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« Aucune volonté pour résoudre le problème du logement »

lundi, 17 janvier, 2011 - 13:45

Eurodéputée (Europe Écologie – les Verts) Karima Delli est également membre du collectif Jeudi noir, qui occupe depuis le 27 décembre un immeuble rue de Matignon, en plein cœur de Paris. Nous avons rencontré l'élue européenne dans le cadre de notre enquête sur l'exclusion sociale en Europe. Elle estime que la France dispose déjà des outils pour lutter contre le mal-logement. Encore faut-il les mettre en oeuvre. Elle propose aussi de s'interesser aux solutions mises en oeuvre, notamment, en Allemagne et en Italie. Interview.

Pourquoi Jeudi noir a-t-il choisi d'occuper un bâtiment avec une vue imprenable sur l'Élysée?

Nous avons choisi de nous installer au plus près du pouvoir, pour dénoncer l'inaction des pouvoirs publics, alors que la crise du logement est plus alarmante que jamais. La situation est scandaleuse : il y a cinq millions de mètres carrés de bureaux vides rien qu'à Paris, mais le gouvernement continue de protéger ceux qui ceux qui organisent la pénurie de logements par la spéculation immobilière et coupe les budgets du logement social. [D'après Jeudi noir, les loyers ont augmenté de 50% en 12 ans dans la capitale].

En plus de l'explosion des loyers, on parle désormais de la précarité énergétiques [la mauvaise qualité thermique de leur logement entraine des difficultés à payer les factures d'énergie. 3,4 millions de ménages seraient concernées]. En France, deux droits s'opposent : le droit à la propriété privée et le droit au logement. Il est temps de rééquilibrer la balance en faveur du second.

La réquisition des logements vides est pourtant prévue par une ordonnance de 1945…

On a tous les outils à disposition pour lutter contre les problèmes de logement, il suffirait d'avoir le courage. Mais, il n'y a aucune volonté pour résoudre le problème du logement. Les maires n'osent créer des logements sociaux sur leur territoire parce que c'est mal vu des habitants. Et puis, il y a cette idéologie scandaleuse du "tous propriétaires" : c'est faux, tout le monde ne peux pas être propriétaire.

Il y a pourtant des possibilités pour lutter contre le mal-logement : la loi autorise la réquisition de logements inoccupés et impose 20% de logements sociaux [dans toutes les communes de plus de 3 500 habitants (1 500 en Île-de-France) comprises dans une agglomération de plus de 50 000 habitants, comprenant au moins une commune de plus de 15 000 habitants]. La taxe sur les logements vacants pourrait être étendue [elle est déjà appliqué dans 8 agglomérations, dont Paris, depuis 1998]. Il faudrait également prévenir les expulsions et plafonner les loyers pour éviter les loyers indécents comme ces chambres de bonnes louées plus de 500 euros.

L'Union européenne a-t-elle un rôle à jouer?

Les eurodéputés ont adopté, le 16 décembre dernier, une déclaration écrite pour une "stratégie de l’UE pour les personnes sans-abris" . Les élus européens demandent à la Commission d'agir pour que plus personne ne dorme dans la rue en 2015. Cette déclaration n'étant pas contraignante, on va maintenant rentrer dans un rapport de force avec la Commission.

Il faut surtout s'inspirer des méthodes qui marchent dans d'autres pays pour tirer la France vers le haut. En Allemagne, il existe un moratoire sur les expulsions locatives : l'État prend en charge le loyer le temps que le locataire puisse se retourner et faire face. En Italie, il y a le mouvement d'auto-récupération : les pouvoirs publics confient à des coopératives le soin de réhabiliter et d'aménager à bas prix des locaux inoccupés et plus ou moins à l'abandon. La coopérative bénéficie de prêts à taux réduit et de facilités de remboursement.




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