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Immigrer en Italie : simple comme un clic

mercredi, 2 février, 2011 - 15:46

Près de 100 000 travailleurs sans-papiers vont être régularisés par le gouvernement italien. A condition de cliquer suffisamment vite pour enregistrer leur demande sur Internet  : les premiers arrivés seront les premiers servis. Le compte à rebours des "click days" a commencé le 31 janvier. L'opposition dénonce une loterie scandaleuse.

L'immigration, en Italie, c'est simple comme un clic. A l’occasion des "Click days" (les 31 janvier, 2 et 3 février), les travailleurs illégaux d’Italie ont intérêt à rester rivés à leur souris. En jeu : 98 080 permis de séjours que le gouvernement va accorder à des travailleurs extracommunautaires en 2011.

La règle est simple : les premiers arrivés seront les premiers servis. A partir de 8 heures du matin, le Ministère de l’intérieur italien leur permet, si leur clic est assez rapide ou si leur nom n’est pas trop long, d’accéder enfin à la légalité.

Une loterie pour les syndicats, une farce pour l’opposition. Ces "Click days" sont pourtant défendus par le Ministère de l’intérieur qui estime avoir répondu ainsi de façon efficace et moderne aux files d'attentes interminables devant les administrations publiques. 

Le "cervellone" comptabilise les clics

Lundi, le premier des trois "Click-day" concernait les ressortissants de pays ayant signé des accords de coopération avec l'Italie : Égypte, Albanie, Maroc, Moldavie, Tunisie, Philippines et Sri Lanka. Les permis seront alloués selon des quotas définis pour chaque pays et selon le type d’emploi – la majorité étant destinée aux aides ménagères, à l’assistance aux personnes âgées et aux travailleurs saisonniers.

Dès le premier jour, le 31 janvier, 303 000 demandes de permis de travail ont été enregistrées, 250 000 seront rejetées, soit cinq demandes sur six.

Le Ministère de l’intérieur est très fier de cette procédure télématique moderne : sur son site officiel, une série de schémas détaille la marche à suivre et loue la puissance du "cervellone" – le gros cerveau -, l’ordinateur central qui comptabilise les clics.

Pour avoir une chance d'être régularisé, les travailleurs sans-papiers doivent s’être préalablement enregistrés. A huit heures tapantes, la loterie commence. Il est conseillé de synchroniser sa montre : sur le site du ministère, un lien permet la coordination grâce à un métronome digital. De fait, la rapidité du clic est cruciale puisque seuls les premiers dossiers arrivés seront traités. Le 31 janvier, en moins de 2 minutes, le "cervellone" avait déjà enregistré plus de 100 000 connexions.

Régulariser le travail au noir

En total désaccord sur le principe, syndicats et associations des droits de l’homme se sont néanmoins mobilisés pour assister les étrangers dans leurs démarches. Si les formulaires sont officiellement destinés aux employeurs qui souhaitent proposer un contrat de travail à un étranger qui réside encore hors des frontières italiennes, il s’agit clairement de régulariser les étrangers travaillant déjà "au noir" en Italie.

Une fois obtenu le permis de travail, le travailleur étranger devra retourner dans son pays et rentrer de nouveau en Italie de façon légale. "De telles dispositiions ne sont qu’une façon de masquer des régularisations ou des regroupements familiaux. Le gouvernement s’obstine à ne pas regarder la réalité en face", déplore le secrétaire du syndicat CISL de Lombardie, Roberto Benaglia.

Le syndicat de la CGIL est tout aussi critique. Vera Lamonica, secrétaire confédérale, explique que le système du "Click day" produit non seulement une plus grande exclusion, en laissant la majeure partie des travailleurs dans l’illégalité, mais conduit aussi à de graves discriminations entre les différents demandeurs, "entre celui qui a un nom de famille plus long ou une connexion internet plus ou moins rapide".

Régularisé mais emprisonné

Pire encore, "même les travailleurs régularisés resteront dans l’illégalité tout en mettant leurs employeurs et leurs familles en danger", assure Vera Lamonica. En effet, la loi Fini-Bossi punit la clandestinité et la complicité de clandestinité comme un délit. En ressortant du territoire italien, le travailleur qui aura obtenu le précieux sesame prend le risque d’être arrêté et emprisonné, au moment même où il vient de rentrer dans la légalité.

A gauche, les "Click days" sont condamnés avec véhémence. Livia Turco, du parti démocratique, qualifiait hier d’"absurde" la procédure de sélection : "cette méthode met en exergue l’incapacité de ce gouvernement de gérer le phénomène de l’immigration. Pour grandir, l’Italie a besoin des immigrés et de politiques qui promeuvent une vraie intégration". L’Italie des valeurs, le parti d’Antonio Di Pietro – le juge antimafia de l’ "opération mains propres" – est outré:

Nous sommes la honte de l’Europe (…) Cinq millions d’immigrés sont actuellement présents sur le territoire. En ne relâchant que 100 000 permis le gouvernement signifie que l’on abandonne les immigrés à l’illégalité, à la merci de leur employeurs.

Une bonne affaire

L’écrivain d’origine algérienne Karim Metref considère que le travail des immigrés n’est pas régularisé en Italie parce qu’il représente une "bonne affaire pour beaucoup de monde". Des secteurs entiers de l’économie italienne sont fondés sur le travail au noir, de l’agriculture, au tourisme en passant par le bâtiment. Mais, il est un autre secteur où les "travailleurs sans papiers sont les plus utiles" : le secteur social.

L’Etat italien a abandonné ce secteur et ne s'occupe plus ni les anciens qui ont besoin d’assistance ni les jeunes couples avec enfants. Mais, en fermant les yeux sur l’illégalité, il "crée ainsi les conditions pour que les familles italiennes puissent avoir une aide à domicile low cost".




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