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Les étudiants anglais font chanceler la coalition au pouvoir

vendredi, 10 décembre, 2010 - 16:21

Au delà des vitres brisées de la Rolls du Prince Charles, les manifestations étudiantes à Londres ont provoqué un autre électrochoc : des parlementaires libéraux-démocrates et conservateurs ont voté contre une proposition du gouvernement. La coalition est ébranlée.

La coalition gouvernementale britannique est fissurée. Huit mois après la création d’un gouvernement de coalition entre les libéraux-démocrates et les conservateurs, le vote sur une motion déposée par le ministre du commerce Vincent Cable permettant le quasi triplement des frais d’inscription aux universités a provoqué une véritable cassure en son sein.

Si la motion est finalement passée par 323 voix contre 302, le vent du boulet est passé près pour le Premier ministre, David Cameron. Huit députés libéraux-démocrates se sont abstenus pour ne pas la soutenir, 21 de leurs collègues ont voté contre elle. Six conservateurs ont également voté contre la décision.

Les étudiants, réunis tous les mercredis depuis un mois et demi, sont donc presque parvenu à faire échouer le gouvernement.

Le double langage des centristes attise la colère étudiante

Hier jeudi, plusieurs dizaines de milliers ont bravé le froid pour faire connaître leur mécontentement. Leur principale cible : le leader des libéraux-démocrates Nick Clegg. Lors de la campagne électorale, il avait, en effet, été très clair sur la question : « Il semblerait qu’une hausse des frais d’universités à 7.000 livres sterling (8.000 euros) par an (..) provoquerait un endettement allant jusqu’à 44.000 livres sterling pour chaque étudiant. Ce serait un désastre. Si nous avons une chose à apprendre de la crise économique, c’est qu’il n’est pas possible de construire un futur sur une dette. (..) Nous effacerons donc tous les frais d’inscription pour de bon. » Au lieu de cela, le vice Premier Ministre a voté en faveur de la montée du plafond de 3.225 à 9.000 livres sterling, affirmant cette semaine que "gouverner c’est choisir !"

La manifestation, qui avait, comme d’habitude, débuté dans un esprit bon enfant, a encore dérapé. Même si les médias et les politiciens locaux se concentrent sur l’attaque de la voiture du Prince Charles, dont la fenêtre a été brisée alors qu’il se rendait à une soirée avec son épouse, c’est surtout la tactique d’enfermement des forces de police qui a engendré la violence: les étudiants se sont retrouvés coincés et ont été pris au piège et matraqués.

Les étudiants blessés n’ont pas pu sortir de l’espace clos pour se faire soigner. Le ton est alors monté et la situation a dégénéré. Une étudiante blessée dans des circonstances similaires la semaine dernière a porté plainte contre la police : frappé plusieurs fois à la tête, elle n’avait eu accès à une ambulance que deux heures après avoir été victime d’une commotion cérébrale. Elle souffre, depuis, de maux de tête permanents.

Réduction de 80% du budget des universités

Dans l’opposition, le responsable travailliste de l’éducation, John Denham, n’a pas manqué de rappeler:

Tout cela n’est en fin de compte qu’un choix du gouvernement. Alors que les coupes budgétaires étaient en moyenne de 11%, il a décidé de réduire l’enveloppe réservée à l’enseignement universitaire de 80%. Sans cela, la hausse aurait pu être limitée à quelques centaines de livres sterling.

Perçus comme partiellement responsables des coupes budgétaires dévoilées en octobre, le parti libéral-démocrate a perdu l’essentiel de son soutien populaire. Un sondage donne aujourd’hui aux centristes à 8% d’opinion favorables, soit son plus faible niveau depuis septembre 1990 et bien loin des 33% enregistrés pendant la campagne.

Il avait notamment profité de l’appui des jeunes et des étudiants, lassés par treize années de travaillisme et incapables de voter pour les Tories. Ayant perdu toute légitimité, les libéraux-démocrates se retrouvent du coup mains et poings liés à leurs collègues conservateurs : incapables de justifier la contestation de leurs décisions, ils ne peuvent pas, non plus, quitter la coalition car une nouvelle élection provoquerait leur quasi disparition de la carte politique nationale. L’apprentissage du pouvoir se révèle décidément difficile pour Nick Clegg.
 




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