, à la sortie du bureau, ou entre amis, autour d’un verre de vin, de whiskey ou d’eau-de-vie… Il y a mille et une façons de prendre l’apéritif en Europe. À chaque pays son propre rituel, qui semble épargné par l’uniformisation de la mondialisation. Seul point commun : en sacrifiant à cette coutume, chacun aspire à faire une pause conviviale et à retenir le temps qui passe.

Roumanie : une boisson d’hommes…

La tzuica, eau-de-vie à base de prunes que les Roumains disent avoir inventée dans la nuit des temps, est censée aiguiser l’appétit. Une boisson conviviale, que l’on boit cul sec en lançant « Noroc ! » (“santé”). Titrant entre 25 et 40 degrés, elle creuse instantanément un trou dans l’estomac qu’il faut colmater d’urgence en avalant quelques bouchées de fromage frais. En Transylvanie, terroir de Dracula, elle prend le nom de palinca et peut atteindre 60 degrés, après une deuxième distillation qui la rend encore plus redoutable. Enfin, dans le Maramures, région située au nord de la Roumanie et appelée par ses habitants “le pays des hommes libres”, la palinca aux goûts multiples (cerise, abricot, pomme, poire) peut titrer 80 degrés. Une véritable bombe qui ouvre un gouffre dans l’estomac. Les survivants l’accompagnent de lard fumé, de petits cubes de pain cuit à la maison et d’oignons. De l’énergie pure pour les “hommes libres”.

Grèce : l’heure divine

Désertée aux heures chaudes où seuls les chats s’aventurent dehors, la terrasse s’est de nouveau remplie. Les enfants ont repris leurs jeux dans les ruelles. À un rituel immuable – la sieste – en succède un autre : l’heure de l’ouzo. Fabriqué à partir de marc aromatisé à l’anis, et servi allongé d’eau, l’ouzo ne se boit pas, il se sirote. Au café, on le consomme entre hommes, lentement, comme pour retenir cette heure exquise où l’air consent à fraîchir un peu. Le meilleur ouzo est produit dans la petite ville de Plomari, sur l’île de Mitylène (ou Lesbos).
Le nom vient, dit-on, des caisses que l’on expédiait autrefois vers l’Italie avec l’inscription italienne uso (“à l’usage de…”) suivie du nom du destinataire.
On ne se saoule pas à l’ouzo, on en boit un verre, deux au maximum, agrémenté de mezze (amuse-gueules) : olives, pistaches, tzatziki et salade d’aubergines. En bord de mer s’y ajoute parfois une assiette de fritures, des calamars, des poulpes… Il n’est pas rare que l’apéritif se transforme en un dîner de hors-d’œuvre et que les bouteilles de vin résiné apparaissent alors sur la table.

Irlande : happy hours

Grignoter un petit quelque chose en prenant l’apéritif ? N’y pensez pas ! En Irlande, on ne plaisante pas avec une chose aussi sérieuse que la boisson : un véritable art que l’on pratique le vendredi dès 17 heures (parfois dès le jeudi soir) jusqu’au dimanche. Si l’estomac crie famine, on avalera un sandwich ou un burger en sortant du pub. Les plus démunis se privent de repas pour s’offrir quelques pintes au pub, lieu sacré où l’on se retrouve après le boulot, puis plus tard entre amis. On trinque à la Guinness, bière brune parfumée, à la bière blonde ou au whiskey, en disant « Slainte ! » (prononcez “slonche”). Cependant, depuis quelques années, la mode est au gin tonic et au verre de vin, surtout chez les femmes. Aucune étiquette française sur les bouteilles : les vins du Nouveau Monde l’ont emporté depuis longtemps. En été, on s’attarde aux terrasses des pubs, un verre à la main, pour contempler le Twilight, l’incroyable lumière du crépuscule qui met des heures à s’éteindre derrière l’horizon et qui a nourri tant de légendes irlandaises. Ici, toutes les heures sont happy.

Portugal : l’apéro escargot

Pour les Lisboètes, aux horaires décalés – certains déjeunent à 14 heures, d’autres à 19 heures, d’autres encore grignotent toute la journée –, l’apéro est plus qu’un prélude dînatoire, c’est un moment idéal pour souffler et programmer le reste de la journée.
En plein après-midi, entre deux rendez-vous de travail, on prend une bière en terrasse, tout en grignotant une assiette d’escargots. « Ha caracois » (“les escargots sont arrivés”), lit-on en vitrine du moindre petit bar dès la belle saison. Le soir, les étudiants s’agglutinent par centaines aux terrasses des gargotes près de la place du Rossio pour y boire de la ginjinha, de l’alcool de cerise, dans un verre guère plus grand qu’un dé à coudre. Et chaque été revient le rituel des petiscos : en quittant la plage vers 18 heures, on grignote entre amis, autour d’un verre de vin ou d’une bière, des coquillages et… des escargots. Tout en savourant ces sortes de tapas portugaises, on choisit le programme de la soirée et l’on se remplit l’estomac pour tenir le coup jusqu’au dîner tardif.

Autriche : du vin aux quatre saisons

Ah ! le petit vin blanc… qu’on boit dans les Heuriger, les guinguettes perchées sur les hauteurs de Vienne. Dès l’arrivée du printemps, on y déguste un vin blanc coupé avec de l’eau gazeuse et dans lequel on verse des fraises coupées en petits morceaux – c’est la Erdbeerbowle (“coupe aux fraises”). En été, sur les terrasses viennoises, l’Aperol – une boisson gazeuse non alcoolisée – le dispute au vin blanc mélangé à 50 % avec de l’eau gazeuse, le G’spritz. L’apéro suit les caprices des saisons. À l’automne, les verres se remplissent de vin nouveau, frais et fruité. Et en hiver, à la sortie des bureaux, on retrouve ses amis aux kiosques, des bars en plein air, au centre-ville. Qu’il vente ou qu’il neige, vaguement abrité sous un auvent de bois, on se réchauffe le corps et l’esprit grâce à un revigorant verre de Glühwein (“vin chaud”), parfumé aux clous de girofle.


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