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La Hongrie, en pleine dérive autoritaire, va présider l'Europe

Viktor Orban en visite chez le pape Benoît XVI avec sa famille. / VATICAN-POOL / GALAZKA / SIPA

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31.12.2010 | 14:00

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La Hongrie assume dès aujourd'hui et pour six mois la présidence de l’Union européenne. La dérive autoritaire de Viktor Orban et de son gouvernement populiste de droite inquiète les capitales européennes. Le pays qui va diriger l’Europe… est-il en train de la quitter ?

Après l’évanescente Belgique, c’est un gouvernement fort qui prend la présidence tournante de l’Union européenne. S’appuyant sur une majorité des deux tiers au Parlement hongrois, le premier ministre Viktor Orban est à la tête d’un gouvernement stable. Ce qui lui permettra d’assurer une présidence dynamique, selon les trois priorités que la Hongrie s’est fixée. D’abord, trouver un accord sur les orientations budgétaires de l’Union pour les dix ans à venir.

Ensuite, Budapest souhaite accélérer l’adhésion de la Croatie : "Il faut compléter l’Union européenne, même si le climat est hostile à l’élargissement", déclarait Viktor Orban lors d’une conférence à Paris, le 18 novembre dernier. Le chef du gouvernement hongrois souhaite aussi une coopération plus étroite avec les Balkans. Faute de quoi ces pays traverseraient une grave crise qui, selon lui, "coûterait plus d’argent à l’UE qu’une procédure d’adhésion". Enfin Orban est absolument pour l’élargissement, prévu en mars 2011, de la zone Shengen à la Roumanie et à la Bulgarie. La France et l’Allemagne étant résolument contre, cela promet des échanges sportifs…

Un gouvernement europhile, mais autoritaire

Ce n’est pas Viktor Orban "l’Européen" qui inquiète mais Orban "l’autoritaire". Car le premier ministre a plusieurs visages. Politicien dynamique, chaleureux, engagé dans l’Europe… et tellement autoritaire chez lui qu’il pose un vrai casse-tête aux autres gouvernements. La législation sur les media que sa majorité vient d’adopter est une attaque contre la liberté de la presse et le droit au pluralisme de l’information, des principes inscrits dans le Traité de l’Union, dans la Convention européenne des droits de l’homme et dans la Charte des droits fondamentaux, que la Hongrie a signés.

La commissaire chargée des télécommunications, Nelly Kroes, a demandé des explications à Budapest sur la loi, et l’Allemagne, par la voix de son ministre des affaires étrangères, a sommé le gouvernement Orban d’y apporter des modifications. Le ministre des affaires étrangères du Luxembourg a, lui, carrément lancé un pavé dans la mare en se demandant : "un tel pays peut-il diriger l’Europe ?"

Le casse de l'année

Cette législation est la dernière goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Car depuis son arrivée au pouvoir, en mai dernier, Vikor Orban multiplie les mesures autoritaires. Témoin, le coup de force opéré par le gouvernement sur les fonds de pension privés. C’est le hold-up de l’année, le casse parfait, sans effraction ni bain de sang. Depuis la réforme des retraites en 1997, les jeunes cotisaient essentiellement pour eux-même (retraite par capitalisation), et non pour payer la retraite de leur grand-mère (système de répartition).

Ces cotisations obligatoires, gérées par de grandes compagnies internationales (Axa, Ing…), représentent aujourd’hui 11 milliard d’euros, un pactole dont s’empare le gouvernement en obligeant de facto trois millions de Hongrois (sur 3,5 millions d’actifs) à revenir à la caisse de retraite de l’Etat, en vertu d’une loi votée le 13 décembre. 

Les particuliers "sont libres de choisir", assure le ministre de l’économie, György Matolcsy. Ils peuvent rejoindre la caisse de retraite de l’Etat ou rester auprès du fonds de pension privé. Mais s’ils optent pour cette dernière solution, "ils s’excluront eux-mêmes du système étatique de retraites", précise le ministre. En clair, ils perdront 70 % du montant de leur pension future. "Vous parlez d’un libre choix : ça revient à mettre un pistolet sur la tempe des gens ! C’est du chantage", s’indigne György Kecskés, un épargnant de 34 ans. Selon lui, il peut dire adieu à sa retraite : l’Etat va dépenser l’argent maintenant et les caisses seront vides dans 30 ans.

A la fin des années 50, ma grand-mère a fait 6 mois de prison pour avoir caché un cochon dans la cave ! Le régime communiste obligeait les paysans à donner leurs terres et leurs animaux à la coopérative d’Etat. C’était une confiscation pure et simple. L’histoire se répète.

