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Un crime barbare réveille les démons homophobes des Portugais

lundi, 14 février, 2011 - 12:33

L’assassinat barbare, dans sa chambre d'hôtel, d’un chroniqueur people, homosexuel assumé de 65 ans, secoue la société portugaise. L'auteur du crime est le jeune mannequin qui l’accompagnait à New-York. Un fait divers qui s’est transformé en fait de société et réveille des sentiments homophobes un an après l’adoption de la loi sur le mariage gay au Portugal.

L’Hôtel Intercontinental à New-York se serait bien passé de la publicité. C’est dans une des chambres de ce luxueux Hôtel sur Times Square qu’a été découvert le corps sans vie de Carlos Castro, âgé de 65 ans, le 7 janvier dernier.

L’homme était célèbre au Portugal pour ses chroniques dans la presse people sur une jet set qui redoutait ses révélations. Les policiers New-Yorkais découvrent alors un vrai carnage : Carlos Castro a été tué sauvagement, frappé à la tête à l’aide d’un ordinateur, asphyxié, un œil arraché et le sexe mutilé par un tire-bouchon.

La torture a duré plus d’une heure. C’est un jeune homme de 21 ans, un mannequin débutant, qui reconnait les faits : "j’ai débarrassé Carlos de ses démons, du virus. Je ne suis plus gay", confessera le jeune homme donnant aussitôt un tour particulier à l’affaire. Renato Seabra qui s’était fait connaitre dans un concours de modèle à la télévision cherchait à se faire un nom.

Il avait semble t-il accepté d’accompagner Carlos Castro pour des vacances de fin d’année, dans l’espoir qu’il lui ouvre les portes de la célébrité. Le chroniqueur avait, quant à lui, avoué à ses proches qu’il s’était amouraché du beau jeune homme. Tous les ingrédients du fait divers étaient réunis. Mais, personne n’aurait pu prévoir la dimension que ce crime prendrait au point de devenir un fait de société.

"Tuer un homosexuel n’est pas un crime"

A la remorque de la presse new-yorkaise, les media s’emparent de l’affaire. On a cessé de compter le nombre de pages écrites sur le crime et ses développements, et le nombre d’heures de télévision produites. Plus d’un mois après les faits Renato occupe encore aujourd’hui le devant de la scène.

Car aussitôt le crime dévoilé, Cantanhede, la petite ville du centre du Portugal dont il est originaire, prend fait et cause pour le jeune mannequin. Une chaine humaine est improvisée par les habitants du gros bourg autour d’un autel à sa mémoire. Renato semble y avoir laissé un souvenir impérissable: non Renato n’est pas homosexuel, oui il a été manipulé, et d’improbables petites amies viennent en témoigner.

On pleure sur le malheur qui s’est abattu sur la famille de Renato Seabra, sa pauvre mère contrainte à vendre ses biens pour payer les services d’un avocat. En quelques jours se crée un comité de soutien. Blogs et réseaux sociaux relaient l’affaire.

Parallèlement, les sites d'info sont assaillis de messages obscènes ou à l’humour douteux. Les filtres ne fonctionnent plus : une page sur facebook met le feu aux poudres. Elle s’intitule : "Je soutiens Renato Seabra – Tuer un homosexuel n’est pas un crime". Une vague d’indignation soulève alors "l’autre" Portugal.

Crime et chatiment biblique

L’émotion est à son comble. Les réactions sont épidermiques, parfois violentes. La page est rapidement interdite, mais son pouvoir de nuisance est réel : le simple fait que cet appel au crime homophobe ait pu exister sans filtres prend de court les tenants de la cause gay ou ceux de la liberté d’expression.

Pour beaucoup, l’affaire n’aurait jamais pris cette ampleur s’il s’était agi d’un couple hétérosexuel. Et ce constat secoue l’intelligentsia portugaise qui découvre une certaine réalité: la société portugaise pétrie de catholicisme est loin d’avoir accepté l’homosexualité, un an presque jour pour jour après l’adoption à l’assemblée nationale de la loi sur le mariage entre personnes du même sexe.

Les sondages l’ont révélé: si les Portugais étaient invités á se prononcer sur la question, ils rejetteraient à une large majorité le mariage gay. S'il n'avait pas été cet homosexuel âgé tué par un homme jeune, en tant que personnage public, Carlos Castro aurait eu probablement droit à la compassion généralisée. Comme le notait une journaliste qui connait bien les questions liées à l’homosexualité, le fait d’user de l’expression "homicide homosexuel" – alourdie c’est vrai du contexte mondain et futile – situe l’affaire dans un autre registre. Il s’agit pourtant, ni plus ni moins, que d’un crime barabare, rappellent les trop rares commentateurs sérieux.

Mais pour la majorité des Portugais, un crime aussi violent et symboliquement si connoté ne peut être vu que comme un châtiment, en représailles des fautes commises. Ce crime prend alors une dimension quasi biblique qui justifie, a posteriori, la disparition d’un personnage dérangeant, polémique, plus craint que respecté et qui assumait pleinement sa différence.

Feinte ou réelle – l’enquête en cours aux USA le déterminera – la folie "illuminée" (la fin des démons) de Renato joue presque le rôle de catharsis pour une société qui n’a pas intégrée l’évolution des mœurs. Renato, 21 ans, encourt entre 15 et 25 ans de prison dans les geôles américaines.




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