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Crise belge: Succès de la marche de la "honte"

Yves Logghe/AP/SIPA

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23.01.2011 | 22:43

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Entre 10 et 30 000 personnes étaient attendues dans les rues de Bruxelles, dimanche 23 janvier. Ce sont finalement 40 000 Belges de toutes les communautés qui ont réclamé à l'unisson la formation d'un gouvernement, après plus de 200 jours de crise politique.

La coupe était donc pleine et les Belges ont répondu à cet appel qui se voulait rassembleur par delà les communautés, les langues et les opinions partisanes. Entre 34 000 et 45 000 personnes ont défilé dans les rues de Bruxelles. Pour exprimer le ras-le-bol des Belges face à des politiciens incapables de trouver un compromis sur la réforme de l'État - préalable à la constitution d'un gouvernement, après plus de 200 jours de discussions.

Le mouvement était né sur le net via les réseaux sociaux, au lendemain d'un nouvel échec dans les discussions entre les partis politiques.

"Pas en notre nom"

Encore plus que lors de la crise de 2007, les tensions communautaires entre Flamands et francophones semblent insurmontables, en raison de la victoire des séparatistes flamands de la NVA dans le nord du pays.

Le mouvement citoyen se voulait "a-politique", mais le message développé lors de la marche était limpide: oui à la Belgique unie. Un des slogans le plus repris sur nombre de pancartes était "La scission. Pas en notre nom". Dans un pays où être nationaliste n'a jamais été reconnu comme une qualité, les drapeaux belges flottaient par centaines.

Non au cirque politicien

Et les habitants du pays du surréalisme n'avaient pas perdu leur sens de l'humour et de l'auto-dérision. Parmi les slogans à relever: "Chuck Norris approuve cette manifestation", "Jupiler [la bière nationale] moins chère",  "Révolution Moules Frites", "un Wallon + un Flamand = deux Belges" et "Voter est obligatoire mais ne sert à rien".

La cible première était bien les politiciens, que beaucoup dans le cortège accusaient d'incompétence et de ne pas être faire ce pour quoi ils ont été élu, c'est-à-dire former un gouvernement et s'occuper des problèmes économiques et sociaux du pays. En effet, le gouvernement qui gère les affaires courantes n'a que de très limités pouvoirs et ne peut voter de nouvelles lois.

Pour Maité, bruxelloise mais surtout Belge,

c'est la première fois de ma vie que je me sens patriote. Le rassemblement se veut neutre mais si je suis là, c'est pour exprimer mon refus d'être pris en otage contre les "nationalo-séparatistes" flamands qui ne sont qu'une minorité. Et ce problème auquel la Belgique doit faire face n'est pas unique en Europe. Nous voyons la même chose émerger partout. C'est inquiétant pour l'avenir.

Le mouvement avait été lancé par des étudiants ou jeunes actifs. Mais toutes les générations avaient fait le déplacements et certaines personnes âgées brandissaient fièrement des pancartes où il était inscrit "merci les jeunes".

Même les Flamands

En 2007, une manifestation similaire avait été organisée, le pays connaissant une situation politique similaire. A cette époque, l'immense majorité des participants étaient des Bruxellois ou des francophones. Bien peu de Flamands s'étaient mobilisés.

Pas cette fois. Ils étaient très nombreux dans le cortège. Tom, jeune ouvrier, a fait le déplacement exprès depuis Anvers.

Je veux un pays. Un gouvernement. Une Belgique. Tout cela, toutes ces querelles, ce ne sont que des problèmes de politiciens qui cherchent à gagner des voix en créant de faux problèmes. Je connais des gens qui ont voté NVA en se disant que cela ferait bouger les choses. Aujourd'hui, ils disent 'oh mince, mais je ne voulais pas ça'. Si je pouvais, je retournerais dans le temps, avant que la Belgique ne soit séparée en communautés.

 

 

Les Européens ne s'en foutent pas

Communauté à part entière dans la ville de Bruxelles, qui est aussi la capitale européenne, certains Européens avaient aussi fait le déplacement. Gabriele, un italien de 26 ans: "je vis en Belgique, j'y travaille, j'y paie mes impôts. Je ne veux pas que nous devenions les prochaines victimes des marchés financiers".

Pour son camarade, Žiga, de Slovénie, le discours est plus romantique.

J'aime la Belgique et tous ses habitants. Ici, c'est comme l'Union européenne, en plus petit. Je ne veux pas qu'elle disparaisse. Contrairement à ce que beaucoup peuvent penser des Européens à Bruxelles, nous ne nous en foutons pas.

C'est finalement la question que maintenant tout le monde se pose. Tout ça pour quoi ? Les politiciens se sont fait très discrets au sujet de ce mouvement citoyen. Pour Gilles, un Bruxellois d'une cinquantaine d'années: "J'espère de tout mon cœur que nous trouverons un terrain d'entente. Mais j'ai peur que cela ne soit qu'une étape de plus vers une nouvelle crise".

"Ceci n'est qu'un nouveau départ"

Le cortège s'est dirigé jusqu'à un lieu symbolique: le parc du Cinquantenaire, où se situe une grande arche construite en 1880 pour les 50 ans du pays. Là, les cinq jeunes organisateurs de la manifestation ont prononcé un discours en quatre langues: français, flamand, allemand et anglais.

Alors que depuis quelques jours, ils faisaient face à des critiques, les accusant de jouer à la facilité en se disant a-politique, de refuser le débat sur le nationalisme flamand et d'utiliser les politiciens comme des boucs-émissaires, ils ont reconnu l'imperfection du mouvement: "Nous ne comprenons pas grand chose au problème BHV. Inutile de nous questionner sur les lois de financement".

Tout en rajoutant:

Mais ce que nous avons compris entre-temps, et beaucoup d’autres également, est que le chemin qui mène au compromis requiert une volonté de trouver un compromis. Que la vie en commun ne réussit que quand il y a l’envie, la volonté de vivre ensemble. Et cette détermination existe, Vous l’avez démontré aujourd’hui.

Pour ces cinq jeunes propulsés sur le devant de la scène médiatique depuis deux semaines, l'espoir est maintenant que cette journée de dimanche ne soit que le commencement d'un mouvement de protestation plus important.





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