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Seniors : modes d’emplois

vendredi, 29 octobre, 2010 - 10:57

Avec le relèvement de l'âge de la retraite, améliorer le taux d'emploi des seniors est plus que jamais une priorité politique en France. Plusieurs dispositifs ont déjà montré leur efficacité dans un bon nombre de pays européens.

Une "négociation sur l’emploi des jeunes et des seniors". Voilà l’idée défendue par la CFDT et le Medef pour mettre fin à la crise provoquée par le projet de réforme des retraites – définitivement adopté par le Parlement. Intention louable. En France, le taux d’emploi des seniors (55-64 ans) a certes progressé de plus de huit points en dix ans, mais il plafonne toujours sous la barre des 39%. Loin de la moyenne de l’Union européenne (46% en 2009). Plus loin encore des 50%, fixés comme objectif à atteindre en 2010 lors du Conseil européen de Stockholm de 2001.

Sur les 27 Etats membres de l’UE, seuls sept ont un taux d’emploi des seniors plus faible qu’en France. Il est par contre bien plus élevé en Suède – 70% et championne haut la main -, en Allemagne (56,2%), ou au Danemark (57,5%). Des négociations ont pourtant déjà eu lieu en 2005 et 2008 avec, à la clef, des "plans d’action" destinés à maintenir au travail les plus de 55 ans. Et des résultats mitigés.

Des exemples européens montrent pourtant qu'il est possible de réussir, même en partant de très loin, comme la Finlande, passée de 39% en 1999 à 55,5% en 2009. "Dans tous les pays de réussite, l'emploi des seniors avait fortement reculé au moment de la crise de la première moitié des années 90 et avait, comme en France, servi de variable d'ajustement. Mais ces pays ont été capables de relancer l'emploi des seniors dans les années 1995-2008", notent les auteurs d'une étude de l'OFCE réalisée, en 2007, à la demande du Conseil d'orientation des retraites.

Comment? "Globalement, on peut distinguer deux stratégies de réussite. La stratégie libérale (celle du Royaume-Uni) consiste à supprimer les possibilités de préretraites et à réduire le niveau des retraites ; les seniors sont ainsi obligés de travailler, quitte à accepter des salaires plus bas. La stratégie des pays nordiques, dite de vieillissement actif, organise une mobilisation sociale autour de l'emploi des seniors."

Dans le détail, les mesures adoptées dépendent de la situation démographique propre à chaque pays, de l'état général du marché du travail et de la stratégie des syndicats. Mais, on relève quatre grands types de "leviers" : des incitations financières pour les travailleurs âgés ; des aides en direction des entreprises ; l'importance du temps partiel ; et enfin, la formation professionnelle.

France : le chômage des seniors augmente toujours.

"On sort de cette crise en promulguant la loi et ensuite, on propose aux partenaires sociaux d'engager un dialogue sur l'emploi des jeunes et l'emploi des seniors", a lancé mardi dernier François Fillon. Le même jour tombaient les nouveaux chiffres du chômage. Ils font mauvais effet. Le nombre des plus de 50 ans en quête d'un emploi a cru de 1,5% au mois de septembre et bondi de 16,3% sur un an – soit 727.200 personnes. Du coup, la ministre de l'Economie Christine Lagarde a fait cette promesse :

La politique de l'emploi en 2011 sera prioritairement orientée vers l'emploi des seniors", avec "une aide" à leur embauche.

C’est une nécessité que soulignent un peu plus encore les projections de l’Insee, selon lesquelles, 31% de la population résidant en France métropolitaine pourrait être âgé de 60 ans ou plus en 2035, contre 21% en 2007.

Le taux d’emploi des seniors a certes bondi de huit points au début des années 2000. Depuis, il stagne, entre 38 et 39%, en dépit du "plan d’action 2006-2010". La loi de financement de la sécurité sociale pour 2009 prévoit également plusieurs mesures afin de développer l’emploi des seniors. Voici les principales mesures adoptées ces dernières années :

  • L'âge de la mise à la retraite d'office a été repoussé de 65 ans à 70 ans.
  • Les conditions du cumul emploi-retraite ont été assouplies au 1er janvier 2009. Le délai de six mois entre la liquidation de la retraite et le retour à l'emploi chez le dernier employeur a notamment été levé, ainsi que le plafond de cumul de ressources.
  • La dispense de recherche d'emploi pour les chômeurs de plus de 58 ans s'éteindra progressivement d'ici à 2012.
  • Les surcotes, ces bonus appliqués au montant de la retraite pour tout trimestre de cotisation supplémentaire au-delà du nombre d'annuités légal, ont été revalorisés.
  • Les entreprises de plus de 50 salariés ont désormais l’obligation d'être couvertes par un accord collectif ou un plan d'action en faveur des salariés âgés, sous peine de sanctions financières (1% de la masse salariale). Notons que ces accords n’imposent aucune obligation de réussite.

Incitations financières à travailler plus longtemps

L'aide à la reprise d'un emploi et la possibilité de cumuler une pension de retraite avec de nouveaux revenus du travail sont deux des possibilités les plus couremment adoptées. Notons, cependant, que ces mesures fonctionnent d'autant mieux que le montant des retraites est faible.

