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Herman Van Rompuy, l'homme de Sarkozy et Merkel

Herman Van Rompuy et José Manuel Barroso / Chine nouvelle / SIPA

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16.12.2010 | 16:26

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Présenté comme le premier président de l'Union européenne, Herman Van Rompuy est surtout devenu l'homme à tout faire des chefs d'Etat et de gouvernement européens, notamment d'Angel Merkel et Nicolas Sarkozy.

Lors de sa nomination, il y a un an, la création d'un poste de Président du Conseil européen a été présentée comme une avancée majeure du Traité de Lisbonne et de l'intégration européenne. Mais celui que l'on a abusivement qualifié de "Président de l'Union européenne" ne préside nullement l'ensemble des institutions européennes. Mais seulement celle qui regroupe les 27 chefs d'État et de gouvernement, communément nommée le Conseil. C'est ce Conseil européen qui est réuni aujourd'hui et demain à Bruxelles. Et ce sont ces mêmes 27 qui ont choisi, il y a un an, Herman Van Rompuy comme Président jusqu'à juin 2012:

Des pouvoirs limités

A l'automne 2009, ce fut donc Herman Van Rompuy, Premier ministre belge conservateur de l'époque, qui est choisi.

Ses principales qualités ? C'est un homme de consensus connu pour sa discrétion. Aucune chance qu'il commence à faire de l'ombre au Président français ou à la Chancelière allemande en se lançant dans de grands projets ou en occupant la scène médiatique.

Surtout que ces pouvoirs définis par le Traité de Lisbonne sont très strictement limités:

Selon le Traité:

Le président du Conseil européen:

  • Préside et anime les travaux du Conseil européen;
  • Assure la préparation et la continuité des travaux du Conseil européen en coopération avec le président de la Commission, et sur la base des travaux du Conseil des affaires générales;
  • œuvre pour faciliter la cohésion et le consensus au sein du Conseil européen;
  • Présente au Parlement européen un rapport à la suite de chacune des réunions du Conseil européen.

Cela ressemble à s'y méprendre, à un simple poste de secrétaire général.

Il a aussi un rôle de représentation extérieure, mais il ne doit pas porter préjudice aux attributions du haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères, la britannique Catherine Ashton.

Objectif:  affaiblir Barroso

Alors qu'à fait Herman Van Rompuy depuis un an? Il a surtout marché sur les platebandes de José Manuel Barroso, le Président de la Commission européenne.

En effet, après la crise de la dette grecque du printemps 2010, c'est Herman Van Rompuy et non Manuel Barroso qui est mandaté par les 27 pour réfléchir à la mise en place de nouveaux mécanismes de gouvernance économique.

Et en octobre dernier, rebelotte: les chefs d'État et de gouvernement, souhaitant une réforme du Traité de Lisbonne en vue de pérenniser le fonds de sauvegarde européen destiné à sauver la Grèce et l'Irlande de la déroute financière, confient la tâche au Président du Conseil européen. Exit la Commission européenne qui n'est qu'associée aux travaux.

Les États maîtres du jeu

Herman Van Rompuy a eu beau déclarer lors d'une conférence à Paris que « toi, José Manuel, tu as 23 000 fonctionnaires, moi j'ai 23 membres dans mon cabinet! Le lutte serait bien inégale... », le fait que les dirigeants des pays européens préfèrent faire appel à Herman plutôt qu'à José Manuel est lourd de sens.

Avant l'introduction du poste de Président du Conseil européen, ces deux missions auraient été confiées à la Commission européenne, gardienne des Traités et, normalement, moteur de l'intégration européenne.

En fait, les 27 profitent des nouvelles dispositions de Lisbonne pour accentuer une tendance déjà lourde depuis quelques années: le renforcement de l'influence des gouvernements nationaux dans la vie quotidienne de l'UE.

En science politique, ce changement porte un nom: l'UE passe d'une approche "supranationale" (symbolisée par la Commission européenne, dépassant les intérêts nationaux) à une approche "intergouvernementale" (système basé sur des discussions entre États, demandant souvent l'unanimité).

José Manuel Barroso n'a pas l'étoffe

En passant outre la Commission européenne, les États-nations s'assurent que rien n'échappe à leur contrôle. Et la résistance de cette dernière est quasi-inexistante.

José Manuel Barroso n'a pas vraiment  l'étoffe d'un héraut de l'Europe. Il est, comme Herman Van Rompuy, apprécié par les dirigeants des pays européens pour sa discrétion, sa propension à ne pas faire de faire de vagues et à ne pas se lancer dans de grands projets. Son crédo est plutôt celui des grands discours. D'où sa reconduction pour un deuxième mandat.

Lors du vote au Parlement européen, Daniel Cohn Bendit s'était d'ailleurs emporté contre ce choix :

 

Dany Cohn-Bendit-Investiture de la Commission Barroso II
envoyé par EurodeputesEE. - L'info video en direct.

Dans les milieux bruxellois, la capacité d'Herman Van Rompuy de trouver des compromis est reconnue. Mais l'UE avait-elle besoin d'un Président du Conseil pour cela? Une Commission européenne renforcée et animée d'une réelle volonté et d'une vision politique n'aurait-elle pas été plus utile pour l'Europe? Mais les chefs d'Etat et de gouvernement savent que la montée en puissance de l'Europe passe inexorablement par une réduction progressive des prérogatives des Etats-nations qu'ils dirigent. C'est toujours le même dilemme.



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