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L’Europe de la trique et du huis-clos

dimanche, 31 octobre, 2010 - 09:26

Continuez, Messieurs les chef d’Etat et de gouvernement ! Continuez comme vous le faites depuis des années… Continuez comme vous venez de le faire au dernier Conseil européen. Et l’Union européenne ne sera plus qu’une sorte d’agence de notation anonyme dirigée par une confrérie de banquiers et de ministres.

De quoi s’agissait-il lors de ce dernier conseil de Bruxelles ? De jeter les bases d’une véritable « gouvernance économique » de l’Europe. En d’autres termes, de donner les instruments à l’Union pour superviser et harmoniser les politiques des Etats-membres visant à favoriser la croissance, l’emploi et la stabilité du continent.

Frein moteur

Qu’en est-il sorti ? Le principe d’une pérennisation, au delà des trois ans prévus, du Fonds européen de stabilisation financière mis en place pour éteindre l’incendie grec. Bien. Du gros bon sens. Encore que le premier pays européen, l’Allemagne, ne saurait faire avaler la pilule à sa Cour constitutionnelle qu’en échange d’une surveillance accrue des grands équilibres assortie d’une privation de droits de vote pour les contrevenants.

On sait l’Allemagne rigoriste. Mais la France lui emboite le pas, au nom de ce tandem de plus en plus maudit par les autres et que l’on devrait désormais qualifier de « frein moteur » franco-allemand.
Le processus qui est en marche est double. D’une part, on tourne franchement le dos à la construction politique de l’Europe. D’autre part, on achève de vider de son sens l’Union économique et monétaire, condition de l’émergence du plus puissant marché intégré du monde.

L’Europe politique en quenouille

Dans l’esprit des pères fondateurs, la Commission européenne, collège exécutif de l’Europe, était l’ingrédient fédéraliste de la communauté. Notre « frein moteur » franco-allemand ne cesse de la marginaliser. Et c’est Herman Van Rompuy, président du Conseil européen, qui est chargé de préparer la révision du Traité de Lisbonne, non pas la Commission dont le rôle sera technique.

Comme les 27 veulent aller vite et ne pas rouvrir la boite de Pandore du Traité, ils veulent s’engager dans une procédure de révision simplifiée. Merveilleuse simplicité qui permet de se passer de la sanction du Parlement européen, seul organe démocratiquement élu de l’Union.

Abolissons le peuple

Débarrassés de la Commission, débarrassés du Parlement, nos dirigeants ont un dernier soucis : se débarrasser du peuple. Avec la révision simplifiée, ce qui est présenté comme une modification de détail, un appendice technique, ne risque pas en effet de mobiliser les citoyens.
Les 27 s’efforceront de faire ratifier discrètement cette modification par leurs Parlements respectifs. De nuit, peut-être… Même l’agaçante Irlande, avec son referendum systématique, devrait trouver une solution pragmatique.

Quant à la gouvernance économique, elle ne consiste en fait qu’à sanctionner les déviants. Ceux qui ne respectent pas des normes comptables édictées au nom d’une idéologie monétariste sortie tout droit de la Bundesbank allemande. Mais la convergence des économies, mais la coordination des politiques économiques ? Qui en parle ?

La bonne soupe électoraliste

Les ministres des Finances sont, dans leur majorité, d’accord sur un point : la politique économique et budgétaire est du ressort exclusif des nations souveraines. Et leurs gouvernants, libres de concocter leur soupe budgétaire et fiscale au gré de leurs intérêts électoraux.

Tranquillement, l’Allemagne pourra donc relever ses impôts directs et diminuer ses dépenses sociales, sans souci de comprimer la déjà faible consommation de ses ménages. Un malthusianisme à l’origine du déséquilibre économique majeur de l’Union : l’excédent extérieur d’un seul pays est pratiquement l’équivalent de la somme des déficits de tous les autres !

Tranquillement, la France pourra se dispenser de réformer son absurde fiscalité qui fait peser l’impôt direct sur les seules classes moyennes ; qui, par la pratique kafkaïenne des « niches », permet à de très nombreuses entreprises profitables de finalement bénéficier d’une des impositions les plus basses d’Europe. L’investissement public en fait les frais et, du même coup, les si nécessaires investissements d’intérêts européens.

Fouettons les petits

De cela et de bien d’autres choses, une Union économique européenne digne de ce nom devrait s’occuper. Plutôt que de donner le fouet aux mauvais petits élèves qui, entre bulles et dépressions, ont bien du mal à se développer en respectant les normes édictées à Francfort.
Mais continuons, Messieurs, continuons…




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