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Coup de barre à droite aux Pays-Bas

vendredi, 1 octobre, 2010 - 17:07

Libéraux et chrétiens-démocrates se sont mis d'accord pour former un gouvernement minoritaire soutenu par le parti d'extrême droite PVV de Geert Wilders. Les premières mesures annoncées mettent à mal le "modèle hollandais" libéral et tolérant.

Mark Rutte, le vainqueur aux élections néerlandaises du 9 juin à la tête du Parti Libéral Conservateur, vient de sceller un accord de mandat pour former un gouvernement. Son associé ? Les démo-chrétiens du centre-droite. Son soutien en dehors du Gouvernement? Les radicaux menés par le leader islamophobe Geert Wilders. C’est une véritable révolution ultraconservatrice et libérale qui se prépare pour transformer les Pays Bas. Moins d’État et plus de police semblent être les mots d’ordre.

Vers un Etat XXS…

Certains  réformes annoncées hier par Mark Rutte et ses partenaires au gouvernement comme la création d'une "police protectrice des animaux", sont proches du ridicule. Cela ne préterait pas à conséquence si ces elles ne cachaient pas la volonté de mettre l’Etat et la démocartie au régime sec. En témoigne la mesure phare annoncée par Mark Rutte, qui consistera à réduire le nombre de députés de 150 à 100, et de sénateurs de 100 à 75.

But officiel : légitimer la rigueur budgétaire en imposant l'austérité à tous, élus et citoyens, et imposer dans la foulée des réformes sans précédent depuis l'après-guerre :

  • Report de l’âge légal de départ à la retraite de 65 à 66 ans
  • Réduction du nombre de postes cadres dans la fonction publique des administrations provinciales et locales
  • Diminution du nombre total de fonctionnaires
  • Réduction de 800 millions d’euros du budget de la Défense
  • Réduction de 1,2 milliard d'euros des dépenses de Santé publique par des économies drastiques sur les traitements psychologiques, psychiatriques et de physiothérapie. Le motif ? Les maladies concernées ne seraient pas de véritables pathologies, mais plutôt des “inconvénients”
  • Réduction du salaire minimum "dés la sortie de la crise économique"
  • Diminution de l’aide au développement, qui passera du 0,8% du PIB au 0,7%

Faire pousser des policiers comme des tulipes

Réduire les dépenses publiques et limiter la taille de l’État est logique pour un gouvernement à dominante idéologique libérale. Mais ce qui l'est moins au Pays-Bas, c'est la volonté affichée de miser sur le tout-sécuritaire. En témoigne la future création :

  • De 3 000 postes de postes supplémentaires dans la police.
  • D'une police nationale qui se rajoutera aux 12 corps de police régionaux.
  • De plus, les immigrants condamnés à plus de 12 ans de prison pour crime seront expulsés du territoire national.

Des libertés anesthésiantes

Les partis gouvernementaux ont également promis des "mesurettes" destinées à la frange la plus libérale de leur électorat, telles que

  • L’autorisation de fumer du tabac dans les bars à dimension réduite.
  • La limitation de la vitesse sur les autoroutes à 130, au lieu de 120 km/h.
  • L’investissement de plusieurs milliards d’euros dans la construction ou la rénovation d’autoroutes. Mesure destinée à satisfaire les adeptes de grosses cylindrées.
  • Un clin d’œil à la population du troisième âge, qui a largement voté pour l’extrémiste Wilders, et qui se retrouvera avec un milliard d’euros supplémentaire prévu pour les soins aux plus âgés.

D'autres mesures confirment cette volonté manifeste de la nouvelle coalition gouvernementale de mettre fin à la tradition de tolérance des Pays Bas.

  • L’interdiction du port du burka dans les espaces publiques et du voile islamique pour les fonctionnaires publics
  • La réduction de 50% de l’entrée légale d’immigrants
  • La transformation des coffee shops où il est permis de fumer de l'herbe en des clubs privés réservés aux seuls citoyens néerlandais

Mark Rutte ne veut pas soulever de polémiques en Europe et, surtout, au sein de ses propres électeurs les plus libéraux, qui n’apprécient guère son alliance avec Geert Wilders.

Ainsi, lors de la présentation de l’accord, il a tenu à souligner que le principal but de son gouvernement : sortir le pays de la crise le plus vite possible.

Malgré ces explications, force est de constater que la politique du gouvernement néerlandais s'aligne sur celles d’autres pays européens qui associent sortie de crise et mesures répressives. Avec l’Italie de Silvio Berlusconi, la Hongrie de Víktor Orban, voire la France de Nicolas Sarkozy, les Pays Bas accentuent ainsi la tendance en Europe à mixer populisme, sécurité et austérité. Un cocktail qui peut s'avérer, à terme, détonnant.




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