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Dons d'organes et fécondation in vitro: le grand succès espagnol

Wilfredo Lee / AP/ SIPA

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25.01.2011 | 12:39

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Champions du monde du don d’organes, grands donneurs de gamètes, de plus en plus généreux quand il s’agit d’offrir leur corps à la science, les Espagnols ne sont pas seulement mus par l’esprit de solidarité. Quand business et altruisme font bon ménage.

L’Espagne est championne du monde de dons d’organes et pour le secrétaire général à la Santé, la raison en est simple : "La solidarité exemplaire de la société espagnole a de nouveau rendu possible le leadership mondial de notre pays en termes de dons et de greffes [d’organes]", affirme José Martínez Olmos. L’Espagne est, en effet, le numéro un mondial en termes de greffes d’organes avec 1502 donneurs en 2010 et un taux de 32 donneurs par million de personnes, en légère baisse par rapport à 2009, où ce taux était de 34,4. Le pays occupe cette place de numéro un sans partage depuis 19 ans et n'est pas près de la céder. A titre d’exemple, en France, le taux de don d’organe par million d’habitant est de 23,2. En Allemagne, il est de 15,3 ; et en Grèce, de 7,1.

"Le secret, c'est la coordination"

Face à un tel succès, l’Union Européenne a adopté une directive qui s’inspire du modèle espagnol. Il ne s’agit toutefois pas d’inculquer un esprit de solidarité aux autres Européens. Car, si l’altruisme est important pour le don d’organe, il est loin d'être la seule raison du succès des dons d'organes en Espagne.

La coopération entre hôpitaux et l’innovation en sont d’autres. Amado Andrés est formel : "Le secret, c’est la coordination. On a optimisé le processus de greffe d’organes en le professionnalisant". Ce médecin est justement le coordinateur des Greffes à l’hôpital madrilène 12 de Octubre, l’établissement espagnol qui a pratiqué le plus de greffes en 2010.

Huit médecins, assistés de cinq infirmiers sont spécialistes de la greffe d’organes et ont pour mission d’enclencher le processus de greffe très rapidement, ce qui permet de ne pas perdre d’éventuels donneurs : "ce n’est pas tant le nombre initial de donneurs qui compte, que le fait de détecter si une personne décédée peut donner ses organes. Ensuite, on intervient auprès de la famille pour leur demander l’autorisation", explique-t-il.

Pas de frais d'enterrement !

Et, en Espagne, on ne gâche aucune opportunité : "Contrairement à d’autres pays, nous utilisons aussi les dons de personnes âgées de 60 ou 65 ans, car leurs organes peuvent être tout aussi valables que ceux de corps plus jeunes", explique le coordinateur. Cela tombe bien dans une société vieillissante : 46% des donneurs ont plus de 60 ans. Par ailleurs, toujours en pointe en la matière, l’Espagne innove : on pratique aussi des greffes à partir des organes de donneurs en arrêt cardiaque, même si la pratique la plus courante reste celle du prélèvement d'organe après mort encéphalique

Une organisation efficace serait donc la clé du modèle espagnol… Pas seulement. "La solidarité joue dans le don d’organe puisqu’on ne reçoit rien en échange. Le don d’organe répond à une urgence, à un processus vital", analyse Consuelo Álvarez, anthropologue à l’Université Autonome de Madrid.

Toutefois, la ligne qui sépare altruisme et intérêt économique est subtile. Ainsi, l’augmentation du nombre de dons de corps à la science est motivée par la solidarité, mais aussi par des considérations parfois beaucoup plus matérielles: d’une part, le futur défunt contribue aux avancées des recherches médicales. D’autre part, il évite à sa famille les coûts de l’enterrement, de 3500 euros en moyenne en Espagne, selon l’Organisation de Consommateurs et Usagers (OCU).

