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Les écoliers allemands vont à la fac dès 8 ans !

mardi, 21 décembre, 2010 - 21:35

Depuis cinq ans, l’université de Sarrebruck propose aux enfants de 8 à 14 ans de faire leurs premiers pas à la fac. L'initiative a fait, depuis, école et rencontre un succès croissant. Reportage.

Alex, 9 ans, et Mathias, 10 ans, ne tiennent plus en place dans le hall de l’université de Sarrebruck, ce mercredi en début d’après-midi. Accompagnés par leur mère qui a accepté de faire 30 kilomètres en voiture pour les conduire dans ce "temple du savoir", ils attendent avec impatience l’ouverture des portes du grand amphi réquisitionné pour l’occasion. Le soleil hivernal, lui aussi au rendez-vous, n’a pas réussi à faire fléchir la détermination des deux compères. Le plus âgé des deux pas peu fier d’être admis à pénétrer dans l’univers des "grands".

C’est la 4e fois que je participe à cette Kinderuni (université pour les enfants). C’est super !

Comme la plupart des universités allemandes, l’établissement sarrois a, en effet, initié il y a cinq ans un programme de conférences pour les enfants qui réunit sept fois par an quelque 500 participants, venus de toute la région. Ces cours sont dispensés par des enseignants de l’université volontaires qui s’évertuent à transmettre leurs connaissances à un public âgé de 8 à 14 ans.

"Un travail de titan", explique Weimer Tack, le professeur à l’initiative de cette démarche. "Nous souhaitons élargir le champ de vision de ces jeunes participants et leur montrer qu’apprendre n’est pas forcément ennuyeux. C’est aussi pour nous un moyen d’établir un premier contact avec des enfants que nous espérons accueillir comme étudiant d’ici quelques années".

Les parents exclus

Norbert Graf, professeur à la fac de médecine et pédopsychiatre a accepté de jouer ce rôle de passeur du savoir. Le thème de la conférence réservée aux étudiants en herbe: "Pourquoi les médecins arrivent à soigner certaines maladies mais pas toutes". Avant de s’asseoir sur les gradins, les pré-ados ont dû se soumettre aux procédures administratives : ils ont été accueillis par Josuha, 11 ans, habitué de la "Kinderuni", "recruté" par l’établissement pour tamponner la "carte d’étudiants" des nombreux inscrits.

Ce "laisser-passer" autour du cou, ils se pressent dans l’enceinte, après avoir reçu les consignes des parents qui les ont accompagnés, autorisés eux aussi à assister au cours mais dans une autre salle pour ne pas perturber leurs chères têtes blondes."Nous ne voulons pas qu'ils soient intimidés ou, au contraire, poussés à se mettre en avant par les adultes", souligne Weimer Tack.

Une fois les enfants installés, Norbert Graf commence son exposé. Première règle d’or : faire participer les jeunes auditeurs afin de maintenir leur attention. Chaque question posée par l’enseignant est suivie d’une levée de bras. Nombreux sont ceux qui ont quelque chose à dire sur le nombre d’os composant le squelette humain ou sur la longueur du trajet effectué par le sang dans les veines.

Quelques enfants sont appelés sur l’estrade pour, sur un écran tactile, faire apparaître ou disparaître des organes du corps humain. Cela réveille ceux qui avaient tendance à plonger du nez ou à interrompre les conversations des bavards. Le tout ponctué d’éclats de rire quand un garçon, assis dans les premiers rangs répond "prison" quand on lui demande de définir un synonyme du mot "cellule".

"Je n'ai jamais fais ça pour mes étudiants !"

Près d’une heure plus tard, la récréation a sonné. Eleonore, 11 ans, ferme sagement son cahier dans lequel depuis quatre ans, elle consigne consciencieusement ces bribes de savoir.

Si tous les enseignants nous faisaient des cours comme celui-là, je suis sûre que nous serions beaucoup plus nombreux à avoir de bonnes notes !

"Je ne suis pas certains que les profs soient prêts à passer autant de temps que moi à préparer leurs cours", répond Norbert Graf qui a mis cinq jours à peaufiner son intervention ! "Je n’ai jamais fait ça pour mes étudiants de la fac !".

 



En Suisse en Autriche et en Italie aussi

Tout a commencé le 4 juin 2002 : la première Kinderuni a ouvert ses portes à Tübingen, à l’initiative du professeur Gregor Markl. De 400, le nombre de participants est passé à 900 pour la deuxième conférence, organisée un mois plus tard. Depuis quasiment toutes les universités germaniques ont, à leur tour, ouvert leurs portes, imitées par les établissements autrichiens et suisses.

Quelques expériences ont également été conduites en Italie. L’organisation diffère selon les établissements : les séances peuvent être regroupées pendant une semaine durant des vacances scolaires ou réparties pendant l’année universitaire. Le phénomène est devenu depuis un objet d’études pour des chercheurs en pédagogie.

Il a aussi donné lieu à la publication de livres pour enfants reprenant les interventions de certains enseignants.
 


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