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Les eurodéputés ne veulent plus de Strasbourg. Vraiment?

vendredi, 11 février, 2011 - 15:28

Une écrasante majorité d'euodéputés souhaiteraient que le Parlement européen ne siège plus à Strasbourg. Ils souhaitent se sédentariser à Bruxelles. Toutefois, en regardant les détails, on peut douter du sérieux de l’enquête qui relance une polémique qui ne date pas d'hier.

Les chiffres indéniables et sans appel possible : 88% des députés européens et de leurs équipes seraient en faveur de la fin de la transhumance mensuelle entre Bruxelles et Strasbourg.

Un vieux débat

En effet, selon les textes officiels, le Parlement européen n’a qu’un siège: Strasbourg. Pourtant, dans la réalité, les députés européens passent plus de temps en Belgique où se tiennent les réunions de groupe et les commissions parlementaires. Ce n’est qu’une fois par mois qu’ils se rendent pour une semaine dans la capitale alsacienne pour voter la future législation européenne. Et cela fait des années que cela se passe comme ça.

Mais certains élus militent pour que cela s’arrête. Leurs arguments ? Le coût qui serait estimé autour de 180 millions d’euros par an, l’impact écologique (rejet de CO2) et l’efficacité dans le travail. Toute la vie parlementaire devrait se dérouler à Bruxelles.

Une réforme du Traité

Pour démontrer le bien-fondé de leur requête, des députés européens, emmenés par le Britannique Edward McMillan-Scott ont réalisé une étude en collaboration de l’université de Zurich, annonçant que les fameux 88% plaidant en leur faveur. Un véritable plébiscite.

Reste que sur le plan technique, changer la localisation du siège du Parlement européen nécessite de modifier le Traité de Lisbonne et donc que l’idée fasse l’unanimité au sein des pays européens. Pas sûr que la France accepte. Et elle ne serait pas la seule. Le Luxembourg pourrait aussi s’y opposer puisque 2000 fonctionnaires européens sont encore stationnés sur son sol sans grande raison pratique. Ils pourraient aussi faire les frais d’un regroupement général à Bruxelles, ce qui serait nuisible à l’économie du Grand Duché.

Une étude bancale

Mais l’étude est-elle si fiable ? Elle n’a pas encore été contestée alors qu’elle provient pourtant d’un groupe, ouvertement contre. Regardons les détails.

Qui a répondu aux questions ? Seulement 18,45% des personnes interrogées soit 417 personnes.  Parmi elles, seulement 61 députés sur 751. Autrement dit, moins de 10% des élus européens ont participé à l’enquête…

Et pour le reste ? Ce sont 348 assistants parlementaires (sur 1509) qui ont rempli les formulaires (dont 4 stagiaires).

Tout de suite, cela paraît moins sérieux. Quant au respect des nationalités, n’en parlons pas. Les Suédois représentent 6% des répondants… alors que la délégation ne compte que 18 élus (plus les assistants) soit 2,4% de l’hémicycle. La représentation est donc quelque peu disproportionnée… surtout que les Suédois sont réputés pour être opposés au siège strasbourgeois.

Le reste de l’étude découlant d’un échantillon non représentatif, nous pouvons donc légitimement la considérer comme faussée.

Une réforme en perspective ?

Un groupe de travail du Parlement européen travaille sur "l’amélioration de la plénière", c’est-à-dire de la semaine passée à Strasbourg. Selon son mandat, il doit faire cela en respectant les termes du traité. Autrement dit: pas question de remettre en cause la semaine à Strasbourg.

Toutefois, il est tout à fait possible d'optimiser le temps passé en Alsace. Sur les cinq jours ouvrables, le travail se concentre actuellement sur deux jours et demi: mardi, mercredi et jeudi matin. La plupart des élus arrivent le lundi dans la journée et repartent le jeudi. Une réflexion sur le fond de l’organisation semble donc tout à fait pertinente.

Le débat entre pro-Bruxelles et pro-Strasbourg est encore ouvert pour un moment.

D'un point de vue médiatique, pas la peine de préciser que peu de journaux paient pour faire bouger leurs correspondants tous les mois. Mais penser que sédentariser les parlementaires à Bruxelles changerait quoi que ce soit dans la couverture par la presse de l’UE et notamment des débats au Parlement européen, serait une illusion.




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