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WikiLeaks reste hébergé en France

samedi, 4 décembre, 2010 - 16:10

Le site WikiLeaks, interdit de séjour aux Etats-Unis, a immigré en Europe. Eric Besson souhaitait son expulsion de France, mais son hébergeur français, OVH, fort du refus de la justice de se prononcer, n'a pas l'intention de répondre à son attente pressante.

WikiLeaks est désormais consultable avec de nouvelles extensions européennes de son nom de domaine : Allemagne (.de), Finlande (.fi), Pays-Bas (.nl) et Suisse (.ch). Wikileaks.ch est hébergé par OVH, une entreprise implantée dans le nord de la France.

OVH avait vendredi dernier saisi le juge des référés de Lille pour savoir s'il avait le droit ou non d'accueillir sur ses serveurs le site WikiLeaks.ch. Le juge a estimé hier en fin de journée, qu'il ne pouvait pas prendre décision et préconise un débat contradictoire sur le fond de l'affaire. Dès lors, OVH confirme qu'il hébergera WikiLeaks tant que le tribunal ne lui imposera pas de couper l'accés à ses serveurs.

Son précédent hébergeur, le fournisseur américain de noms de domaines, EveryDNS aavit, lui, été contraint de le lâcher après avoir subi une cyber-attaque à grande échelle qui mettait, explique-t-il, en péril l’hébergement de ses 500 000 autres sites.

Pour Mark Stephens, l'avocat de Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, EveryDNS a été victime d'un "acteur étatique". En clair : l'administration américaine.

Dans ce jeu planétaire du chat et de la souris, Wikileaks a pu s’expatrier en catastrophe en Europe avec le soutien du "Parti des Pirates" qui défend la légalisation du partage de fichiers sur Internet et la protection de la vie privée des internautes. "Deux heures après la désactivation de wikileaks.ch par EveryDNS, nous avons acquis un tas de serveurs DNS (systèmes de noms de domaine) disponibles", indique sur son site le Parti des pirates suisse, fondé en 2009 sur le modèle du Parti des pirates suédois.

Il a dressé sur son site la liste de 21 sites où l'on peut consulter WikiLeaks.

"Il faut criminaliser WikiLeaks"

Son hébergement par une société française n’est pas acceptable pour Eric Besson. Pour le ministre de l'Industrie et de l'Economie numérique,

la France ne peut héberger des sites internet qui violent ainsi le secret des relations diplomatiques et mettent en danger des personnes protégées par le secret diplomatique. Elle ne peut héberger les sites internet qualifiés de criminels et rejetés par d'autres Etats en raison des atteintes qu'ils portent à leurs droits fondamentaux.

A sa demande presante,  le Conseil général de l'industrie, de l'énergie et des technologies (CGIET) doit définir "quelles actions peuvent être entreprises" pour expulser ce site immigrant préjugé illégal car dangereux et "criminel". Difficile cependant de le déchoir de sa nationalité puisqu'il est désormais apatride! Avant lui, Michèle Alliot-Marie, ministre française des Affaires étrangères avait estimé que WikiLeaks "portait atteinte à la souveraineté des États".

Mercredi déjà, Amazon avait renoncé à héberger WikiLeaks, sous la pression, notamment, du sénateur américain Joe Liebermann, un ex-démocrate. A Washington, des parlementaires veulent modifier la loi pour "criminaliser" officiellement WikiLeaks et faciliter les poursuites contre son fondateur, Julian Assange. Sous mandat d’arrêt international, il est sorti de son silence hier après-midi en participant à un chat organisé par le site du quotidien britannique The Guardian pour, notamment, expliquer qu’il était la cible de "menaces de mort" .
Cela n’est pas surprenant.

Trois paradoxes

  1. En sonnant l’hallali à son encontre, les États qui se disent menacés par la divulgation de leurs secrets ont provoqué une dangereuse surenchère. Au Congrès américains, des élus républicains appellent à « exécuter Bradley Manning », le jeune soldat américain qui aurait transmis à WikiLeaks les 251 587 missives diplomatiques américaines.
    S'il est confirmé que les États-Unis ont recours à des cyber-attaques contre des hébergeurs, cela reviendrait à utiliser des méthodes cybercriminelles qu’ils dénoncent par ailleurs.
     
  2. En utilisant des armes de dissuasion massive à l’encontre de WikiLeaks, la première puissance économique et militaire mondiale, fait preuve d’une grande vulnérabilité. Outre-Atlantique comme ailleurs, la puissance publique de l’Etat repose sur sa capacité à établir un mur étanche entre ses secrets (non seulement militaires, mais aussi sur tous les compromis et arrangements diplomatiques, économiques, stratégiques…) et les citoyens. La transparence totale est impossible. C’est un fait. WikiLeaks a peut-être franchi la ligne rouge. C'est à la justice d'en juger.
    Reste cependant un problème de taille pour ces Etats : Internet ne connait pas de frontières et limiter son accès est un exercice vain, du moins pour les pays démocratiques.
     
  3. Le New York Times, le quotidien britannique The Guardian , l'allemand Der Spiegel, l’espagnol El Pais et le français Le Monde, quotidiens de référence dans leurs pays, publient les cables diplomatiques du Département d’Etat, ceci sans être inquiétés. Seul le site pure player concentre toutes les attaques.
    Est-ce parce qu’il faut le faire taire à tout prix alors que Julian Assange promet déjà de nouvelles révélations sur "une grande banque américaine" ?

Mis à jour le 7 septembre à 0h09 avec la décision en référé concernant l'hébergeur OVH.


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