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Roms : le mauvais exemple

lundi, 22 novembre, 2010 - 17:59

La stigmatisation des Roms initiée en France fait débat en Suisse, et école en Italie où la Ligue du Nord dénonce une minorité coupable "d’enlèvement de mineurs, de vols et de mendicité".

En septembre, Viviane Reding, Commissaire européenne en charge de la Justice, avait défié ouvertement la politique d’"éloignement volontaire" des Roms adoptée par le gouvernement français. Pendant plusieurs jours la question avait fait la Une de la presse européenne, en France, en Suisse et en Italie notamment. Mais en deux mois – la commissaire européenne à la Justice le sait très bien – tout scandale s’oublie, pour peu que les médias cessent d’en parler. C’est pourquoi le 12 novembre, lors d’une conférence de presse à Lausanne, elle avait de nouveau exprimé son indignation: "Nous avons en Europe la plus grande minorité – 10 millions de personnes – qui vit dans une pauvreté absolue, qui n’a pas accès au logement, qui souvent n’a pas accès à la santé". Mais cette fois, ses déclarations n’ont pas eu beaucoup de retentissement. Quelques quotidiens seulement ont repris des dépêches d’agences de presse.

10 milions de personnes sont un "problème"

Seul l’ancien président du Conseil d’Etat genévois, Claude Haegi, a tenu à son tour à exprimer toute son indignation… envers Mme Reding. "Le problème des Roms, qui n’est pas nouveau mais s’est amplifié, ne se limite pas à la France et à la Roumanie. Il touche l’Europe et c’est faire preuve d’une singulière hypocrisie que de ne pas le dire", a-t-il écrit dans une lettre ouverte publiée le 11 novembre dans Le Temps. Voilà deux positions inconciliables : Viviane Reding parle de minorités, de droit au logement et à la santé, Claude Haegi de "problème". L’emploi du mot n’est pas innocent. Il trahit la mauvaise foi de l’auteur ou, peut-être, sa réelle conviction que 10 millions de personnes constituent tout un problème par le seul fait d’être Roms.

Mauvais professeurs et mauvais imitateurs

Un autre point est à souligner dans l’analyse de Claude Haegi : il semble dire que, puisque la question des Roms ne se limite pas à quelques pays mais "touche l’Europe", les choix politiques d’un seul gouvernement européen ne peuvent être examinés et critiqués. La logique du raisonnement laisse perplexe. C’est justement parce que les Roms sont présents dans toute l’Europe que chaque pays a le devoir d’adopter des politiques responsables et exemplaires envers cette minorité. Car il y a toujours des mauvais élèves prêts à suivre l’exemple des mauvais professeurs.

Le 4 novembre 2010, le Conseil de la Province de Monza, dans le nord de l’Italie, a rejeté une proposition du parti de la "Ligue du Nord" (droite séparatiste) concernant l’éloignement des Roms, coupables, lit-on dans le document, "de tentatives d’enlèvement de mineurs, de vols et de mendicité". "Attendu que la France a mis en œuvre une politique de rapatriement, en Roumanie et en Bulgarie, de 8.000 personnes d’ethnie Rom", les conseillers provinciaux demandaient au président du Conseil "d’écrire au ministre de l’Intérieur, Roberto Maroni, afin qu’il considère la possibilité d’affecter un fonds pour adopter des actions similaires à celles mises en place par le président français, Nicolas Sarkozy".

En Europe depuis 1000 ans

Le gouvernement français n’a donc pas mis longtemps à trouver des imitateurs. L’actuelle tension entre la Lega Nord et Le Peuple de la Liberté, le parti de Silvio Berlusconi, explique probablement l’échec de cette proposition. Mais la morale de l’histoire est amère : ce qui aujourd’hui semble circuler rapidement entre les pays européens, ce ne sont pas les bonnes pratiques, les analyses sérieuses, les informations dignes de foi. "L’Europe n’est pas composée de territoires vierges mais de 2000 ans de riches histoires", écrit Claude Haegi dans sa lettre.

Or les Roms, selon bon nombre d’experts, vivent en Europe depuis environ 1000 ans. Dans un excellent article publié en octobre, Tommaso Vitale (professeur associé de sociologie à Sciences Po, à Paris), nous rappelle que leur présence en Europe est attestée depuis le début du XVème siècle. "Ils font partie intégrante de l’Europe pré-moderne et moderne", observe-t-il. Une information qu'il est nécessaire de rappeler en ces temps de stigmatisation collective.




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