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Chronique de la fin de la liberté de la presse hongroise

Bela Szandelszky/AP/SIPA

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29.01.2011 | 09:43

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Fort d'une majorité écrasante au Parlement, le chef du gouvernement hongrois pensait pouvoir mettre sous contrôle les médias en toute impunité. C'était sans compter sur la mobilisation des journalistes relayée par les organisations internationales. A tel point que l'UE a été finalement obligée de le rappeler à l'ordre démocratique. Récit et analyse d'un long bras de fer qui devrait contraindre Viktor Orban à lâcher du lest.

Les protestations continuent contre la nouvelle loi sur les médias continuent en Hongrie, à Budapest et dans tout le pays. Mais la manifestation qui s’est tenue jeudi soir dans la capitale n’a rassemblé qu’entre 3 000 et 7 000 personnes selon les sources – contre 10 000 pour celle du 14 janvier – traduisant une baisse de mobilisation des Hongrois face à une question qui n’a pas de lien direct avec les préoccupations quotidiennes, comme le notait le journaliste Attila Mong dans une interview à Myeurop. Organisées une fois de plus grâce un groupe Facebook, ces manifestations ont été soutenues par des ONG de défense des droits de l'homme, Amnesty International et l'Union hongroise pour les libertés civiles. Elles ont réitéré leurs demandes de modification de la loi.

Des méthodes "totalitaires"

Alors que la mort annoncée de la liberté de la presse hongroise déchaine les passions à Paris, Berlin, et Bruxelles où l'on se pose volontiers en donneurs de leçons depuis le début du mois de janvier, cela fait plus de six mois que les associations de défense des médias tirent la sonnette d’alarme, l’OSCE en tête. Dès septembre 2009, la Représentante pour la liberté des médias de l’OSCE, Dunja Mijatovic, s'inquiétait :

Des lois telles que celle-ci sont dignes des régimes totalitaires dans lesquels les gouvernements restreignent la liberté d’expression"

Autant dire que le message était clair, mais les responsables politiques européens n’ont pas semblé l’entendre. Le gouvernement en question ? Celui de Viktor Orban et de son parti, le Fidesz, élu en avril 2010, sur fond de crise économique et de taux de chômage élevé (plus de 11%). Séduits par les promesses de renforcement de la protection des intérêts nationaux, les électeurs hongrois avait voté massivement pour le  parti conservateur. Avec ses alliés Chrétiens Démocrates, il détient une majorité écrasante au Parlement. Bingo ! Les deux tiers des députés soutenant le Premier ministre, le vote des lois est une pure formalité. Et Orban en use et en abuse : durant les 6 derniers mois, plus de 50 lois ont été amendées et la Constitution a subi six changements. Qui dit mieux!

Last but not least, cette boulimie législative a encore été facilitée par la suppression des dispositifs de contrôle institutionnel, renforçant ainsi dangereusement les pouvoirs de la majorité. Et dans ce que l’on pourrait qualifier de course autocratique menée par Orban, les médias, considérés comme des empêcheurs de légiférer au pas de charge, n’ont pas été épargnés.

La nouvelle loi sur les médias … késako?

Comme le souligne Miklos Haraszti, ancien représentant hongrois de l’OSCE, il n'y a pas une loi, mais une série de lois qui forment un "paquet médias". C'est cet ensemble législatif qui a été voté dans la précipitation avant la fin de l’année, sans aucune consultation avec le public ou les journalistes.

  • 6 juin : Suppression de "l’obligation de l’Etat de soutenir le pluralisme des médias", remplacé par "le droit des citoyens à recevoir une information appropriée et adéquat sur la vie publique".
  • 22 juin : institution de nouvelles autorités de régulation, extension de leurs pouvoirs à internet déjà envisagée.
  • Octobre : nominations des membres des organes de contrôle par le Premier Ministre et le Parlement.
  • 9 novembre : loi sur les droits et devoirs de la presse, qui introduit la "couverture équilibrée" et "l’objectivité politique".
  • 20 décembre : sanctions détaillées applicables par la haute autorité.

