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La Chine, avenir de l’Europe ?

mercredi, 6 octobre, 2010 - 23:31

En investissant massivement en Grèce, la Chine ne fait pas que venir en aide à un pays en crise, elle apporte un soutien à l'euro. Et prend la place d'une Europe trop peu active et dépourvue de vision géopolitique.

"La Chine se paie la Grèce". Voilà, en substance, la réaction à l’annonce par le premier ministre Wen Jiabao d’investissements chinois à grande échelle dans l’économie hellène et d’achats massifs de la dette grecque.

Derrière ces mots, deux sous-entendus : une Chine toute puissante prend pied subrepticement dans la zone économique la plus riche du monde en s’attaquant lâchement à son maillon le plus faible ; une Grèce félonne prête à brader son industrie au plus offrant se montre non solidaire et ingrate envers une Europe qui est venue à son secours. Mais ce n’est pas la bonne grille de lecture.

Les excédents financent nécessairement les déficits

La Chine d’abord. Par définition, un pays qui dispose de 2 500 milliards de dollars de réserves en devises et qui a dégagé 426 milliards d’excédent courant en 2009 doit nécessairement les investir à l’étranger. Car le postulat de la comptabilité nationale et mondiale est que les déficits des uns sont financés par les excédents des autres.

Quoi de plus normal, donc, que Pékin, à l’instar d’autres pays excédentaires comme ceux du Golfe, place ses liquidités dans les pays qui ont un pressant besoin d’épargne ? Et où mieux les investir que dans un pays développé de l’OCDE, membre du plus grand marché économique intégré du monde, contraint par la crise à céder ses actifs à bas prix ?

D’autre part, en termes de placement financiers, la Chine est bien avisée d’acheter des obligations grecques assorties d’un taux d’intérêt annuel de près de 10% alors que les garanties collatérales des pays de l’Union européenne éloignent le risque d’un défaut de paiement.

La solidarité intéressée de Pékin

Mais la Chine est plus qu’avisée ; elle fait preuve d'une réelle solidarité. Car annoncer des achats massifs de dette grecque, c’est redonner confiance aux marchés financiers à l’égard de ce "papier" et donc favoriser une baisse des taux d’intérêt permettant à Athènes de se refinancer à meilleur compte.

Cette démarche de Pékin n'est peut-être cependant pas sans arrières pensées. Car une détente des taux grecs est de nature à renforcer la confiance dans l’euro. Plus que jamais sous pression pour réévaluer sa devise, la Chine prend à revers les occidentaux qui souffrent de la faiblesse relative du yuan quand elle contribue à soutenir la devise européenne. Une manière de leur dire: "vous n'avez pas les moyens de faire pression sur notre politique de change".

Quant à la Grèce, sa situation est évidemment inverse. Elle compense son énorme déficit courant en important des capitaux. Quelle méthode la plus sûre pour sortir de l’ornière que de canaliser ces capitaux étrangers vers l’économie réelle afin de redonner au pays les moyens de sa croissance future et d’accélérer son rétablissement financier ? On ne peut reprocher à la Grèce de ne pas trouver ses financements auprès de pays qui rechignent à y investir, notamment les pays de l’Union européenne.

L’UE fâchée avec la géopolitique

Et tout particulièrement l’Allemagne qui, de tous les grands pays de l’Union, est le seul à dégager un excédent courant et un excédent très conséquent (168 milliards de dollars en 2009). Mais les entreprises allemandes préfèrent se positionner sur les marchés porteurs et matures (Etats-Unis) ou en rapide émergence (Asie) plutôt qu’en Grèce.

Il n’y a pas matière à leur en faire grief. On ne peut néanmoins que déplorer l’absence d’une stratégie européenne d’investissements qui consisterait à favoriser le redressement des maillons faibles de l’Union (Grèce, Irlande, Portugal et certains pays de l’Est) et le développement de ses marchés (Balkans, Ukraine, Caucase).

Mais l’Union européenne se montre inapte à la géopolitique. A preuve ses atermoiements à propos de l’entrée de la Turquie dans l’UE qui produisent déjà leurs effets : les Turcs se détachent de l’Europe – tous les sondages le montrent – et se rêvent désormais en puissance pivot entre le monde russe et le Moyen-Orient. Et ils n’ont pas attendus les Grecs pour accueillir les investissements chinois.

Sans doute, la Chine permettra-t-elle demain à l’Irlande d’éviter le chaos, au Portugal de se redresser, à la Bulgarie de se développer… Tandis qu’à Bruxelles, nos dirigeants continueront de s’écharper sur l’assouplissement du pacte de stabilité. L’Union ? Moins que jamais puissance, plus que jamais marché…




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