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Vienne ne veut plus voir ses exclus

vendredi, 14 janvier, 2011 - 13:12

En juin dernier, la ville de Vienne a interdit la mendicité. Les Autrichiens considèrent que les services sociaux offrent toute l’aide nécessaire aux plus pauvres, peu nombreux. Une nouvelle loi qui en dit long sur l’aseptisation progressive des capitales d’Europe et la disparition des démunis des espaces publics. Reportage au ras du trottoir de notre correspondant.
Premier volet de notre enquête sur l'exclusion sociale en Europe

"Bitte alles gute""S’il vous plaît à votre bon cœur"… Depuis des semaines et des semaines, la même jeune femme, d’origine Rom, chantait à la station Kettenbrückengasse de la ligne 4 du métro viennois. Toujours sur la même marche, des mêmes escaliers, aux mêmes horaires… Depuis six mois, sa voix pourtant ne résonne plus dans les couloirs du réseau. Car si elle est prise à faire de nouveau la manche, elle devra désormais payer 700 euros d’amende. La police a le droit de la déloger de son "lieu de travail", sous le prétexte qu’elle entrave, par sa présence, les déplacements.

L’extrême-droite et la droite chrétienne applaudissent des deux mains, bien que l’initiative a été prise par le maire de la ville, Michael Haupl, de gauche (SPÖ, parti socialiste).

Cachez moi ces pauvres que je ne saurais voir

Vienne, donc, ne voit veut plus voir ses pauvres. Et c’est ce que dénoncent certains citoyens, comme cette vieille femme, interrogée au hasard d’une rue du centre ville, qui met en avant ses convictions catholiques.

Moi je touche une toute petite retraite. 530 euros par mois ! Je paye 330 euros de loyer. Il faut que je paye le gaz, l’électricité… à la fin du mois je n’ai plus rien pour m’acheter à manger. Monsieur le Maire dit que pas un Viennois oserait dire qu’il crève la faim mais franchement, si ! Les gens qui se privent de nourriture, ca existe même ici.

Les chiffres officiels sont formels : l’Autriche, opulente petite nation alpine où la cohésion sociale est encore une expression d’actualité, compte beaucoup moins d’exclus que la plupart des pays d’Europe. En février 2008, 37.000 personnes frappaient annuellement à la porte des services sociaux : ramené à la population du pays (8,1 millions), le nombre est faible, même s’il a augmenté avec la crise. Un jeune homme, interrogé dans un square, s’étonne donc que les quelques mendiants soient devenus persona non gratta.

La gauche est complètement à côté de la plaque! Elle s’attaque aux mendiants, aux victimes, au lieu de s’attaquer aux réseaux mafieux et criminels ! On s’assoie sur nos valeurs ! J’ai lu que Vienne est la 3e ville la plus riche du monde et elle n'est même pas capable d'accepter l'idée d’avoir des SDF!

Mais son indignation est loin d'être partagée par l'écrasante majorité des Viennois qui se refuse à admettre que le fait de tendre la main est le dernier droit qu’il reste à l’homme, quand il n’a plus rien. La mendicité est considérée par bon nombre d'Autrichiens comme dégradante, comme une atteinte à la dignité humaine.

Seuls les Verts condamnent la loi

Dans le pays d’Europe où le taux de chômage officiel est au plus bas (4,8% en décembre 2010), nombreux sont ceux qui considèrent également les sans-abris comme des "fainéants". Et sur le plan politique, seul le parti écologiste, très minoritaire, a condamné l’instauration de la nouvelle loi interdisant la mendicité.

Ces dernières décennies, la société est globalement devenue plus riche, explique David Ellensohn, représentant de Die Grünen (Les Verts). Mais en même temps, elle a développé une agressivité de plus en plus violente envers les phénomènes de pauvreté. On ne combat plus la pauvreté, on combat les pauvres. C’est triste, comme évolution. On devrait tous se demander ce qui se passe dans notre société. Pourquoi on ne veut plus voir de clochards, de gens qui font la manche, des gens à qui il manque une jambe, un bras, et qui, pour survivre, ne peuvent pas faire autre chose que de s’assurer un revenu en demandant une petite pièce.

La société autrichienne, si elle accepte et souvent comprend la misère, en tout cas, ne peut plus la voir.




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