La population manifeste... surtout sur Internet

Ils ne sont que quelques milliers, comme György, à être descendus manifester dans la rue. En revanche,  la colère gronde sur la Toile, où sont apparus des dizaines de blogs : "Touche pas à ma retraite", "Les retraités attaqués", "C’est MON argent, ma retraite, mon avenir", "Viens pas fouiller dans ma poche"... Par dizaines de milliers, les internautes postent leurs commentaires indignés sur Facebook. "Quel cauchemar ! C’est l’Argentine. L’Etat menace ses propres citoyens !"

Jusqu’ici, Tamás Ujhelyi, un comptable de 29 ans, était content d’avoir voté pour la droite aux législative d’avril dernier. Le "hold-up" sur les retraites l’a fait changer d’avis. "C’est anti-démocratique, c’est du chantage et du vol, ils me prennent ma retraite et en plus, ils disent que je suis un mauvais patriote." Tamás est décidé à rester membre de la caisse privée, espérant qu’un gouvernement futur abrogera la loi. Même s’il doit faire dix heures de queue dans un centre de la sécurité sociale pour signer une déclaration dans ce sens.

C’est comme si on obligeait des parents à se rendre à la Ddass pour dire qu’ils veulent continuer à s’occuper de leurs enfants, en les menaçant, s’ils n’obtempèrent pas, de leur retirer leurs gamins !

Grâce à cette méthode de découragement maximum, le gouvernement espère récupérer l’essentiel de la cagnotte des fonds privés, pour équilibrer une partie du budget et financer la dette publique (80 % du PIB), la plus élevée en Europe après la Grèce. Mais comment peut-on à la fois dépenser cet argent et garantir les retraites futures ? "Les frères Lehmann ont disparu ; l’Etat hongrois, lui, sera toujours là dans des centaines d’années et il se portera toujours garant", affirme Zoltan Csefalvay, secrétaire d’Etat à l’économie.

Le beurre et l'argent du beurre

Peu ou mal informé, le Hongrois moyen croit au discours du gouvernement. Ils ne sont qu’une minorité à avoir compris que tout cela ressemble fort à l’histoire de Perrette et du Pot au lait. La majorité des habitants ne lit pas les journaux et ne regarde que la Télévision. Or les chaînes publiques ou commerciales ont surtout fait valoir le point de vue du gouvernement : les caisses privées ont été présentées comme des vautours qui se sont engraissés sur le dos des pauvres épargnants. Selon Viktor Orban, les fonds privés ont été des "jongleurs insouciants". On a aussi entendu l’un des dirigeants du Fidesz, le parti de Viktor Orban, dire que cet argent n’appartenait pas vraiment aux particuliers mais à l’Etat.

Puis le premier ministre a annoncé que le pays devait se montrer solidaire car le système actuel des retraites était "au bord du précipice". Une présentation inexacte de la réalité : l’épargne-retraite déposée chez les fonds privés a généré un rendement supérieur à l’inflation (+ de 4 %) et la Caisse de sécurité sociale est loin d’être au bord du gouffre : il y a de quoi payer les retraites actuelles jusqu’en …2020.

Vers une dictature sophistiquée

Du côté de Bruxelles, c’est le silence radio sur cette question, bien que plusieurs ministres des finances aient demandé à la Commission d’agir. Les motifs d’intervenir (par un recours en manquement, comme la Commission l’avait fait contre la France au sujet des Roms), ne manquent pas : spoliation, confiscation de la propriété privée… Mais un pays qui veut sortir du trou vaut peut-être qu’on balaye le reste sous le tapis…

Pour faire passer sa réforme, le Fidesz, profitant de sa majorité des deux tiers au Parlement, a bâillonné la Cour Constitutionnelle : elle ne pourra plus s'exprimer sur des questions fiscales ou concernant le droit à la propriété privée. Sauf si, exceptions improbables, elles violent les droits de l’homme, le droit à la vie, la liberté de religion….

Aucun État membre, pas même l’Italie de Berlusconi, n’était allé aussi loin dans le verrouillage des institutions. Orban a en outre nommé des fidèles de son parti à la tête de toutes les institutions clé qui sont des garde-fous de la démocratie. Surtout, il réforme la Constitution pour un oui et pour un non. L’opposition et les associations de défense des droits de l’homme estiment que le pays glisse de la démocratie vers la "démocrature", bientôt vers une sorte de dictature sophistiquée. La question vaut d’être reposée : un tel pays peut-il diriger l’Europe ? Allo, allo, Bruxelles, y a-t-il quelqu’un ?
 





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