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Le foot anglais dans le rouge

dimanche, 16 janvier, 2011 - 11:36

Les clubs de l’élite du foot anglais, écrasés par les salaires mirobolants des joueurs, sont toujours plus endettés. Après Portsmouth, Liverpool et West Ham, Aston Villa se trouve en difficulté. En dépit d’un bilan financier désastreux, de riches étrangers continuent à investir dans ce puits sans fond.

En avril dernier, grande première pour une formation de ce niveau, les joueurs de Liverpool avaient rejoint Madrid en bus et en train. Si le nouveau président des Reds, Martin Broughton, avait sans doute maudit l’annulation des vols aériens (suite aux émanations du volcan islandais Eyjafjallajokull) qui les a obligés à passer plus d’une dizaine d’heures dans les transports avant leur demi-finale de l’Europa Ligue contre l’Atletico (perdue 1-0), ce mode de transport lui avait au moins permis d’économiser de l’argent.

Ce club mythique, dont l’équipe n’avait jamais été classée au-delà de la 5e place du championnat depuis dix ans, avant d'être relégué à la 11ème place la saison dernière, se trouve en effet dans l’obligation de surveiller ses dépenses.

Des salaires fous

Sa dette, la deuxième plus importante du championnat anglais, s’élève à 237 millions de livres sterling (271 millions d’euros). Pointés du doigt par les supporters : ses deux propriétaires américains, les hommes d’affaires américains Tom Hicks et George Gillett.

Ne sentant pas d’issue favorable à leur entreprise, ils avaient depuis quelques mois déjà décidé de quitter le navire avant d’être virés de force courant octobre. A leur arrivée en février 2007, la dette du club "se limitait" en effet à 80 millions de livres sterling. Ils empruntent alors 298 millions de livres.

Pour Geoff Walters, professeur de gestion à l’université de Birbeck à Londres et spécialiste du football, "ils n’avaient sans doute pas saisi la spécificité du football européen et surtout britannique". Il fait les comptes :

Ils ont emprunté énormément, multiplié les transferts prestigieux, promis un nouveau stade de 60.000 places (15.000 de plus que l’actuel stade d’Anfield) et ont voulu apporter une notoriété et une médiatisation nouvelle au club. Ils espéraient ainsi en augmenter la valeur avant de le revendre, comme lors de leurs expériences précédentes dans le sport américain. Leur modèle commercial n’était pourtant pas tenable à long terme. La faute, comme dans tout le championnat anglais, aux salaires fous accordés aux joueurs et à leur trop grande part dans le budget des clubs.

Le départ, au début de la saison, de Martin O’Neill, le manager mythique d’Aston Villa, a été motivé par la même raison. Lors de la saison 2008-2009, le club a fait exploser les salaires de ses joueurs de 40%, comme l’indique le Rapport annuel de la finance du football, petite bible concoctée par des consultants de la société Deloitte. Les salaires comptaient pour 84% de son budget total.

Une dette totale de 4 milliards d'euros

La conjonction des résultats moyens obtenus par la formation de Birmingham, en dépit des 360 millions de livres injectés par son président, le milliardaire américain Randy Lerner, et l’obligation de réduire les frais cette année auront finalement forcé son célèbre manager à la démission.

Ces positions budgétaires catastrophiques ne s’avèrent pourtant en rien exceptionnelles de l’autre côté de la Manche. Toujours selon le rapport de Deloitte, seuls sept club de l’élite (Manchester United, Arsenal, Tottenham, Liverpool, Everton, Blackburn et Birmingham) ont réalisé un bénéfice lors de cette même saison 2008-2009.

L’UEFA estime que la dette totale des clubs anglais atteindrait 4 milliards d’euros, soit 56% de la dette de l’ensemble des clubs européens, et où Manchester United mène largement la danse avec 716 millions de livres sterling. L’instance européenne est tellement inquiète qu’elle a refusé d’accorder cette saison une licence à Portsmouth et West Ham pour jouer des matchs de coupe d’Europe.

La manne des droits télé ne suffit plus

Les clubs de l’élite anglaise reçoivent pourtant d’énormes revenus issus des droits télévisés. Lors des trois précédentes années, les chaînes étrangères leur versaient 625 millions de livres sterling. Pour les trois prochaines saisons, ils recevront 1,4 milliard. Une hausse surtout due à la concurrence née pour les droits à Hong-Kong, Singapour et le Moyen-Orient. En guise de droits locaux, BSkyB leur versait également 1,7 milliard ces trois dernières années, une somme augmentée à 1,782 milliard entre 2010 et 2013.

Ces sommes n’ont pas empêché David Sullivan, le co-propriétaire du club londonien de West Ham, d'expliquer récemment que s’il n’avait pas racheté le club en début d’année, celui-ci aurait été obligé de trouver 8 millions de livres sterling en janvier pour éviter la faillite, puis 16 millions cet été et potentiellement 20 millions en cas de relégation. "Lors de notre reprise, la dette de West Ham s’élevait à 110 millions et nous l’avons déjà réduite à 95 millions. Mais nous perdons 20 millions par an et nous devons donc parvenir à atteindre l’équilibre".

Portsmouth n’a pas eu cette chance. En avril dernier, il avait été déclaré en faillite et la ligue lui avait infligé une pénalité de dix points, l’assurant d’être relégué à la fin de la saison.

Des mécènes étrangers toujours prêts à investir

Malgré tous ces mauvais présages, les mécènes étrangers persévèrent, comme Randy Lerner à Aston Villa ou le plus célèbre Roman Abramovitch à Chelsea. Ce Russe de 44 ans, à qui le magazine Forbes attribue une fortune de 11,2 milliards de dollars, a investi 786 millions de livres sterling depuis sa reprise du club en 2003. Un montant surréaliste qui explique pourquoi le club possédait en 2008-2009 la masse salariale la plus importante du pays et que son premier poursuivant, Manchester United, versait chaque année 24% de moins à ses joueurs. Son arrivée dans le football anglais a d’ailleurs participé à l’inflation des salaires et aux trous actuels des clubs.

"Les motivations des investisseurs sont très diverses", témoigne Geoff Walters.

Pour certains comme Abramovitch, c’est surtout une passion ou le prestige de détenir un club de la Premier League. Ils y voient un moyen de promouvoir leur image.

Pour le chinois Kenny Huang, un moment sur la piste des Reds grâce au soutien du fonds souverain chinois China Investment Co, comme pour beaucoup d’autres, tout est donc avant tout une question de poches pleines à craquer et d’intérêts pas vraiment financiers.


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