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Niveau scolaire: le Danemark, miroir de la France

jeudi, 23 décembre, 2010 - 16:25

Le niveau scolaire au Danemark est très moyen - à peine supérieur au niveau français, selon le dernier classement international PISA. Comme en France, les réformes sont quasi permanentes. En vain. Dernier projet en date: rémunérer les enseignants en fonction des résultats des élèves.

Un enseignant danois, Tobias Zimling Kristiansen, a fait le calcul: les petits Danois ont perdu 1300 heures d’enseignement depuis 1960, entre le primaire et le secondaire. Soit deux années entières. Une perte qui atteindrait même 1800 heures dans certains établissements, qui n’accueille leurs élèves que le temps minimum prévu par la loi. Pour Dorthe Lange, à la direction du Syndicat danois des enseignants (Danmarks Lærerforening), c’est l’explication principale des résultats très moyens du royaume au dernier classement PISA.

Si les compétences des jeunes Danois en mathématiques sont toujours au-dessus de la moyenne de l’OCDE, leur niveau a baissé depuis le dernier classement en 2006. Même chose pour la lecture. Les résultats sont décevants. Les petits danois arrivent en 18ème position du classement. Seul domaine où ils s’en tirent : les sciences naturelles, où leur niveau s’est amélioré depuis la dernière enquête.

Pour Niels Egelund, professeur de pédagogie à l’Université d’Aarhus, le problème est que "nos écoliers passent moins de temps à l’école que dans les autres pays de l’OCDE". Le gouvernement libéral compte bien y remédier. Il présentera bientôt au parlement sa réforme scolaire. Au programme : une augmentation du temps scolaire pour les enfants les plus jeunes, de 4h par jour, à 6h, en incluant les récréations.

28 réformes depuis 2001

Mais au Danemark, la réforme est loin de faire l’unanimité. Dans son éditorial décembre, le quotidien de gauche Politiken observe :

A chaque changement de majorité au Danemark, il y a une triste tendance à ce que l’école publique soit considérée comme l’école des autres. Une décennie, l’école est trop bourgeoise et doit être démolie. L’autre décennie, l’école est trop orientée à gauche, et doit être détruite.

Cette fois, le gouvernement met l’accent sur les résultats, avec plus de contrôles, plus d’évaluations, des professeurs mieux formé, mais aussi plus de discipline. Le sociologue Stefan Hermann, interrogé par le journal Information, fustige la création d’une "usine à instruction", qui met les élèves en concurrence au lieu de se concentrer sur le développement individuel de chacun.

Dorthe Lange critique, elle, un gouvernement qui, depuis son arrivée au pouvoir en 2001 "a présenté 28 réformes":

Je ne pense pas que ce soit de nouvelles lois ou de nouvelles structures qui entraîneront une meilleure éducation.

Le problème est ailleurs. Les municipalités, responsables du financement des écoles primaires et du collège depuis la décentralisation de 1993, n'ont pas les moyens nécessaires. "Depuis 7 ou 8 ans, le budget consacré à chaque élève a diminué de 6%, soit autour de 3300 couronnes (environ 450 €)".

Travailler plus

A un an des élections législatives, qui se tiendront à l’automne prochain, les sociaux-démocrates et les socialistes ont présenté un programme commun, intitulé "Un nouveau début pour l’école publique". Les deux partis promettent, entre autre, 270 millions d’euros supplémentaires à l’École publique. Ils veulent aussi limiter le nombre d’élèves par classe à 24 pour deux enseignants.

Là encore, le Syndicat des enseignants estime que ce n’est pas suffisant. Dorthe Lange plaide pour une meilleure formation des professeurs : cinq ans au lieu de quatre et un niveau de Master. "Il manque aujourd’hui une connexion entre la pratique et la théorie". Elle plaide pour des stages sur le terrain, qui permettrait aux jeunes professeurs de faire leur baptême du feu avant de se lancer.

De son côté, le gouvernement veut ajuster les rémunérations des enseignants en fonction des résultats de leurs élèves. Il estime qu'

une relation plus forte entre les résultats de l’enseignant, ses efforts et son salaire pourrait permettre de meilleurs résultats à l’école.

La coalition libérale-conservatrice souligne, au passage, que, si l'ensemble des enseignants danois travaillaient un plus, cela permettrait plus de 2 millions d’heures de cours supplémentaires, correspondant à 3000 postes.




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