Le Danemark – taux d'emploi des séniors : 57,5% – permet aux retraités de continuer à exercer, tout en touchant leur pension, à condition de ne pas gagner plus de 30 000 couronnes par an (4 000 €). Une façon d’encourager les seniors à garder un pied dans l’entreprise, pour transmettre leur savoir aux nouvelles générations, par exemple. Par ailleurs, depuis le 1er janvier 2009, les plus de 60 ans ont droit à un "bonus". Ce programme, défini dans le cadre des accords collectifs, est réservé à ceux qui continuent à travailler à temps complet. Le bonus peut être perçu sous forme de jours de congé supplémentaires, d’une augmentation de salaire ou d’un supplément de pension. Les employés communaux, par exemple, ont le droit à deux jours de congé supplémentaires par an à partir de 60 ans, trois jours l’année de leurs 61 ans, et quatre les années qui suivent.

Les autorités allemandes s'étaient fixé pour objectif un taux d’emploi des plus de 55 ans de 55 % d’ici à 2010. Pari gagné (56,2%) – ce qui n'empèche pas le puissant syndicat IG Metall de réclamer de nouvelles négociations. Dans le cadre du plan "Initiative 50 plus", lancé fin 2006, il est prévu que les chômeurs de 50 ans et plus, qui reprennent un emploi pour lequel ils sont moins rémunérés que dans leur précédent poste, voient la différence de rémunération partiellement compensée. Les cotisations retraite sont également subventionnées de sorte qu’elles s’élèvent à au moins 90 % des sommes cotisées dans l’emploi précédent.

De la même façon, en Espagne, les travailleurs de plus de 52 ans continuent à percevoir les prestations chômage pendant deux fois plus de temps (au maximum) que s’ils étaient restés au chômage. L’employeur verse la différence pour atteindre le salaire fixé.

Ces mesures s'accompagnent souvent d'incitations financières à l'embauche des seniors. En Allemagne, par exemple, les employeurs qui embauchent des personnes âgées de 50 ans et plus, qui avaient précédemment eu des difficultés à trouver un emploi – chômage de 6 mois ou plus –, reçoivent des subventions au versement des salaires à hauteur de 30 à 50 % des sommes (durée maximale de 36 mois).

La Finlande, dont le système en la matière est régulièrement cité en exemple, impose aussi aux entreprises qui licencient un salarié de plus de 58 ans des sanctions sous forme de prise en charge partielle des indemnités de chômage. "Le rôle de ces incitations semble faible" relève toutefois l'OFCE, en conclusion de son étude comparative.

Aménagement du temps de travail

Plus les Danois travaillent, plus le montant de leur retraite de base augmente. L'âge légal de départ va progressivement reculer, pour atteindre 67 ans, pour les personnes nées après le 1er janvier 1959. Les salariés peuvent néanmoins toucher une préretraite, à temps complet, ou bien à temps partiel. Le royaume encourage en effet ses seniors à rester sur le marché du travail plus longtemps, en leur permettant de réduire progressivement leur charge de travail.

Nombre de pays, dont le taux d'emploi des seniors est élevé, se caractérisent par une moins grande pénibilité du travail, un fonctionnement moins hiérarchique et une meilleure prise en compte des aspirations des salariés, de sorte que le report de l'âge de la retraite y est plus acceptable. Et le maintien dans l'emploi plus fréquent. Les Pays-Bas, où le temps partiel est très répandu, affichent un taux d'emploi des plus de 55 ans supérieur à 55%. La Direction danoise du Travail encourage aussi les patrons à rencontrer leurs seniors, lors de rendez-vous individuels, afin de discuter de leur motivation, de leurs compétences ainsi que de l’organisation de leur temps de travail. Des têtes à têtes qui peuvent déboucher sur un ajustement du poste de travail de l’employé, si nécessaire. La Finlande a mis en place une grande politique d'amélioration du bien-être au travail.

Formation professionnelle et sensibilisation des DRH

Pour espérer augmenter le taux d'emploi des seniors, encore faut-il que les entreprises y voient leur intérêt. C'est pourquoi la formation professionnelle des salariés les plus âgés, mais aussi l'image que les recruteurs s'en font, s'avèrent primordiales.

Les pays nordiques, précise l'OFCE, "ont lancé de vastes campagnes d'information et de formation en direction des entreprises pour les inciter à modifier leur politique de gestion des carrières, à développer une politique de formation professionnelle tout au long de la carrière. Des séminaires de formation sont organisés pour améliorer la gestion des âges au travail. Des labels sont accordés aux entreprises les plus engagées dans l'emploi des seniors."

La Finlande, via son Institut de Santé au Travail, a mis en place des formations pour le management, afin de le faire changer d’opinion sur les salariés âgés et leur valeur dans le monde du travail. Au Danemark, les chômeurs de plus de 60 ans doivent suivre un "programme d’activation" (stage, formation …) après six mois sans emploi, contre neuf mois pour les autres salariés. En Allemagne, les règles en matière de formation continue ont été améliorées. Désormais, les employés âgés de plus de 45 ans, et qui travaillent dans des entreprises de moins de 250 salariés, peuvent obtenir un appui en matière de formation continue en dehors de leur lieu de travail.

L'emploi des seniors dépend avant tout de l'état général du marché du travail. Au delà de toutes ces mesures possibles, nécessaires ou souhaitables, rien ne sera possible sans une forte réduction du chômage pour toutes les catégories de population.




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