Pour Miklos Haraszti, c'est bien cet ensemble qui engendre des "restrictions sans précédent et une violation des standards européens de régulation des médias". Et il n’est pas le seul à aller dans ce sens.


En 2008, le rapport de l’association des journalistes européens (AEJ) sur la liberté de la presse en Europe mettait déjà en évidence les faiblesses de la précédente loi sur les médias, votée en 1996. Les auteurs soulignaient "l’erreur majeure" de l’institution de l’ORTT (Conseil national de télévision et radio), dont les membres étaient nommés en majorité par les partis politiques.

La loi sur les média est dépassée pour beaucoup de professionnels, et des appels ont été lancés pour que celle-ci soit réformée et remplacée par une structure responsable, plus indépendante, pour la régulation de la radio diffusion publique"

Peine perdue … C’est tout le contraire qui a été fait par Orban. Le Fidesz, qui était plutôt à gauche lors des débuts de la république hongroise en 1989, a progressivement glissé à droite. Paradoxe: en s'acharnant sur la liberté de la presse, le désormais très conservateur Orban, rappelle pour bon nombre de Hongrois le totalitarisme d'avant la chute du Mur qu’il critique pourtant vivement. Les responsables du parti majoritaire ont des positions bien tranchées : il faut que l’Etat "garantisse la neutralité des médias, qu’il soit garant de l’équilibre entre subjectivité et objectivité" (sic). Un ancien journaliste hongrois confie ainsi :

Le Fidesz ne croit pas en la liberté de la presse, les journalistes ne méritent pas ce privilège selon ses députés. Ils restent convaincus que les médias doivent être contrôlés par l’Etat"

Voilà tout l’enjeu pour les jeunes démocraties d’Europe centrale et des Balkans : le totalitarisme a été aboli il y a peu de temps et il est difficile d’adopter les règles définies par les occidentaux si rapidement. William Horsley, de l’AEJ, résume ainsi la situation :

Il est encore trop courant  à l’Est –comme à l'Ouest, il est vrai- que les médias soient manipulés par les politiques. Il faut que les gouvernements démocratiques acceptent la subjectivité de jugement des journalistes"

Le rôle clé de l’Europe

En faisant passer toutes ces mesures avant d’assumer, depuis le début de l'année, la présidence tournante de l’Union Européenne, Viktor Orban pensait surement pouvoir éviter les critiques internationales. Mais si l’UE tardé à prendre position, son action est désormais considérée à Budapest comme d’une importance majeure.

En témoigne la dernière lettre de la Commissaire Neelie Kroes qui demande au gouvernement hongrois d’effectuer des modifications de la loi dans un délai de deux semaines. Modifications que Budapest s’était engagée à faire pour que sa loi soit en conformité avec la directive européenne sur les services audiovisuels. Mais la marge de manœuvre de Bruxelles est faible, seules les compétences relevant explicitement du droit communautaire pouvant être abordées.

Le Traité de Lisbonne à la rescousse

L'association britannique de défense des droits de l’homme et de la liberté d’expression, "Article 19", s'est inquiétée du contrôle politique des médias, de la régulation du contenu de la presse et d’Internet, de l'enregistrement des organes et sites d’information, de la protection des sources, et des sanctions excessives mises en place. Consciente que c’est l’Europe qui peut avoir un certain pouvoir en la matière, elle a peut être trouvé la faille juridique pour continuer à faire pression sur Orban. L’article 7 du Traité de Lisbonne stipule, en effet, qu’en cas de violation des principes fondamentaux, le Conseil européen peut prendre des sanctions contre l’Etat fautif. Sanctions qui peuvent aller jusqu’à la suppression du droit de vote de l’Etat au Conseil : dur quand on est en charge de la présidence tournante de l'Union européenne. Mais jusqu'à quel point cette pression inquiètera-t-elle Orban ?

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