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Le château qui ne fait pas rêver Berlin

vendredi, 12 novembre, 2010 - 00:27

Le Château de Berlin, prévu pour redonner un lustre historique au centre ville de la capitale allemande, peine à jaillir des cendres du Palais de la République.

Dans le centre historique de Berlin, au rez-de-chaussée de l’ambassade de Slovénie, un splendide bâtiment de briques rouges accueille l’association de promotion du château de Berlin. Son but : trouver 80 millions pour reconstruire la façade de l’ancien Château des Hohenzollern, détruit par l’action conjointe d’un bombardement allié, et du régime communiste en 1950.

Quand on passe la porte du centre d’information de l’association, on a l’impression d’entrer dans l’arrière chambre d’un rêve brisé : partout aux murs, des morceaux de bas-relief, aigles prussiens en plâtre, gargouilles, colonnes corinthiennes feuillues en argile… Vestiges de l’ancien Berliner Schloss ou moulures, ils donnent un avant-goût des éléments de décorations qui pourraient enrichir la façade. Ils sont à vendre et à réserver dans un catalogue à disposition des généreux donateurs.

Concurrencer Versailles

Mais même les dons les plus humbles sont bons pour parvenir aux 80 millions. Des tirelires vitrées sont disposées dans tous les points stratégiques. Günther Kämmerer, directeur du centre d’information, s’enthousiasme :

Si l’on réalise l’unité historique de l’Île des musées avec le Château de Berlin, on sera imbattables dans le monde .

Devant la maquette gigantesque qui reconstitue le centre ville historique de Berlin à l’aube du XXe siècle, cet ancien contremaître de l’usine Daimler de Berlin Ouest féru d’histoire s’imagine volontiers concurrençant Versailles…

Le Château de Berlin devra accueillir le Humboldt forum, un lieu qui regroupera les collections d’art dit "extra européen", sorte de pendant allemand au musée des arts premiers… Une décision d’ouverture, pour que l’on ne puisse accuser l’Allemagne ni de revanchisme ni de passéisme.

552 millions d’euros

Pourtant, la reconstruction du château est loin de faire l’unanimité à Berlin. L’été dernier, dans un sondage de la Berliner Zeitung, les Berlinois se sont prononcés à 80% contre la reconstruction du Château dans un contexte d’austérité économique. Car le projet est coûteux. Porté avec passion par Wilhelm von Boddien, un chef d’entreprise allemand, le Berliner Schloss a reçu l’aval du Sénat de Berlin. L’Allemagne fédérale financera le château à hauteur de 440 millions d’euros, le Land de Berlin en fournira 32.

Reste les 80 millions d’euros qui doivent être trouvés par l’association de Wilhelm von Boddien pour financer la façade. Pour conquérir le cœur des berlinois, parfois réticents à soutenir un nouveau projet pharaonique, l’aristocrate a eu recours à une idée efficace : il a fait peindre sur des panneaux grandeurs nature le Château à son emplacement futur. Inscrit ainsi virtuellement dans le paysage, le Château a séduit certains berlinois. Et quand les façades ont été retirées, le Berliner Schloss avait sensiblement gagné des voix.

La blessure historique

Pourtant, pour s’inscrire dans les mesures d’austérité contre la crise, le Sparpakett d’Angela Merkel, la construction du Château a été reportée en 2014. Une mesure qui semble regrettable à l’enthousiaste Günther Kämmerer. "Le report de la construction représente seulement 0,2 % d’économies ! " Pour Mathias Eisenschimdt, journaliste à la Taz,

le problème est surtout que le Château de Berlin est un rêve formaté pour les offices de tourisme. Il ne prend pas en compte les blessures historiques de la capitale. 

En d’autres termes, il contribue à faire disparaître les traces de l’ancien Berlin Est du centre de la capitale. Car à l’emplacement théorique du Château, se dressait le Palais de la République, dont la destruction, décidée en 1998 s’est achevée en 2009, pour la modique somme de 100 millions d’euros.

Erigé en 1976, le Palais de la République regroupait toutes les caractéristiques de l’architecture communiste : démesuré, épuré, et quelque peu intimidant. 30 mètres de hauteur, une façade recouverte de vitres de couleur bronze, 13 restaurants, un bowling… A Berlin-Est, le lieu était incontournable.

Un happening artistique permanent

C’est entre ses murs que la réunification de l’Allemagne a été votée 1990, peu après la chute du Mur. Mais après la découverte d’amiante dans sa structure, il doit être fermé. Commence alors pour le grand Palais une étrange et excitante période, celle des ‘Zwischen Nutzung’, les utilisations temporaires. Des artistes occupent l’immense espace vide du Palais dans un joyeux bouillonnement créatif avec pièces de théâtre, expositions, spectacle de danse contemporaine.

A l’image de la capitale allemande, le Palais de la République était devenu un terrain de jeu artistique, un espace de possibles à réinventer en passe d’acquérir une dimension internationale. Pourtant, en 2006, malgré une protestation énergique de la scène culturelle, des Verts et de die Linke, le parti de gauche, la destruction du Palais est votée au Sénat. Le Palais est démantelé, ses vitres de bronze vendues aux enchères.

Aujourd’hui, au lieu d’un château, on trouve dans le centre ville de Berlin une gigantesque pelouse, verte et vide. Au moment de remplacer le Palais de la République, un appel à projets architecturaux avait été lancé. L’un d’eux proposait de remplacer l’édifice par une dune de sable, pour rappeler que tout bâtiment revient à la poussière et au néant… A méditer ?




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