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Taraf de Haidouks, 100% gitans

jeudi, 13 janvier, 2011 - 18:32

myeurop avec  

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Johnny Depp dit que "leur manière d’aborder l’existence est un modèle : en dépit du racisme anti-gitan, leur musique continue d’exprimer la joie la plus intense ; ils ont ce don de te faire sentir vivant". Révélé en 1992 par le film Latcho Drom de Tony Gatlif, boudé en Roumanie, le Taraf de Haïdouks est un des combos tsiganes les plus actifs autour du globe. Décryptage avec Ionitsa, son accordéoniste.

Si je te dis "gitan" ?

Nous venons tous du village de Clejani, en Roumanie, où chaque famille rom ou presque est musicienne. On a développé une manière de jouer qui nous est propre, très fondée sur l’impro. Aujourd’hui, pas mal d’étrangers se revendiquent de la musique tsigane. Pourquoi pas, s’ils ont le niveau ! Certains disent qu’elle a changé leur vie. D’autres essaient de devenir "plus gitans que les gitans"… Moi qui suis le suis à 100%, je ne vis pas dans une roulotte et ne porte pas le costume traditionnel !

D'où vient la force de votre musique ?

Certaines mélodies ont le don de toucher tout le monde. La musique tsigane est de celles-là. La force du Taraf, c’est sa spontanéité, son authenticité. On est là pour faire plaisir aux gens, exacerber leurs sentiments : les faire danser aux mariages, pleurer aux enterrements… On fait ce métier depuis tout petits : une école parfois dure, qui nous a appris à donner et encaisser. Nous ne jouons pas pour montrer notre virtuosité, mais pour transmettre une émotion. Pour nous, pas de bonne musique sans participation du public. Un violoniste, avec une seule note, doit être capable de te toucher au cœur.

Une musique "vivante" ?

Notre musique se transmet et s’enrichit de générations en générations. Les jeunes impulsent leur énergie et leurs idées, les vieux leur apprennent les ballades ancestrales et les encouragent à aller de l’avant. Nous sommes les garants d’un répertoire, mais nous ne nous posons pas en ethno-musicologues : pas question de dire "il ne faut rien changer" ! Beaucoup de DJ occidentaux se sont mis à remixer la musique tsigane. Comme nous ne sommes fermés à rien, nous avons joué avec certains d’entre eux. Tout comme nous avons repris les compositions classiques de Bartok, en tâchant d'y impulser notre originalité. C’était une expérience, c’est fait !

Quelle place dans votre pays, la Roumanie ?

Alors qu’elle est "tendance" en Occident, la musique tsigane est boudée par les Roumains. Après la chute de Ceauşescu (1989), les gens se sont détournés de tout ce qui pouvait faire penser à l’ancien régime, dont la musique traditionnelle. Ils voulaient du nouveau, des trucs venant d’Angleterre, de France, d’Italie, des USA… Les jeunes Roumains, aujourd’hui, ne jurent que par la pop, le reggaeton. Certains, titillés par notre notoriété à l’étranger, commencent toutefois à se réintéresser à leur patrimoine musical.

Le combat continue ?

Le succès international du Taraf de Haïdouks a contribué à populariser la Roumanie. De là à croire qu’on a le pouvoir d’y faire évoluer les mentalités en faveur des Tsiganes… Ce serait un doux rêve ! Les autorités roumaines ne sont pas prêtes à nous accepter. On nous tolère à la télé. Dans les faits, les Roms sont toujours déconsidérés.


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