Connexion

Syndicate content

Samsø, l’île verte

mercredi, 29 décembre, 2010 - 09:33

En 1997, Samsø a été choisie pour devenir la première "île de l’énergie renouvelable" au Danemark. Une décennie plus tard, c'est un succès : grâce aux éoliennes, les 4100 habitants de l’île produisent plus d’électricité qu’ils n’en consomment. Ils se chauffent au soleil, au bois et à la paille. Un modèle à suivre.
2ème volet d'une série de reportages sur les villes les plus vertes d'Europe.

Jørgen Tranberg reçoit en bleu de travail, dans sa cuisine. C’est un grand gaillard de 54 ans au rire facile. En 2000, cet agriculteur de Samsø, au Danemark, s’est laissé tenter par l’achat d’une éolienne, dressée en bordure de son exploitation. L’investissement de 6 millions de couronnes (800 000 euros) s’est révélé très lucratif. A tel point que le bonhomme a déboursé 12 millions de couronnes (1,2 millions d’euros) supplémentaires en 2002, pour acheter des parts dans une des dix éoliennes offshore, érigées au sud de l’île.

A lui seul, il incarne la révolution verte, qui a transformé Samsø, en une décennie à peine. Il y a dix ans, ce petit bout de terre, coincé entre les provinces du Jutland et du Seeland, dans le détroit du Kattegat (la carte, ici), se chauffait au fioul et importait la totalité de son électricité. Aujourd’hui, les 4 100 habitants de l’île produisent plus d’énergie qu’ils n’en consomment. Une énergie renouvelable, qui couvre la totalité de leurs besoins en électricité et 70% de leurs besoins en chauffage. L’île est ainsi parvenue à réduire de 140% ses émissions de CO2, au prix d’un investissement de 108 000 couronnes par habitant (15 000 euros).

Montrer la voie

La transformation remonte à 1997. Le royaume de 5,4 millions d’habitants veut augmenter sa production d’énergies renouvelables, afin de couvrir 35% de ses besoins d’ici 2030. Le gouvernement cherche un lieu où expérimenter. De préférence une île, capable de montrer la voie, avec les technologies existantes et sans grosse subvention. A la surprise de ses habitants, c’est Samsø qui remporte la compétition, pour devenir la première "île de l’énergie renouvelable" au Danemark.

La municipalité est prise au dépourvue. Les habitants de l’île sont sceptiques. Tout reste à faire. La première étape sera la construction de onze éoliennes, destinées à couvrir les besoins de l’île en électricité. Neuf agriculteurs investissent, rassurés par les garanties proposées par l’Etat. Les deux éoliennes restantes sont construites grâce à la mobilisation des habitants, qui se regroupent en coopérative. C’est un succès.

Se chauffer au feu de paille

Deuxième étape : l’installation d’un réseau de chauffage urbain. Quatre centrales sont construites. Au nord de Samsø, 2,5 hectares de panneaux solaires fournissent les villages de Nordby et Mårup en chauffage et eau chaude. Quand le soleil manque, un brûleur à copeaux de bois prend le relais. Au sud, les villages de Tranebjerg, Onsbjerg, Brundby, et Ballen sont chauffés par trois centrales, nourries à la paille, fournie par les agriculteurs. Environ 60% des maisons de l’île sont désormais connectées au réseau.

Les foyers, trop éloignés pour bénéficier du chauffage urbain, ont reçu la visite gratuite d’experts, venus leur exposer leurs alternatives. "Le temps venu, il fallait s’assurer que les plombiers proposeraient à leurs clients des solutions renouvelables", précise Søren Hermansen, le porte-drapeau de la révolution verte de Samsø. Tous ont donc été conviés à une session de formation, dont ils sont repartis avec un brevet d’installateur certifié en énergie renouvelable. Une façon d’en faire des porte-parole du projet.

"Penser localement et agir localement"

Les transports restent un problème. Le plan initial, conçu en 1997, prévoyait que la moitié du parc automobile de Samsø fonctionnerait à l’électricité d’ici 2008. L’île a bien tenté de se lancer dans la fabrication du biogaz. Mais le projet a échoué. En attendant de faire mieux, Samsø compense donc ses émissions de CO2 en exportant vers le reste du Danemark l’électricité produite par ses dix éoliennes offshore, dont la moitié appartient à la municipalité. Les profits réalisés sont reversés à l’Académie de l’énergie, qui a pris ses quartiers dans le village de Ballen en 2007.

Aujourd’hui, les visiteurs affluent du monde entier. En 2008, Søren Hermansen a été nommé "héros de l’environnement" par la magasine américain Time. Cet infatigable défenseur des énergies renouvelables n’a qu’un conseil : "On dit qu’il faut agir localement et penser globalement. Moi je dis qu’il faut agir localement et penser localement. Le reste suivra." Samsø a montré la voie.
 




Pays