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Bonjour Lénine !

samedi, 23 octobre, 2010 - 16:49

Les habitants de l'ancienne capitale de la RDA entretiennent toujours une troublante "ostalgie" du passé. Monuments, HLM et musées, en témoignent. Voyage dans l'ex Berlin-Est à la veille du 21ème anniversaire de la chute du mur.

Sur la place du château, il ne reste aujourd’hui plus rien du Palais de la République, détruit en 2006, au terme de près de quinze années de conflit entre habitants de l’Est et de l’Ouest. Ouvert en 1976, le bâtiment, qui abritait la Chambre du peuple (le Parlement est-allemand), comportait également des cafés, des restaurants, des salles de spectacles. Les manifestations, organisées pour tenter de conserver ce lieu hautement symbolique de la RDA, n’ont pas réussi à faire plier le Sénat berlinois, qui a voté la destruction du bâtiment en 2002. "C’est un acte purement idéologique. Pourquoi vouloir nier à ce point notre passé ?" s’insurge Heinrich Niemann, ancien de Berlin-Est.

C’est un endroit où l’on venait pour les grandes occasions. Certains y ont fêté leur mariage, d’autres leurs anniversaires.

À quelques pas, la transformation de l’ancien QG du régime – avec l’ancien bureau d’Honecker et ses murs de marbre blanc – en école de commerce a fait couler beaucoup moins d’encre. Ce “temple du capitalisme” a été financé par une vingtaine de grandes entreprises, symboles de la puissance industrielle ouest-allemande : Siemens, Volkswagen, Thyssen…

Marx et Engels statufiés

Mais ce ne sont pas les lieux de pouvoir que les habitants de Berlin-Est regrettent vraiment aujourd’hui. Le directeur du musée de la RDA, Robert Rückel, ouvert en 2006 sur les bords de la Spree, l’a bien compris : "Nous avons voulu, dès le départ, mettre l’accent sur les objets de la vie de tous les jours". Ambiance Good Bye Lenin ! . Il ne manque que la musique nostalgique de Yann Tiersen : des boîtes de conserve en passant par des ustensiles de cuisine ou des vêtements collection Petit père des peuples. Le musée est des plus fréquentées de la ville. Par les touristes mais aussi par les ex-citoyens de la RDA.

Pour poursuivre cette plongée dans le monde d’hier, il suffit de remonter la rue Karl-Liebknecht, de faire un détour pour passer devant la statue de Marx et Engels, l’une des rares à avoir “survécu” sur la place qui porte leur nom, et de traverser l’esplanade pour se retrouver au pied de la Tour de la télévision, qui fête cette année son 40e anniversaire. La vue sur la ville, depuis le sommet à 368 mètres d’altitude, est toujours aussi prisée. Le monument était  déjà, à l’époque du Mur, l’un des plus courus.

"Monter en haut de la tour était pour nous un moment magique. Quand j’étais adolescente, j’y venais pour voir Berlin-Ouest au loin et rêver de cet autre monde qui nous était inaccessible", se souvient Cornelia Schaeffer. A 50 ans, elle effectue systématiquement ce pèlerinage quand elle revient à Berlin-Est d’où, pourtant, elle est partie avant la chute du Mur pour passer à l’Ouest en 1984.

Mes amis ne comprennent pas toujours mon attachement au passé. C’était un autre monde, mais j’ai vécu des moments très forts : les camps de pionniers, les vacances sur le bord du lac Balaton, en Hongrie, et puis l’odeur si particulière qu’avaient pour moi les colis que nous envoyaient des amis de l’Ouest au moment des fêtes de Noël. On ouvrait et rouvrait cent fois les boîtes. Tout cela a disparu. L’Ouest n’est plus mystérieux.…

"Tout a changé si vite…"

Alexanderplatz, une des places les plus vivantes de l’avant-guerre, a été détruite en grande partie par les bombardements puis reconstruite style soviétique. Un centre vide, bordé d’HLM. L’un d’entre eux abritait la Maison des enseignants, aujourd’hui transformée en immeuble de bureaux. Il reste toutefois une grande fresque à la gloire des “gens de lettres” qui orne la façade. Au coin du bâtiment, s’engager dans l’allée Karl Marx ne peut laisser indifférent. Entièrement rénovée, cette autoroute urbaine, longue de 2,3 kilomètres, inaugurée en 1953, est bordée d’immeubles en briques et en marbre dont certaines façades sont recouvertes de faïences provenant de la manufacture de Meissen.

Rien n’était trop beau pour une avenue qui a vu défiler toutes les manifestations officielles du régime communiste dont la dernière, en grande pompe, le 7 octobre 1989, jour des 40 ans de la RDA, précédait d’un mois la chute du Mur… Au numéro 72, le café Sibylle, a été ouvert lors de la percée de l’avenue. Il est resté dans son “jus”. Il y a une petite dizaine d'années, les propriétaires de l’époque ont aménagé l'arrière-salle avec photos et mobilier d’époque. Une télévision des années 60 qui repasse en boucle une vidéo retraçant l’histoire de la Karl-Marx-Allee.

Il voulaient laisser un témoignage de ce qu’avait été cet immense chantier. Après la chute du Mur, tout a changé si vite. Les commerces ont fermé les uns après les autres. Les restaurants Moscou ou Budapest, les plus luxueux de la Capitale, qui proposaient des mets introuvables ailleurs, ont également mis la clé sous la porte,

explique Hans, derrière le comptoir. Le lieu l’a pourtant échappé belle. Il y a deux ans, il n’a été sauvé que de justesse, repris par… une association s’occupant de réinsérer dans la vie professionnelle les chômeurs de longue durée !

Forêt de HLM

Plus loin, on emprunte la rue de la Commune de Paris. Aux bâtiments monumentaux de l’allée Karl-Marx succède une forêt de HLM, tous plus gris les uns que les autres. Dans le "carré Wriezener", l’Ostel, un hôtel made-in-RDA.

Le ton est donné dés l’entrée : une Trabant est garée devant la porte où quelques tables en plastique rouge agrémentent un bout de jardin, en bordure de la voie ferrée… Tout y est comme autrefois. Le mobilier, le papier peint… Y compris les portraits d’Erich Honecker qui trônent au centre de chaque pièce. "Nous avons voulu recréer un intérieur typique d’appartement de la RDA pour faire vivre aux visiteurs intéressés par le passé de Berlin-Est une véritable expérience", explique Daniel Heibig, la quarantaine, initiateur de ce projet. Rien n’a été laissé au hasard. "La mauvaise insonorisation du lieu permet de se rendre compte de ce qu’était la vie dans les HLM", poursuit le directeur de l’établissement, fort d’une enfance et une adolescence passée à Berlin-Est. "Au restaurant on ne sert que des plats de la RDA", ajoute l’entrepreneur qui entend bien exploiter a fond le filon de l'Ostalgie.

Impossible de terminer cette visite sans se rendre, à quelques enjambées, au pied des derniers vestiges du Mur transformés en galerie de peinture en plein air, l’East Side Gallery. Devant les fresques on a bien du mal à réaliser ce que représentait cette barrière infranchissable entre l’Est et l’Ouest. Dana Schieck, Berlinoise de l’Est qui, depuis une dizaine d’années, ne cesse d’inciter ses compatriotes à faire un “travail de mémoire” regrette que d’autres tronçons n’aient pas été conservés comme témoignage de ce que cela représentait. Les gens idéalisent le passé.

Certes, il n'y avait pas de chômage, mais nous vivions dans un régime policier. On l'oublie un peu vite.




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