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La Grèce se brade, la Chine achète

mardi, 5 octobre, 2010 - 17:03

La Chine vole au secours de la Grèce en quasi-faillite en rachetant une partie de sa dette. Un geste pas dépourvu d'arrière-pensées : Pékin compte mettre la main sur plusieurs secteurs clés de l'économie hellénique. Une tête de pont en Europe.

En visite officielle à Athènes, le premier ministre chinois, Wen Jiabao, a promis de voler au secours de la Grèce et de l'euro. La Chine "va faire un grand effort pour soutenir les pays de la zone euro et la Grèce, afin de dépasser la crise économique internationale". Comment ? En participant massivement "à l’achat de nouvelles obligations grecques" quand le pays reviendra sur les marchés internationaux pour financer sa dette publique. Mais aussi en investissant dans le pays.

Cela tombe à pic pour le gouvernement de Georges Papandréou qui a un besoin crucial d'argent frais pour sortir son pays en quasi-faillite. Coup de pied de l'âne à l'Europe, le premier ministre grec a remercié son interlocuteur en rendant hommage à l’amitié entre ces deux pays :

Comme on dit en Chine et en Grèce, c'est dans les périodes difficiles que l'on sait qui sont les vrais amis.

Flamme olympique chinoise

Dés 2009, la gestion du port du Pirée avait été cédée pour 35 ans et 4,35 milliards d’euros à l'entreprise chinoise Cosco Pacific ltd, à la condition de n’employer que des techniciens et dockers grecs, sans aucun Chinois sur les 650 employés. Lors d’une récente visite à Athènes, le président du groupe chinois Captain Cosco Wei Jiafu a confirmé que Cosco et la Chine sont prêtes à réaliser des investissements dans la prestation de services portuaires, concernant la croisière, la construction navale et la logistique en Grèce.

Son terminal de containers au Pirée constituera la porte principale de la compagnie vers l’Europe du Sud et l’Europe centrale, l’Afrique du Nord et les régions voisines, alors qu’y auront accès, outre Cosco, les groupes de l’Extrême-Orient K-Line (Japon), YML (Corée) et Hanjin (Corée). Cet accord est l’aboutissement d’une coopération bilatérale fructueuse depuis que le plus petit pays des jeux olympiques (Athènes 2004) a passé le flambeau au plus grand pays (Pékin 2008).

Intérêts communs avec les armateurs

Les armateurs grecs sont, par ailleurs, les plus importants clients des chantiers navals chinois et transportent une grande partie de la production made in China de par le monde. D’autres accords suivront, avec, à la clé, de nouveaux investissements chinois dans des domaines aussi variés que les télécommunications (entre le grec OTE et le chinois Huawei) ou l'audiovisuel (entre la chaîne publique grecque ERT et CCTV, la chinoise), créant ainsi une tête de pont vers les Balkans.

Une région dans laquelle les investisseurs grecs se sont massivement implantés depuis la chute du rideau de fer (plus de 1,6 milliards d’euros dans la banque, l’énergie, la grande distribution et, là aussi, dans le transport maritime, les télécommunications et l'audiovisuel). Or, la crise économique mondiale a fortement touché les Balkans. Les investisseurs grecs, moins soutenus par les banques et les fonds publics grecs, préfèrent se retirer et revendre leur affaire. Et pourquoi pas aux Chinois ?

Stratégie du coucou dans les Balkans

Cette implantation en Europe sud-orientale, via la Grèce, est d’autant plus facile que Pékin a des liens historiques avec de nombreux pays des Balkans : l’Albanie du temps du totalitarisme pro-chinois, mais aussi la Serbie, la FYROM-Macédoine, la Roumanie, …. Un expert dans les relations sino-grecques commente:

Pratiquant la tactique du coucou, volatile qui met ses œufs dans le nid déjà fait des autres oiseaux, les Chinois se renforceront ainsi dans un territoire vierge pour la Chine

Le chef du gouvernement hellénique ne mise cependant pas que sur la Chine. Il a lancé un appel aux autres investisseurs étrangers, en présentant le plan de privatisation qui doit permettre à la Grèce de récupérer plusieurs milliards d’euros au cours des trois prochaines années. Pour attirer les investisseurs dans les secteurs de l'énergie, du touristique, de la construction et de l’environnement, Georges Papandréou a multiplié les déplacements en Inde, aux Etats-Unis, au Liban et en Libye et reçu à Athènes les plus hautes autorités du Qatar, de Chine et de Turquie.

Grande braderie

La liste des privatisations est un inventaire à la Prévert : 39% de la Poste ELTA, 23% de la Compagnie d’eau de Thessalonique et 10% de celle d’Athènes, et à des degrés divers, la société des jeux OPAP , l’opérateur de télécommunications OTE, le groupe d’électricité DEH, la société du gaz, la Société immobilière d'Etat, la Société des sites olympiques (dont la plupart restent inutilisés depuis les jeux d'Athènes de 2004), la chaîne publique d’hôtels XENIA, les casinos, la société d’exploitation du nickel LARKO, la Société de la Foire de Thessalonique DETH, la société nationale des parcs d’exposition HELLEXPO, les fréquences radio… Mais c’est surtout le domaine des transports qui sera touché avec la vente de 49% de la compagnie ferroviaire OSE, la concession de droits de gestion des aéroports, ports et autoroutes.

A droite comme à gauche, on dénonce un "bradage de la richesse du pays", sentiment largement partagé par un peuple grec blessé par la faillite de leur pays. Mais le premier ministre rétorque, impassible :

Nous ne vendons pas le pays, nous lui donnons de la puissance car nous parlons ici d'investissements qui sont et seront productifs en Grèce




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