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Identité nationale: le Danemark revendique sa culture chrétienne

vendredi, 18 février, 2011 - 17:43

A chacun son débat sur son identité nationale. Au Danemark, il se cristallise sur les valeurs religieuses du pays. Télévisions et radios publiques doivent désormais "promouvoir l'héritage culturel chrétien". Une concession sans précédent à l'extrême droite qui soutient le gouvernement ?

Aarhus, (DK). Correspondance. 

Au moment où, en France,  l'UMP se propose de relancer le débat sur la laïcité et la place de l'Islam dans la société, au Danemark, le gouvernement veut promouvoir les racines chrétiennes du pays.

Au pays de la petite sirène, pour protéger la culture danoise dans une société devenue multiculturelle – 5,5 millions d'habitants, 8,35% des citoyens sont issus de l'immigration (2008) et la tendance est à la hausse –  la solution serait un retour à la religion.

Comment?  La coalition gouvernementale libérale-conservatrice a inscrit dans le contrat de diffusion 2011-2014 liant l'Etat et Danmarks Radio [DR] – l'équivalent danois de France Télévisions et de Radio France – la nécessité de promouvoir "l'héritage culturel chrétien" danois. Dans le précédent contrat DR se devait simplement de  promouvoir "l'héritage culturel" du pays.

Mission évangélique

Cette nouvelle mission évangélique imposée à DR sème la  controverse. Mais pour Per Stig Møller, ministre de la culture cité par Le Monde, cette mise aux normes chrétiennes des médias publicsest nécessaire car "dans un monde globalisé et plus conflictuel, nous sommes obligés de définir pour nous-mêmes ce que nous défendons"

Ancien  ministre des affaires étrangères, Per Stig Møller a été un acteur important de la crise des caricatures de Mahomet en 2005. Publiées dans le quotidien Jyllands-Posten, les caricatures décriées comme racistes et xénophobes dans les pays musulmans ont divisé les Danois sur leur légitimité et sur les limites de la liberté d'expression.

Crise identitaire

Les manifestations violentes et des attaques contre certaines ambassades danoises ont mis à jour une profonde crise identitaire et une peur de l'étranger qui ne partage pas les valeurs chrétiennes mises en avant par l'extrême-droite. Le Jyllands-Posten s'est doté de mesures de sécurité accrues pour protéger ses journalistes contre des attaques terroristes.

Le responsable des pages culturelles, Flemming Rose – qui avait eu l'idée des caricatures –, a publié à l'automne dernier l'essai La Tyrannie du Silence pour défendre ses positions, et le jeune somalien Mohamed Geele, 29 ans, vient d'être condamné par la Cour de justice d'Aarhus pour avoir tenté d'assassiner le caricaturiste Kurt Westergaard.

Ces évènements ont divisé la population danoise et les politiciens dans leur quête pour définir les valeurs de la société. En l'absence d'un gouvernement dirigé par un parti unique, le modèle de la coalition a permis au Danish People's Party [DPP] – une formation politique populiste de droite aux tendances xénophobes – d'accroître son influence sur les politiques adoptées. Ce devoir de promotion de l'héritage chrétien imposé à l'audiovisuel public en est le dernier exemple en date.

Un signal inquiétant

Selon le professeur en histoire religieuse à l'Université de Copenhague Mikael Rothstein, dont les critiques ont été publiées par l'hebdomadaire Copenhagen Post, la députée du DPP Katrine Winkel Holm aurait joué un rôle significatif dans l'ajout de la promotion des valeurs chrétiennes à DR. Membre du conseil d'administration de Danmarks Radio, celle-ci réfute l'analyse du professeur, tout en se réjouissant de l'ajout.

Je suis très contente [de cette décision]. C'est un projet important et qui va de soi pour DR sur lequel nous devons mettre de l'emphase aujourd'hui. C'est un grand pas en avant" a-t-elle déclaré au Copenhagen Post.

Le débat identitaire qui balaie le pays est, comme cet hiver, très rude. Plusieurs experts, politiciens et universitaires dénoncent les directives religieuses imposées à DR et l'influence grandissante du Danish People's Party sur la coalition.

Selon l'historienne Malene Busk, qui joue un rôle important dans le débat sur la place de la religion dans la vie publique, "cela envoie le signal que les gens qui ne sont pas d'origine chrétienne ne sont pas à leur place au Danemark […] C'est un signal inquiétant"

Hugo PILON-LAROSE




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