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Une « gentille » grève générale…

jeudi, 30 septembre, 2010 - 12:44

La mobilisation contre la politique d’austérité du gouvernement Zapatero a connu, mercredi, un succès relatif. Un résultat mitigé qui arrange tout le monde: le pouvoir qui se sent fondé à poursuivre ses réformes et les syndicats qui ont montré leur capacité à mobiliser malgré une certaine complaisance à l’égard de la politique gouvernementale.

"Merci pour la gentille grève", semblait dire le ministre espagnol du Travail lors de la grève générale de mercredi. Après avoir constaté la "tranquillité" avec laquelle se déroulait la grève, Celestino Corbacho avait loué la "grande responsabilité" de CCOO et UGT, les deux syndicats majoritaires qui ont convoqué la septième grève générale de l’Espagne démocratique. Pour chef du gouvernement socialiste, José Luis Rodíguez Zapatero, qui se retrouvait confronté pour la première fois à une mobilisation de ce genre contre sa politique, le baptême a en effet été plutôt clément.

Certes, les organisateurs assurent que 70% des travailleurs espagnols ont participé au mouvement. Le Gouvernement a, quant à lui, refusé de donner une estimation globale, se contentant de rendre publics des chiffres ciblés plus modérés : 7,5% de participation dans l’administration centrale, 23,8% dans les entreprises publiques, 21% dans les transports, 10% dans le commerce, 3% dans l’hôtellerie, mais quasiment 100% dans le secteur automobile.

Quant aux médias, ils semblaient mesurer le succès de la grève à l’aune du respect ou pas des services minimum, négociés au cas par cas par les syndicats et les régions. De ce point de vue, la grève est un succès (ou un échec, selon le point de vue duquel on se place) puisque les grévistes s’y sont tenus à 98,7%.

Pas de paralysie

Quoi qu’il en soit, force est de constater que l’Espagne n’a pas été, dans son ensemble, paralysée par la grève. Alors que la journée à Barcelone était marquée par des échauffourées ponctuelles, la tranquillité ensoleillée dans les rues de Madrid rappelait le désert des journées d'un mois d’août.Même le métro, dont le personnel coriace a pourtant mené une grève longue et âpre au début de l’été, a fonctionné normalement aux heures de pointe. Mais passé 9 heures du matin, il était quasiment vide. Le trafic était cependant plus dense qu’à la normale, certains kiosques n’ont pas été approvisionnés en journaux, l’aéroport de Barajas tournait au ralenti, les piquets de grève ont compliqué la sortie des autobus, et bloqué l’accès à certaines artères de la ville, comme l’emblématique Gran Vía… Cela a suffit pour certains représentants syndicaux qui ont considéré que la grève dans la capitale a été "la plus dure de toute l’Espagne".

Les syndicats rentrent dans le jeu

Ce bilan contrasté satisfait à la fois des syndicats et du gouvernement. Les syndicats peuvent se targuer d’avoir encore en réserve une certaine force de frappe et d’être donc des acteurs avec lesquels compter. La passivité voire la complaisance, selon certains, avec laquelle ils ont composé avec le Gouvernement Zapatero ces six dernières années n’a pas complètement anéanti leur capacité à mobiliser.

L'Exécutif peut, quant à lui, afficher son sérieux et sa fermeté, puisque, quelle que soit l’ampleur de la grève, il ne compte pas modifier sa politique, ni, cela va sans dire, une réforme du Travail déjà approuvée par le Parlement. Que les marchés, le FMI et l’Union Européenne en prennent bonne note et ne tiennent pas trop compte du déclassement de la note de l'Espagne par l'agence Moody's !

Tout le monde s’est donc aisément accommodé des accrocs et contretemps propres à une journée de grève. Le Gouvernement peut se réjouir du suivi modéré de la grève qui lui permet d'affirmer que les réformes engagées et les mesures d’austérité mises en place en mai dernier sont comprises par les Espagnols. Ces derniers lui signent ainsi un blanc-seing pour les réformes à venir, dont celle des retraites. Qui osera, en effet, convoquer un nouveau mouvement après le résultat mitigé de la grève de mercredi ?




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