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Un accueil pas très catholique du pape en Catalogne

samedi, 6 novembre, 2010 - 16:41

A l’approche des élections régionales, la visite de Benoît XVI en Catalogne est controversée. Les autorités officielles se réjouissent de la messe en Catalan qu’il va dire pour consacrer la Sagrada Familia. Mais la gauche catalane et les associations féministes et homosexuelles sont vent debout.

"Yo no te espero", "Moi, je ne t’attends pas". La campagne menée depuis quelques semaines par des organisations de la société civile, comme certains syndicats, des associations laïques, homosexuelles ou encore féministes lance ce message explicite à Benoît XVI. Trois mille personnes ont par ailleurs manifesté le 4 novembre à Barcelone contre la venue du pape dans la capitale catalane ce dimanche.

A quelques semaines des élections régionales et locales catalanes, le 28 novembre, le chef de l'Eglise a entrepris aujourd'hui une visite en Espagne avec une escale importante demain à Barcelone. En Catalogne, région traditionnellement à gauche où la religion catholique, si elle reste prédominante, est de plus en plus concurrencée par les cultes évangéliste, musulman et chrétien orthodoxe, entre autres. Se positionner par rapport à au "Saint Père", aussi désiré qu’indésirable, nécessite une maitrise parfaite des calculs politiques qui prennent largement le pas sur les convictions religieuses.

Les nationalistes catalans satisfaits

Certaines formations politiques ont pris le parti de rejeter la venue de l’Évêque de Rome. Les républicains de ERC, membres de la coalition au pouvoir dans la région, proposent ainsi aux Catalans de pendre des drapeaux catalans aux balcons pour témoigner de la laïcité de la région. Une initiative que d’aucuns critiquent : une multitude de drapeaux pourrait être interprétée comme autant de signes de bienvenue à Benoît XVI. Par ailleurs, le secrétaire à l’immigration du Gouvernement catalan, lui aussi membre de l’ERC, a comparé la semaine dernière Benoît XVI avec l’Imam de la ville de Lleida, suspecté de salafisme entre autres.

Pourtant, les autorités catalanes se réjouissent officiellement de la visite papale, tant pour sa qualité de chef d’Etat, positive pour Barcelone, que pour celle de chef spirituel, positive pour la communauté catholique. Deux autres motifs viennent par ailleurs satisfaire les politiques catalans, et en particulier, les nationalistes.

Zapatero n'assite pas à la messe

D’abord, le Souverain Pontife doit dire la messe en catalan dimanche, à la Sagrada Familia, la célèbre cathédrale de l’architecte Antoni Gaudi en construction depuis 128 ans, qu’il va consacrer comme basilique. Il s’agit d’une promotion considérable pour la langue, alors que la coalition au pouvoir cherche par tous les moyens à la promouvoir au détriment du castillan.

Par ailleurs, les caméras du monde entier seront braquées sur la Catalogne, l’occasion pour la communauté autonome de se faire connaître indépendamment de son lien à l’Espagne. Les nationalistes de droite de CiU, en passe de remporter les élections, ne boudent pas leur plaisir. Le leader de CiU, Artur Mas, a d'ailleurs mis clairement les points sur les "i":

Le Pape doit être conscient qu’il se rend dans une nation de profondes racines chrétiennes avec une identité forgée tout au long des siècles. Je crois que le Pape comprendra cela.

La venue de Joseph Alois Ratzinger ne suscite pas l’émoi des seuls politiques catalans. Le fait que le chef du Gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, n’assiste pas à la grand-messe du pape à Barcelone est passé pour une provocation aux yeux du parti populaire, principal parti de droite en Espagne mais qui est moins représenté en Catalogne. Zapatero rencontrera toutefois le pape avant le retour de celui-ci au Vatican.

Le Roi, le vice-président du Gouvernement, le prince des Asturies Felipe, entre autres, rencontreront par ailleurs le pape. Benoît XVI aura quant à lui à cœur de montrer que les diverses lois de l’ère Zapatero sur l’avortement ou le mariage gay, mal accueillies par l’Eglise, n’ont pas eu d’impact sur les liens qui l’unissent avec la très catholique Espagne.
 




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