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Berlin déloge les squatteurs du Liebig 14

mercredi, 2 février, 2011 - 20:34

Les occupants du squat berlinois de Liebigstrasse ont été délogés ce matin sur ordre des autorités de la ville. Pour cette opération exceptionnelle, les forces de police ont été mobilisées en grand nombre, 2500 policiers ayant été appelés pour évacuer l’un des plus grands squats de Berlin, occupé par des artistes et des militants "alternatifs" décidés à ne pas se laisser faire.

L’ambiance était pour le moins éclectique dans les rues de ce quartier de l’ex-Berlin Est ce matin : policiers en tenue anti-émeute, jeunes étudiants "bobo" manifestant, punks avec piercings et cheveux multicolores, mais aussi militants plus vieux issus des milieux alternatifs. Le 10 janvier dernier, les habitants ont reçu un avis d’éviction mettant terme à plus de quatre ans d’une bataille juridique les opposant au nouveau propriétaire, qui est finalement parvenu à mettre un terme à tous les contrats locatifs.

Le "projet d'habitation"

Le squat du 14 Liebigstrasse, ou Liebig 14 comme on l’appelle plus communément dans la capitale allemande, a été créé en 1990 et légalisé par des baux individuels avec la Société d’habitation de Friedrichshain (WBF) en 1992. Les squatteurs y ont développé un véritable "projet d’habitation", porté par des habitants multiculturels (de l’Allemagne au Pérou, en passant par le Soudan) et de tout âge (9 mois à 40 ans).

Le concept était "d’habiter ensemble avec les portes ouvertes", créant une communauté dont les décisions se prenaient par consensus pour que chacun ait son mot à dire. Les "co-résidents" organisaient également des manifestations culturelles et militaient, aux côtés de la ville notamment, contre la diminution du nombre de logements abordables et des espaces ouverts dans Berlin Est.

Un combat citoyen

Les squatteurs ont été soutenus par leurs voisins du quartier de Friedrichshain et par la jeunesse berlinoise venue en nombre pour assister à l’événement et exprimer son désaccord. Plusieurs manifestations de soutien ont été organisées pour venir en aide au Liebig 14, dont la dernière en date le samedi 28 janvier. La résistance s’est aussi organisée grâce aux réseaux sociaux et aux blogs qui ont relayé les informations sur la situation des habitants en temps réel. Plus de 1000 personnes font partie de la communauté Facebook et près de 2000 followers sont inscrits sur le compte Twitter.

Ce combat a pris une dimension emblématique car ce n’est pas le premier squat qui est fermé à Berlin. Interrogée sur la situation, Jeanne, jeune française installée à Berlin, témoigne :

Il s'agit d'un combat beaucoup plus général que beaucoup de jeunes Berlinois mènent contre la gentrification de Berlin : c'est une vraie question car on arrive à un stade de reconstruction avancé, la situation est de plus en plus normalisée dans une ville où après la chute du Mur on a pu construire des projets véritablement alternatifs, grâce à l’espace de liberté qui s’est ouvert à ce moment là. Les gens veulent sauver ce qui reste de la sub-culture berlinoise"

Hausse exponentielle des loyers

Une récente étude réalisée par la société F+B (Forschung und Beratung für Wohnen) a montré que tous les loyers de Berlin ont augmenté entre 2007 et 2010. Selon les dernières observations du marché, les nouveaux contrats de location à Berlin se signent en moyenne à 6,10€ au mètre carré, une hausse de 12% depuis 3 ans. Les baux existants ont augmenté de 5,5% au cours de la même période, une moyenne 4,90€ au mètre carré. Les quartiers les plus touchés sont évidemment les plus branchés, et Friedichshain en fait partie.

La zone où est situé le squat de Liebigstrasse est parmi celles ayant connu la plus forte hausse de la capitale, avec plus de 20% d’augmentation en trois ans. De quoi décider les gérants de projets d’habitation alternative à récupérer leurs biens pour les louer au prix fort. Interrogé sur la question, le maire Klaus Wowereit s’est réjoui de cette hausse, y voyant un lien avec l’augmentation des revenus de Berlinois. Berlin est néanmoins l’une des villes les plus pauvres du pays, le revenu disponible y est nettement inférieur à la moyenne nationale et le taux de chômage de 12,8 %, ce qui la place tout en bas de l’échelle.

Alors que le slogan de campagne de M. Wowereit était "pauvre mais sexy" en 2003, on comprend que les Berlinois se révoltent pour garder un peu de sexy dans une ville qui n’est pas plus riche aujourd'hui.




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