Don de sperme et d'ovocytes

Plus encore, l’augmentation des dons d’organes du vivant des donneurs n'est pas sans risque de dérapage. Le Gouvernement a souhaité promouvoir cette pratique en lançant un "Plan stratégique de donation", destiné à compenser la baisse des donneurs morts dans des accidents de la route. La greffe d’organe de donneurs vivants s’est ainsi généralisée en 2010 et se pratique dans trente hôpitaux espagnols selon l’Organisation Nationale de Greffes (ONT).

Pour l’instant, les donneurs vivants sont surtout des membres de la famille de celui qui subit la greffe. Je suis convaincue qu’on dérivera vers un système de marchandisation si ce système s’étend au-delà du cercle familial, comme on le voit dans le secteur du don de gamètes", avertit l'antropologue.

Le marché du don de sperme et d’ovocytes pour les couples étrangers en mal d’enfants est, lui aussi, florissant en Espagne.
Si dans la santé publique les conditions sont contraignantes pour pouvoir avoir accès à la procréation assistée, "la loi est particulièrement flexible pour les cliniques privées qui pratiquent ce genre d’interventions", estime Àlvarez. La loi prévoit que toute femme de plus de dix-huit ans peut y prétendre. "Une telle flexibilité a ouvert la porte à un florissant business", explique Consuelo Álvarez.

Fécondation in vitro au prix fort

Le marché est soutenu par un nombre important de donneuses. Leur motivation? "C’est l’argent", affirme, catégorique, l’anthropologue, qui a écrit une thèse sur le sujet. La loi, qui interdit le don de gamètes dans un but lucratif, autorise toutefois "une compensation économique" pour les désagréments et le temps qu’impliquent les dons de gamètes. En Catalogne, le Comité de bioéthique a ainsi fixé cette compensation à 900 euros par cycle pour les donneuses d’ovocytes.

Est-ce vraiment condamnable? Le choix de compenser économiquement les donneurs répond, en effet, à des critères pragmatiques, un nombre suffisant de donneurs étant logiquement nécessaire au bon fonctionnement du système. "La majorité des donneuses d’ovocytes ont déjà des enfants et ne donneraient pas s’il n’y avait pas d’argent en jeu", affirme Consuelo Álvarez. La différence est d’ailleurs nette avec la France où le don est gratuit. Les délais pour obtenir un ovule y sont beaucoup plus longs :

J’ai décidé de venir en Espagne parce qu’en France il fallait attendre au moins deux ou trois ans avant de pouvoir bénéficier de l’intervention", explique Bénédicte, 38 ans.

Après la perte de deux bébés in utero, elle s’est dirigée vers une clinique privée madrilène à qui elle a versé plus de 20.000 euros et où elle a subi plusieurs fécondations in vitro à partir des ovules d’une donneuse. Elle est aujourd’hui la maman comblée d’un petit garçon de neuf mois. Bénédicte souligne le professionnalisme des équipes et des qualités humaines que requiert une activité aussi délicate.

Adoption d'embryons et peur de l'inceste

Dans ce contexte, on assiste à certaines pratiques qui font polémique. Certaines cliniques proposent ainsi des services "d'adoption d’embryons". Il s'agit de proposer à des patientes les zygotes congelés d'autres couples, qui n’ont pas "servi". La loi espagnole laisse, en effet, un délai de quatre ans aux couples pour décider de ce qu’ils font de leurs embryons. Au terme de ce délai, ils deviennent propriété de la clinique.

Ce service n’est pourtant pas promis à un brillant avenir selon Consuelo Álvarez : "Les couples préfèrent avoir recours à leurs propres embryons. Par ailleurs, il y a une certaine méfiance à l’égard des embryons congelés". Elle évoque aussi des craintes plus fondamentales : "Les couples donneurs évoquent souvent la crainte de l’inceste", entre deux de leurs enfants qui ne seraient pas conscients de leur condition de frère et sœur.

Tout lucratif qu’il puisse être dans certaines circonstances, le don de soi n’est donc jamais complètement exempt de considérations éthiques et morales fortement enracinées.





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