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Cent jours de crise pour rien

mardi, 5 octobre, 2010 - 12:06

Trois mois après les élections, retour à la case départ pour la Belgique. Les négociations entre Flamands et francophones sont dans l'impasse.

Depuis un mois, les discussions entre les politiciens de Flandre et de Wallonie-Bruxelles tournaient en rond. Le Président de la Nouvelle Alliance Flamande (NVA, ouvertement indépendantiste) a décidé de mettre fin au suspens en annonçant lundi 4 octobre, sa volonté d'arrêter les négociations et de tout reprendre à zéro.

Une question d'argent

Alors qu'en avril, le gouvernement d'Yves Leterme était tombé pour des raisons de querelles linguistiques, il est indéniable qu'aujourd'hui, elles ont été reléguées au second plan, laissant place à la rivalité financière entre le Nord et le Sud du pays. Le point de désaccord principal est la régionalisation de l'impôt sur les personnes physiques, correspondant à l'impôt sur le revenu. Les Flamands voudraient que chaque entité fédérée puisse lever et gérer entre 40 et 50% de cette taxe.

Les francophones craignent de leur part une concurrence fiscale entre les régions qui leur serait défavorable. Leur réponse au coup de force de la NVA ne s'est pas fait attendre, considérant cette décision comme "irresponsable" et mettant en doute la capacité de Bart de Wever d'accepter un compromis. Il est vrai que même les partis traditionnels flamands (chrétiens-démocrates, socialistes et verts) ont émis des réserves sur l'utilité d'un tel ultimatum, rajoutant que "tout était sur la table" pour permettre un accord.

Que faire ?

Ce retrait du principal parti flamand pose la question de l'avenir. Pour le moment, le pays est dans l'expectative. Il est fort probable que les deux médiateurs nommés début septembre, les présidents de la Chambre et du Sénat André Flahaut (PS) et Danny Pieters (N-VA), soient convoqués chez le Roi Albert II, ainsi que les Présidents de partis politiques dans l'optique de relancer les discussions.

Sept partis étaient jusqu'à présent autour de la table: les socialistes francophones (PS), les socialistes flamands (SpA), les Ecolo (Verts), Groen (Verts flamands), les Chrétiens-démocrates francophones (CDH), les Chrétiens-démocrates flamands (CDV) et la NVA.

Certains évoquent une modification de cette liste avec l'entrée des Libéraux francophones du Mouvement Réformateur au détriment du PS, ce qui conviendrait plus à la NVA sur le plan économique. Cela ne pourrait toutefois se réaliser sans l'accord des autres partis francophones prenant part aux négociations et qui pour le moment font bloc autour du PS.

Fuite en avant

L'autre hypothèse serait de reconnaître l'impasse dans lequel est figé le pays et d'organiser de nouvelles élections alors même qu'aucun gouvernement n'a été formé. Ce serait une première et pourrait, selon les sondages réalisés, renforcer les deux vainqueurs de juin dernier, soit les indépendantistes de la NVA en Flandre et le Parti socialiste en Wallonie. Autrement dit, chacun camperait sur ses positions.

Reste que le pays est maintenant gouverné depuis six mois par un gouvernement "en affaires courantes" ayant des prérogatives limitées dans le cadre de la lutte contre la crise économique et la mise en place d'un plan d'austérité (la Belgique doit économiser 22 milliards d'euros d'ici 2015). L'allongement de cette crise politique risque de coûter au Royaume bien plus cher qu'une énième querelle linguistique.


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