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« Les femmes du sixième étage », une lettre d’amour à l’Espagne

jeudi, 17 février, 2011 - 09:27

Philippe Le Guay a présenté au Festival de Berlin son nouveau film, Les femmes du sixième étage, dans lequel Fabrice Luchini joue un agent de change terne qui retrouve des couleurs, et l'amour, avec les bonnes espagnoles (mal) logées au dernier étage de son immeuble. Une comédie romantique épicée, dans la France des années 1960, dont nous parle le réalisateur.

Les femmes du sixième étage est une comédie romantique épicée: un agent de change (Fabrice Luchini) trouve le repos des conventions bourgeoises, le goût de la paëlla et l’amour avec les bonnes espagnoles logées au sixième étage de son immeuble. Teresa, Carmen, Dolorès, Concepción, Maria lui redonnent le goût de la vie et des joies sans manières. Surtout la jeune Maria. Avec Carmen Maura et la jolie Nathalie Verbeke, pour actrices, le goût du piment entre dans sa vie sur un air de guitare. L'une des correspondantes de Myeurop à la Berlinale a rencontré le réalisateur Philippe Le Guay.

Comment avez-vous eu l’idée de ce film ?

Quand j’étais enfant, j’avais une bonne espagnole, qui s’appelait Lourdès. Au bout d’un moment, elle est rentrée en Espagne pour se marier, mais elle fait partie en quelque sorte de ma mythologie familiale. Elle s’exprime par des détails, des sonorités espagnoles, une certaine prière espagnole que j’avais apprise. Quand j’étais enfant, je parlais et mélangeais le français et l’Espagnol.

Et il y a quelques années, j’ai rencontré une vieille dame espagnole qui avait été bonne à Paris. Elle parlait de ces années en France avec un tel amour, que je me suis dit que je tenais là vraiment la possibilité de raconter une histoire entre les deux pays, à travers le prisme de l’immigration espagnole des années 60.

Ces jeunes femmes arrivaient d’un pays qui, en comparaison, était complètement attardé : en Espagne, à l’époque, il y avait très peu de voitures, pas de télévision… Et elles débarquaient à Paris, avec ses façades haussmanniennes, son luxe et sa sophistication. C’était un peu comme si une petite paysanne française de 1945 arrivait dans le Manhattan des années 80.

Les chambres de bonnes, ce paradis de l’étudiant. C’est drôle de voir dans votre film leur utilité initiale.

J’ai moi même habité une chambre de bonne, je connais ! Pour le tournage, nous avions l’immeuble parfait: on a fait reconstruire un peu le sixième étage, on a percé une lucarne, mais la taille des chambres est absolument authentique.

Pour l’appartement des Joubert, je me suis inspiré de l’appartement de mes grands-parents. Il y avait toujours chez eux une atmosphère feutrée, peu de lumière, les lampes étaient allumées à toute heure de la journée, car au troisième étage de leur rue, le soleil ne rentrait pas.

Comment s’est fait le choix des acteurs.

J’essaye de ne jamais penser à un acteur en particulier, quand j’écris. J’essaye de me l’interdire toujours. Si l’acteur refuse, on est bloqué. Mais, Fabrice Lucchini m’est venu à l’esprit tout de suite. C’est vraiment le premier à qui je l’ai proposé. Je savais que sa capacité d’émerveillement, ce côté enfantin seraient parfait pour le rôle.

Et puis, il y a eu le contingent des Espagnoles. Il y a pas mal d’actrices espagnoles qui vivent à Paris, mais j’avais vraiment envie d’aller les trouver à Madrid. Je me suis plongé dans cette atmosphère, arpenté le Prado. Les visages que je voyais en peinture m’ont aidé à trouver les actrices. Je voulais que dans le film, les femmes soient certes des femmes de ménage, mais surtout des reines !

Quand on voit la gaieté qui s’échappe de ce sixième étage, on se dit que le tournage devait être une bonne partie de rigolade. Une illusion ?

Non, c’était très joyeux. Chaque actrice avait sa loge, ses appartements, l’équipe était logée à tous les étages. Il y avait les costumes, la régie, on était vraiment chez nous de la cave au grenier.

Vous avez dit que ce film est une lettre d’amour à l’Espagne et que peut être vous feriez un jour une lettre d’amour à l’Allemagne.

Oui, mais comme je n’ai pas fait allemand à l’école, c’est plutôt à vous que je demanderais ça! En tout cas, j’imagine quelque chose de très contemporain!




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