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Maroc et presse espagnole : je t’aime, moi non plus !

samedi, 11 décembre, 2010 - 12:29

Les marocains se méfient depuis des années de la presse espagnole. À juste titre ? Témoignage parti–pris d’un journaliste marocain vivant en Espagne.
Ses propos et son analyse n’engagent que son auteur.

Les journalistes espagnols sont interdits de séjour au Sahara Occidental pendant et depuis les affrontements sanglants entre des manifestants sahraouis et les forces de l'ordre marocaines lors du démantèlement du camp de Lâayoune en octobre dernier.

La méfiance des autorités marocaines envers la presse espagnole ne date pas d’hier. La dispute sur la souveraineté du Sahara Occidental était un des multiples fronts de la Guerre Froide avec, d’un côté l’État algérien, et, de l’autre, la monarchie libérale marocaine. Entretemps, ce conflit a souvent été utilisé par l’Espagne contre le Maroc lors des négociations des accords bilatéraux UE-Maroc. Si à cela vous ajoutez le malaise ressenti par les Espagnols depuis que leurs troupes ont quitté le Sahara en 1976, il est facile de comprendre à quel point ce sujet oppose les opinions publiques de ces deux voisins pourtant condamnés à s’entendre.

Or la presse espagnole est largement responsable de la vision angélique qui prédomine en Espagne sur le méchant Maroc et un Polisario toujours idéalisé. Moi-même, participant en 2006 à des enquêtes avec des confrères journalistes espagnols sur la proposition marocaine sur la question de l’autonomie pour le Sahara, ai assisté à de nombreuses pratiques incompatibles avec l’objectivité journalistique.

Toujours partants pour visiter les prisons marocaines ou pour interviewer des opposants à Lâayoune, mes coéquipiers étaient, en revanche, plus réticents à faire de même avec les prisons du Polisario ou avec les réfugiés de la Ligne du Martyr, opposés aux autorités du Polisario dans les camps de Tinduf.

Confusion entre Polisario et Saharaouis

En Espagne, la simple rumeur d’une info qui pourrait nuire à l'image du Maroc fait souvent la Une des médias. Pour preuve, ces photos d'enfants palestiniens publiées dans tous les journaux espagnols comme étant des victimes issues du démantèlement du camp de Lâayoune en octobre dernier. En parallèle, les images d'émeutes provoquées à Lâayoune par une centaine de séparatistes, les visages couverts, incendiant des bâtiments publics, brandissant des armes, égorgeant des agents de l’ordre et profanant leurs cadavres, n’ont point soulevé de condamnations de la part de ces mêmes médias espagnols.

Aujourd’hui, dans la presse espagnole, l’absence de porte-paroles sahariens autres que les militaires du Polisario est criante. Pourtant, ceux-ci ne représentent qu’une partie des réfugiés déplacés en Algérie, c'est-à-dire, une minorité des Saharaouis.

Les Espagnols ne distinguent pas entre un membre militaire du Polisario et un civil Saharoui, et ignorent que la plupart de ces derniers résident dans des villes normales, avec l'eau potable, l'électricité… Dans leur imaginaire, le Sahara se résume à des camps de réfugiés et à la lutte séparatiste contre le Maroc.
Matraquage de l’opinion publique

En décembre 2009, la tourmente politique provoquée autour d’Aminatou Haidar a failli faire tomber l’ancien ministre aux Affaires Étrangères, Miguel Ángel Moratinos. Pendant des semaines, toute la presse mainstream au nord du détroit de Gibraltar avait matraqué l’opinion publique avec l’image de cette dame sans fonction politique au Maroc. Elle s’était déclarée en faveur du Front Polisario et de la séparation entre le Sahara et le nord du Maroc, puis a entamé une grève de la faim après que le Royaume Alaoui lui avait interdit le retour à Lâayoune.

En même temps, rares furent les journaux qui mentionnèrent Salma Mustafa Ould Sidi Mouloud. Ce chef de la police de la République Arabe Saharaoui Démocratique [le bras politique du Polisario] s’était alors déclaré en faveur de l’autonomie proposée par le Maroc lors d’un voyage à Lâayoune. À son retour dans les camps de réfugiés, il fut emprisonné sans jugement, et accusé d’espionnage, sans preuves. Depuis, silence radio. Le père de Mustafa a fait le tour de l’Europe pour demander de faire pression pour obtenir la libération de son fils, ou du moins pour savoir que lui est-il arrivé.

En Février 2010, j'ai eu accès exclusif à une information susceptible d’intéresser les journaux espagnols: l'identité du terroriste qui avait organisé la prise en otage des trois militants de l’ONG catalane Accio Solidaria en Mauritanie. Preuve en main, j’ai contacté le directeur d'un journal avec qui je collabore. Mais sans succès. Impossible de publier l’information, sachant qu’à cette époque les militants n’étaient pas encore libérés. L’identité en question, dévoilée aujourd'hui, correspond à celle d’un membre du Polisario au passeport malien. Protège-t-on l’identité des membres de cette armée ?

Ce que les journalistes espagnols ne comprennent pas, c’est qu’avec leurs pratiques tendancieuses, ils entretiennent l’hostilité des autorités marocaines à leur égard.

Ahmed Sefiani




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