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Grève générale contre Zapatero

mardi, 28 septembre, 2010 - 22:52

La Confédération Européenne des Syndicats a appelé une grève européenne contre les politiques de rigueur budgétaire mercredi 29 septembre. En Espagne c'est la grève générale. Une journée à hauts risques pour le gouvernement socialiste de Zapatero.

Quel que soit son succès, le 29 septembre, la première grève générale de l’ère Zapatero, restera dans les annales du mouvement social espagnol. Les syndicats espagnols n’usent qu'avec parcimonie de la possibilité de paralyser le pays : une fois tous les cinq ou six ans. Mais quand ils le font, c'est l’expression d’un ras le bol généralisé qui engendre souvent des changements politiques ou de politique économique. Ce fut le cas de la grève générale de 2002 contre la politique du conservateur Aznar, ou celle de 1994 contre les réformes du marché du travail de Felipe González.

La grève générale? Une grande "putada"

L’Espagne démocratique n’a connu que sept grèves générales depuis la mort du dictateur Franco en 1975. C’est dire combien dans la culture syndicale et sociale des Espagnols s'arrêter de travailler tous ensemble une journée traduit une angoisse du plus grand nombre qui ne peut être feinte. Et les leaders syndicaux ne prennent pas la décision de paralyser le pays que contraints par la pression populaire. Ignacio Fernández Toxo, secrétaire général de CCOO, principal syndicat du pays, a ainsi avoué en public que

la grève générale est une grande ‘putada’ [un grand merdier], et l’expression d’un échec collectif qui a fait échouer le dialogue social. Rien à voir avec la perception des grèves en France.

Désaveu total

En Espagne on manifeste rarement contre des mesures particulières du gouvernement. La grève générale est un droit inscrit dans la constitution. C’est ainsi la seule grève politique légale. Les syndicats ou partis politiques peuvent la décréter sans motif économique ou juridique concret. On manifeste contre la politique générale du gouvernement, et non pas contre la crise dans le secteur minier ou contre des licenciements dans une entreprise.

Et aujourd’hui, l’endurance syndicale face au gouvernement socialiste a atteint ses limites. La coupe est pleine pour les salariés. Les reculs sociaux se multiplient :

  • Une réforme du marché du travail vient d’être votée au parlement qui rend moins onéreux le licenciement pour les entreprises
  • Une réforme des retraites qui repoussera l’âge légal de départ de 65 à 67 ans est prévue en décembre
  • Les politiques de restriction budgétaire entamées par Zapatero depuis six mois sont perçues comme une soumission aux exigences des marchés financiers mondiaux.
  • Le taux de chômage atteint 20% de la population active depuis déjà un an, tandis que personne ne pardonne aux socialistes d’avoir réagi si tard à une crise dont ils ont nié la véritable envergure jusqu’en 2009.

Les syndicats craignent un trop grand succès

Encore une différence de taille avec ce qui est vécu en France : les syndicats espagnols ne recherchent pas une victoire écrasante avec cette grève générale. Tandis qu’en France, la plupart des centrales syndicales sont fortement opposées aux politiques du gouvernement conservateur de François Fillon et Nicolas Sarkozy, en Espagne les représentants des travailleurs redoutent qu'un succès écrasant soit une aubaine pour l’opposition de droite. Or cette dernière, de retour au pouvoir, mettrait probablement en œuvre une politique économique néolibérale stigmatisée par la gauche sociale.

En réalité les syndicats croisent les doigts pour que la grève ait un succès mitigé en termes de participation. Jamais le contraste entre la perception de la gravité de la crise qui justifie la grève et le sentiment, largement partagé par les citoyens, que dans la conjoncture actuelle cette grève est à hauts risques, n'a été aussi fort. Ainsi, les centrales syndicales espagnoles conscientes que le gouvernement socialiste ne va pas faire marche arrière dans sa volonté de réformes en sont réduites secrètement à s'appuyer sur cette évidence pour espérer que la grève ne soit pas un tsunami qui fragilise durablement le gouvernement socialiste.

Un exutoire au malaise social généralisé

En revanche, et sur ce point il y a coïncidence entre la France et l'Espagne, les organisations syndicales veulent, au lendemain des mouvements sociaux, revenir en position de force à la table de négociation des réformes en cours. La raison est simple : les syndicats ont besoin de présenter à l’opinion publique des accords pour lesquels ils auraient bataillé dur et ainsi récupérer le capital de légitimité sociale perdu pendant des années de passivité dans des pays où le taux de syndicalisation reste faible. Seuls 20,1% des travailleurs espagnols sont syndiqués, alors que la moyenne européenne est de 25,1%.

En France, selon les données de l’OCDE pour 2008, le taux de syndicalisation de 7,8% reste marginal et oblige les forces syndicales à mobiliser constamment les citoyens dans la rue pour compenser un manque de légitimité.

Résultat : une situation kafkienne de part et d'autre des Pyrénées. Les syndicats ont convoqué cette grève pour sauver l’honneur et non pas pour écraser Zapatero.

Mais, dernier paradoxe, certains analystes politiques estiment que le chef du gouvernement espagnol peut miser sur un succès de la grève générale pour que le malaise social généralisé trouve un exutoire aujourd'hui et ne torpille pas définitivement ses possibilités de gagner une troisième fois de suite les élections parlementaires, en 2012.


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