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L’ETA amputée de son bras politique

mardi, 8 février, 2011 - 00:09

La gauche indépendante basque rompt avec l’organisation terroriste après trente ans d’allégeance. En renonçant explicitement à la violence, elle espère ainsi pouvoir participer aux prochaines élections municipales.

Le bras politique de l’ETA ne l’est plus. Les représentants de la Gauche Abertzale, courant de gauche indépendantiste basque, a présenté lundi à la presse les statuts de son nouveau parti, Sortu ("Créer" en basque), qui rompent explicitement avec la violence de l’ETA. Sans "condamner" l’organisation terroriste, les statuts de la nouvelle formation qui seront déposés mercredi au Ministère de l’Intérieur, exposent à multiples reprises son "rejet" de la violence, et en particulier de celle de l’ETA.

Pour que les choses soient claires, la Gauche Abertzale y indique que les affiliés qui pratiqueront des actes de violence seront exclus. Les statuts précisent ainsi:

Dans la stratégie indépendantiste et socialiste de notre projet politique et organisationnel, il n’y a de place pour aucune forme d’action violente ni pour les conduites qui lui servent de complément et d’appui politique.

Mettant fin à trente ans d’allégeance, le pas ainsi franchi est considérable. La gauche Abertzale a en effet été liée à l’ETA depuis la création en 1978 de son premier parti Herri Batasuna (HB) au lendemain de la Transition Démocratique. Le parti, issu de la fusion de quatre formations politiques avait été conçu comme bras politique de la bande terroriste destiné à approfondir la pénétration des idées de l’ETA au sein de la population basque. Pendant des décennies, c’est l’ETA qui a orienté les actions de la Gauche Abertzale et non l’inverse, attestant ainsi de son rôle instrumental.

Des formations depuis longtemps illégales

Dans la crainte d’être rendue illégale du fait de ses liens avec l’ETA, HB créé une nouvelle formation politique en 1998, Euskal Herritarrok, de laquelle est issue Batasuna qui naît en 2001. Les trois formations sont déclarées illégales par le Tribunal Suprême en 2004. La cour leur reprochait notamment de n’avoir jamais condamné les crimes de l’ETA (elle ne le fait pas non plus dans ses nouveaux statuts – ndlr) et de les avoir justifié en certaines occasions pour la participation de certains de leurs membres à des activités terroristes, ou encore d’avoir laissé la bande terroriste utiliser leurs sièges pour le développement de ses activités.

En tournant explicitement le dos à l’ETA, la gauche Abertzale espère pouvoir participer aux élections municipales du 22 mai prochain. Lors des dernières élections de 2007, les formations représentant ce courant avaient été rendues illégales a posteriori. Batasuna espère que le cap qu’elle vient de franchir sera suffisant. A cet effet, le représentant du mouvement Rufi Etxeberría, qui évoque un "point d’inflexion politique et organisationnel" de sa formation, a souligné son "ferme engagement d’atteindre un scénario de paix et de solutions démocratiques".

Les deux grands partis restent sceptiques

Ce sera à la Justice d’en décider, mais les partis ne se sont pas fait attendre pour commenter les déclarations des indépendantistes basques. Si les organisations politiques nationalistes du Pays Basque, comme le PNV, et de Catalogne, comme l’ERC, ont salué l’avancée que constituent les statuts du nouveau parti, les deux principaux partis du pays, le PSOE du chef du Gouvernement José Luis Rodríguez Zapatero et le PP conservateur de Mariano Rajoy, se sont montrés prudents, voire sceptiques.

La représentante du PP a demandé au Gouvernement d’utiliser tous les instruments légaux en son pouvoir pour empêcher que la Gauche Abertzale participe aux élections de mai prochain. Quant au Gouvernement socialiste, il a, à travers son ministre de l'Intérieur, Alfredo Pérez Rubalcaba, estimé que la crédibilité de Batasuna "est au plus bas", et qu'il lui "reste un long chemin à parcourir".

Le Gouvernement a vingt jours à compter du dépôt des statuts pour notifier au Ministère Publics d’éventuels indices d’illégalité. Alfredo Rubalcaba a confirmé que le Gouvernement le ferait.




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