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Allemagne : du chômage de masse à la pénurie de main d’œuvre

mercredi, 5 janvier, 2011 - 09:09

La République fédérale connaît une embellie inédite de son marché du travail. Au point que le spectre de la pénurie se profile déjà à l’horizon pour les tâches qualifiées.

Oublié le chômage de masse en Allemagne. En 2010, le marché de l’emploi a atteint des records depuis la réunification. Au point que la pénurie de main d'œuvre se fait déjà sentir dans certains secteurs. En 2010, le nombre moyen de chômeurs a été de 3,24 millions, soit 179 000 de moins qu’en 2009. Mais ce niveau, qui correspond à un taux de chômage moyen de 7,7 % (contre 8,2 %), est même inférieur au niveau de 2008. On est désormais bien loin des cinq millions de chômeurs de la fin de l’ère Schröder, en 2005.

Le plus remarquable, c’est que la tendance semble devoir se poursuivre. La plupart des économistes prévoient en effet le passage du nombre de demandeurs d’emplois en deçà de la barre des 3 millions. Selon l’institut Kiel Economics, il pourrait même y avoir moins de 2,5 millions de chômeurs en Allemagne en 2012.

Personne, il faut le souligner, ne s’attendait voici un an à un tel scénario. Tous les économistes tablaient au contraire sur une remontée du chômage, jugeant que la décrue entamée au deuxième semestre de 2009 n’était que provisoire. Les experts se trompaient alors sur l’essentiel : la croissance. Pas un n’aurait parié sur une reprise aussi vigoureuse.

Chômage partiel plutôt qu'heures supplémentaires

Au lieu du 1,5 % prévu, le PIB allemand devrait rebondir en 2010 de 3,5 %, voire de 4 %. Dans ces conditions, les mesures prises pendant la crise ont joué très positivement, à commencer par le chômage partiel, baptisé ici Kurzarbeit, et subventionné par l’Etat. Ce dernier a permis de se passer de la main d’œuvre lorsque les carnets de commande se sont vidés sans pour autant licencier. Du coup, l’effet de la crise profonde de 2009, où le PIB a reculé de 5 %, a été moindre sur le chômage qu’ailleurs en Europe.

Il est d’ailleurs amusant de constater que c’est par des mesures de réduction du temps de travail que le marché de l'emploi allemand a résisté à la crise, alors qu’en France le gouvernement prenaient des mesures d’incitations aux heures supplémentaires. Rien d’étonnant donc à ce que le coût de la crise en termes d’emplois soit plus élevé en France qu’en Allemagne, quand bien même la crise y a été moins rude en termes de PIB (-2,2 % en 2009).

Outre-Rhin, lorsque les commandes sont revenues, les patrons ont dû rapidement réembaucher pour faire face. Or, l’an prochain, la croissance allemande devrait encore être soutenue : aux alentours de 2,5 %. Du coup, les embauches devraient se multiplier, car au regard de la France, l’Allemagne dispose d’un atout supplémentaire : la flexibilité de son marché du travail, fruit des réformes Schröder, qui lui permet de répondre rapidement à l’évolution du marché.

Une démographie favorable

L’Allemagne a, compte tenu de sa démographie, besoin de beaucoup moins de croissance que la France pour réduire son chômage. La population de la première économie d’Europe vieillit très vite et décroît depuis 2005. Autrement dit, la population disponible pour un emploi est en recul. Qui plus est, le vieillissement de la population crée de nouveaux besoins et donc de nouveaux emplois.

Le chômage pourrait donc ne plus être un problème pour l’Allemagne. Et cette bonne nouvelle pourrait également faire repartir de façon durable le moteur de la consommation. Jadis champions de l’épargne, par crainte du chômage, les ménages allemands devraient consommer plus volontiers, ce qui devrait soutenir la croissance et là encore créer de nouveaux emplois.

Du coup, le problème de l’avenir est bien plus certainement celui du manque de main d’œuvre. La démographie, mais aussi certains ratés de l’éducation, limitent en effet la main d’œuvre qualifiée et la pénurie se fait déjà sentir dans certains secteurs, comme celui des biens d'équipement, qui sont précisément les moteurs des exportations allemandes.

La solution, c'est le recours à l’immigration

C’est donc la sacro-sainte compétitivité du pays qui est en jeu. Certes, le pays compte encore 3 millions de chômeurs, mais il n’est sans doute pas possible de transformer ces derniers en ingénieurs d’un coup de baguette magique. D’autant qu’une étude récente de la Fondation Bertelsmann a pointé le manque d’intégration des chômeurs de longue durée dans le monde du travail. Il faudra donc inévitablement avoir recours à l’immigration. Dans une Allemagne qui devrait compter dix millions d’actifs de moins d’ici à 2030, cette solution pourrait aller de soi. Mais les politiques restent encore très prudents sur la question.

Certes, l’aile gauche de la CDU d’Angela Merkel et les Libéraux sont très favorables à la mise en place d’un système à point à la canadienne et à l’abaissement rapide (de 66 à 44.000 euros) des revenus annuels exigés pour tout candidat extra-européen à l’immigration en Allemagne. Mais la CSU bavaroise et les conservateurs de la CDU rechignent à toute ouverture des frontières. Or, Angela Merkel, contestée dans son propre camp, doit les ménager. Pas sûr que les mesures nécessaires et urgentes soient prises rapidement. Il est vrai que le passage du traitement du chômage à celui de la pénurie de main d’œuvre est un peu trop rapide pour la classe politique. Reste à savoir si l’Allemagne ne prendra pas trop de retard dans la grande course aux ingénieurs qui l’oppose au Canada, à l’Australie, à la Chine ou aux États-Unis.
 




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