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Eisenhüttenstadt, l’ex-cité du bonheur est-allemande

jeudi, 28 octobre, 2010 - 18:03

Située à la frontière polonaise, Eisenhüttenstadt, ville vitrine du socialisme triomphant du temps de la RDA est devenue une cité sans âme. Les pionniers sont aujourd'hui de paisibles retraités. Deuxième étape du voyage de  notre envoyée spéciale dans l'ex-RDA à la veille du 21ème anniversaire de la chute du mur.

Dans les rues désertes du centre-ville, il est difficile d’imaginer l’agitation qui a prévalu à sa création, en 1950. L’endroit, situé en pleine forêt, avait été choisi par le nouveau régime communiste, né un an plus tôt, pour édifier la “première ville socialiste” dédiée à la fabrication de l’acier. Des centaines de pionniers, dont une forte proportion de femmes, ont répondu à l’appel. Une fois le terrain débroussaillé, les premiers appartements sortent de terre dès 1951. Le centre-ville avec ses 28 000 habitants, et le combinat sidérurgique ont été terminés en 1953, année de la mort de Staline. La nouvelle cité, qui a failli s’appeler Karl-Marx-Stadt, prend finalement le nom de Stalinstadt en l’honneur du despote défunt de l’Union soviétique.

Arrivée enfant de Chemnitz avec ses parents dès 1951 – son père a été l’architecte qui a conçu les quatre premiers “complexes”, des sortes de cités-jardins où, autour d’une cour arborée, s’alignaient des immeubles d’habitations – Gabriele Haubold se souvient :

Venant d’une ville où tout était gris, c’était le bonheur ! Les bâtiments étaient jaunes ou roses, tous pimpants. Certains comportaient des sculptures. Sur la façade de l’un d’entre eux court une frise inspirée d’un conte de Grimm. J’ai découvert ces récits sur les murs avant de pouvoir les lire dans un livre.

Architecte de père en fille

Une visite de ces quartiers permet de mieux comprendre l’enthousiasme de Gabriele. Des statues de bronze que l’on croirait sorties de l’imagination de Fernand Léger ponctuent les cours et les jardins où les enfants ne jouent malheureusement plus beaucoup.

Un charme suranné et oppressant se dégage de ces ensembles qui font penser, en moins caractère monumental, aux réalisations de l’allée Karl-Marx de Berlin. A l’époque, pour participer à la construction d’un monde nouveau, les architectes allaient à Moscou étudier de plus près les réalisations staliniennes…

Seul regret : le café Aktivist, ouvert à la fin des années 1950 et lieu de rencontre des habitants, est aujourd’hui fermé. Les images en noir et blanc montrent des couples débonnaires rassemblés autour d’un verre. Un orchestre joue sur l’estrade. La vie, en quelque sorte, qui relativise la tristesse ambiante qui prévaut en ces premiers jours d’automne.

Les gens ne sortent plus beaucoup. Il n’y a plus aujourd’hui la même convivialité, regrette Gabrielle.

Architecte comme son père, après ses études à Dresde, notre guide est revenue en 1973 à Eisenhüttenstadt, rebaptisé ainsi en 1961, déstalinisation oblige.

Comme tous les jeunes, je ne voulais pas retourner dans la ville de mon enfance. Je souhaitais m’émanciper et vivre loin de mes parents. Je n’ai jamais songé à passer à l’Ouest, car c’est à l’Est que j’avais mes racines. Seulement, il était très difficile de trouver un logement. Ici, il y avait de la place car la ville ne cessait de s’agrandir.

Dans les années 1970, les complexes 5 et 6 sont venus compléter le centre-ville afin de pouvoir abriter les nouveaux “travailleurs” qui affluaient. Au milieu des années 1980, celle-ci comptait 50 000 habitants dont 12 000 travaillaient directement dans les aciéries.

Classé patrimoine historique par la RDA

Une expansion stoppée net après la chute du régime : «

La production d’acier a diminué, la ville s’est progressivement dépeuplée. On compte aujourd’hui 32 000 habitants dont 2 000 embauchés à l’usine. Les jeunes sont les premiers à partir. La moyenne d’âge, qui était de 28 ans lors de la création, est aujourd’hui de 47 ans. Nous avons dû adapter l’habitat à cette nouvelle donne

poursuit Gabriele qui, depuis 1993, est en charge du programme de rénovation de l’habitat à la mairie. Un programme qui prévoit notamment nombre de destructions. Près d’un quart des bâtiments devrait être rasé en 2013. L’une des écoles a déjà été transformée en Centre de documentation sur la culture de la RDA où sont organisées de nombreuses expositions. Une attraction qui amène quelques touristes dans une ville qui cherche aujourd’hui sa raison d’être…

Il est toutefois hors de question de toucher au centre de la ville, classé patrimoine historique par la RDA en 1984. C’est le plus grand espace protégé de l’ex-Allemagne de l’Est. Car ici, on ne badine pas avec la mémoire : 

Même aujourd’hui où tout notre passé est remis en question, je suis fière de ce que nous avons créé. Il ne s’agit pas de gommer les difficultés mais on ne peut pas non plus affirmer que tout est mieux maintenant. Par exemple, grâce à la RDA, j’ai eu la possibilité de mener de front ma carrière d’architecte et ma vie de mère de deux enfants quand, à l’Ouest, les jeunes femmes doivent choisir entre la poursuite de leur vie professionnelle ou le fait d’avoir des enfants.




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