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Eoliennes offshore : la France veut combler son retard

lundi, 24 janvier, 2011 - 18:53

L'appel d'offre pour l'éolien offshore annoncé par l'Etat en janvier a été lancé aujourd'hui, à la grande satisfaction des industriels consultés sur les modalités depuis le mois de février. Le marché de 10 milliards d'euros et le programme très ambitieux ne devrait pourtant pas permettre à la France de tenir les objectifs du Grenelle de l'environnement. Ni de rattraper le Royaume-Uni ou le Danemark, les deux pays européens les plus en pointe.

Ça turbine fort au large des côtes européennes : 308 nouvelles éoliennes offshore ont été installées en 2010, apportant 883 mégawatts (MW) supplémentaires – un bond de 51% par rapport à l'année précédente, d'après l'Association européenne de l'énergie éolienne (EWEA). Et la production d’électricité grâce aux éoliennes en mer devrait encore augmenter de plus de 1 000 MW en 2011.

A l'avenir, le développement de la filière éolienne passera par l'installation d'éoliennes en mer. En 2035, la puissance éolienne offshore cumulée en Europe dépassera celle de l’éolien onshore,

assure le cabinet Price Waterhouse Cooper (PwC), dans une étude récente.
 
En France, par contre, le vent fait surtout tourner… les girouettes – et la tête des industriels. Toujours pas une éolienne en vue au large, mais des projets, à l'horizon. A l'horizon 2015, plus précisément. Le premier appel d’offres d’éoliennes offshore, lancé en 2004, a débouché sur un seul projet, près de Veulettes (Seine-Maritime) ; il est actuellement bloqué par des recours administratifs et juridictionnels. Un autre a été récemment annulé près de Noirmoutier. Une trentaine de programmes sont actuellement répertoriés, qui souvent doivent faire face l'hostilité des autorités locales et à une légilsation mouvante.
 
"Malgré l’avance prise par les industries d'Europe du Nord et notamment allemande sur ce secteur, la France possède tous les atouts pour capter la croissance du marché de l’offshore à condition du lancement rapide de l’appel d’offres prévu par le gouvernement", poursuit toutefois PwC.

Un marché de 10 milliards

Chose promie, chose due. L'appel d'offre attendu depuis janvier dernier a été rendu public aujourd'hui par le gouvernement français, au terme d'une consultation des indistriels concernés, au premier rang desquels les opérateurs français. Les industriels ont désormais jusqu'au 11 janvier 2012 pour déposer leur dossier auprès de la Commission de régulation de l'énergie (CRE).

D'après le Figaro, le projet concerne quelque 600 éoliennes au total, pour une puissance installée de 3 000 MW, sur cinq sites retenus entre Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) et Le Tréport (Seine-Maritime). Le tout représenterait un investissement de 10 milliards d'euros environ pour les industriels avec mise en service prévue vers 2015. Les entreprises retenues seront connues en avril 2012, date à laquelle un second appel d'offre de 3 000 MV sera lancé.

Avec le Grenelle de l'environnement, le gouvernement s'est fixé pour objectif de porter à 23 % la consommation d’énergie renouvelable d’ici à 2020. "Cet objectif ne sera pas atteint sans l’exploitation des ressources des océans", estime le ministère de l'Écologie. La France a donc prévu d'installer 25 000 MW d'ici 2020 – 6 000 MW pour le offshore et 19 000 MW pour l'éolien terrestre. Ambitieux! Peut-être un peu trop quand on part de si loin.

Le Royaume-Uni prend le large

"Le parc éolien français ne dépassera pas 15.000 mégawatts à terme, contre 25.000 MW prévus par le Grenelle de l'Environnement", pronostiquaient début janvier les experts de Xerfi dans une étude intitulée Le marché français de l'éolien soumis à des vents contraires.

D'après eux, 400 à 500 nouvelles éoliennes seront installées chaque année dans le pays, ce qui ne suffira pas à atteindre les objectifs. Les nouvelles turbines offshore devraient changer la donne. Suffisamment pour faire le compte?

Pendant que la France tente de refaire son retard, le Royaume-Uni creuse son avance. Il fournit déjà plus de 45% de l'énergie offshore européenne. La puissance offshore des britanniques est actuellement de 1,3 GW et le gouvernement compte l'augmenter de 33 GW supplémentaires d'ici à 2020. Première décision pour accroître ses capacités avec la réalisation d'une immense ferme de 5 000 éoliennes qui va voir le jour à Hull, dans le Yorkshire. Le Danemark vient derrière (avec 29%), suivi, de loin, par les Pays-Bas (8%), la Belgique (7%) et la Suède (5,5%).

215 000 emplois d'ici 2030

L'enjeu écologique est aussi économique. En 2010, la filière éolienne dans son ensemble emploie plus de 170 000 personnes en Europe (en comptant les emplois indirects), dont seulement 20 000 environ dans l'offshore. Une situation qui devrait évoluer rapidement.

L’EWEA estime qu’à partir de 2025, le nombre d’emplois générés par le secteur éolien offshore devrait dépasser celui du secteur éolien terrestre, pour atteindre 215 000 emplois sur les 375 000 emplois estimés en 2030,

écrit Gisèle Gautier, sénatrice de Loire-Atlantique, dans son rapport Énergies Marines Renouvelables. Emplois, Compétences, Formation. Quelles perspectives d’avenir ?, remis en décembre dernier à la ministre de l'Ecologie.

Encore faut-il que les industriels français emportent une partie du morceau, alors que, selon PwC, "la dynamique économique de l'éolien offshore profite avant tout aux pays qui ont investi très tôt dans cette technologie (…) comme l'Allemagne (Siemens, Repower) et le Danemark (Vestas)". Et que la France "n'a pas aujourd'hui la maîtrise de la fabrication d'une éolienne".

 

Actualisé le 11 juillet




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