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Nés dans un pays qui n’existe plus

mardi, 9 novembre, 2010 - 18:26

Sans nier l’importance de la "révolution" de 1989, prémisse de la réunification du pays, nombre de citoyens d’un pays qui n’existe plus, la RDA, replongent aujourd’hui 21 ans après la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, dans leurs souvenirs perdus.

"Je suis né dans un pays qui n’existe plus". A 25 ans, Marcel, originaire de Chemnitz, raconte une enfance dans l’ancienne Karl Marx Stadt, le départ à l’âge de 8 ans en Bavière où son père avait trouvé du travail suite à l’effondrement de l’industrie est-allemande, sa vie d’étudiant en géographie à Francfort. Une trajectoire somme toute banale pour nombre d’Allemands de l’Est : depuis 1989, ils sont 1,8 million à avoir mis le cap vers l’Ouest.

La plupart, comme les parents de Marcel, ont entrepris ce voyage pour des raisons économiques. Aujourd’hui pourtant, son diplôme en poche, l’étudiant envisage de revenir dans sa ville natale pour créer un cabinet de conseil en aménagement urbain dans une région où les programmes de démolition, d’assainissement et de reconstruction battent leur plein.  Mais les premiers contacts avec la population locale le font hésiter. Considéré comme un "Wessi", un homme de l’Ouest, il a été accueilli très froidement.

Vingt et un ans après la fin de la division du pays, et en dépit des efforts déployés depuis 1989 par les autorités pour raccrocher les "nouveaux Länder" à la locomotive de l’Allemagne fédérale, rien n’y fait : les habitants de l’Ouest restent des "Wessi" pour les "Ossi". Est-ce la réunification du pays à marche forcée qui a laissé des cicatrices et empêché une réelle fusion Est-Ouest ?  

Nouveau départ

"En quelques semaines, les rues ont été débaptisées, aux magasins d’Etat de la RDA se sont substitués des supermarchés où l’abondance succédait à la pénurie. Nous étions tous un peu perdus", se souvient Dana Schieck, âgée de 15 ans en 1989 qui habitait dans un HLM de Lichtenberg, un des quartiers ouvriers de Berlin-Est. Pourtant, "dans l’ensemble, la volonté de prendre un nouveau départ était plus forte que les réticences. Il y a eu un réel enthousiasme, les gens, en dépit de leurs craintes, voulaient oublier le passé et se débarrassaient de tout : photos, mobiliers…", se rappelle Andreas Ludwig, historien et Berlinois de l’Ouest. Il est un des premiers à avoir tiré la sonnette d’alarme.

Nous avons alors écrit une lettre au ministère de la Culture pour expliquer qu’il était urgent de réagir, de rassembler tous ces objets pour créer un musée sans quoi toutes traces de la RDA allaient disparaître à tout jamais.

Guerre des mémoires

Née à l’Ouest du pays, cette prise de conscience a rapidement gagné l’Est en proie aux désillusions. La fermeture des usines a provoqué un véritable électrochoc. Il y a eu la découverte du chômage, mais plus encore la perte d’un certain nombre de repères. Les entreprises mettaient à la disposition de leurs salariés des logements, géraient des magasins d’Etat, prenaient en charge les soins médicaux, assuraient le fonctionnement des crèches pour les enfants permettant aux femmes de pouvoir travailler, s’occupaient des réservations pour les vacances.

Puis sont venus les programmes de destruction massifs qui ont pour la plupart concerné les habitations – le parc immobilier était à la fois vétuste et trop important pour abriter une population de moins en moins nombreuse – et quelques bâtiments phares du régime communiste comme le Palais de la république, à Berlin.

Réécriture de l’Histoire par la RFA

"Sans regretter le régime communiste, la population, à laquelle on arrachait son passé, a commencé à se souvenir avec un certain regret d’un monde où régnait une certaine sécurité", rappelle Stefan Wolle, directeur scientifique du musée de la RDA à Berlin. L' "ostalgie" a progressivement pris de l’ampleur. En témoigne la réédition des tubes du "rock est-allemand" ou encore la prolifération de "Musées de la RDA" souvent issus de collections privées.

Mais après des années dominées par l’amertume, bon nombre d’anciens citoyens de la RDA refusent la réécriture de l’Histoire par la RFA.

Nous n’avons pas attendu derrière le mur que l’Ouest vienne nous libérer ! 90% des Allemands de l’Est n’avaient rien à voir avec la Stasi. Pendant 40 ans, nous avons vécu et essayé d’inventer une alternative au capitalisme. Tout n’était pas parfait mais tout n’est pourtant pas à rejeter." Heinrich Niemann, 64 ans, médecin à la retraite, habitant Berlin-Est, fustige les "conquérants de l’Ouest, le monde de l’argent où le sentiment de solidarité n’existe plus.

Pour Andreas Ludwig

On assiste à une guerre des mémoires : d’un côté la vision officielle qui glorifie la chute du mur, le triomphe de la liberté et la réunification du pays, de l’autre, des souvenirs individuels qui n’ont rien à voir avec cette histoire officielle.




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