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Déluge de sexe, mensonges et bain de boue en Italie

lundi, 21 février, 2011 - 12:43

Après sa mise en examen pour "abus de pouvoir et prostitution de mineure", Silvio Berlusconi contre-attaque sur le thème du "tous pourris". Une vague de "scandales" déferle sur la péninsule : photos d’un opposant nu sur une plage naturiste ou révélations sur " les amours secrètes " de la juge Bocassini, en première page du très berlusconien Il Giornale… Le chef du gouvernement italien ouvre les vannes à une coulée de boue nauséabonde qui n'épargne personne.

A la Une d’Il Giornale, organe de presse quasi-officiel de la famille Berlusconi, le président du Conseil a fait publier le 14 février des photos compromettantes de Nicky Vendola, secrétaire du parti "Sinistra Ecologia Libertà", président de la région Pouilles et espoir montant de la gauche. Les photos datent d’il y a 32 ans et on y voit Vendola entre deux hommes sur une plage de naturistes. Réponse de Vendola dans un entretien à Repubblica: c'est la méthode du "bain de boue généralisé" :

L’idée subliminale derrière cette publication c’est que nous sommes tous coupables et que nous méritons donc tous l’absolution. Tout se vaut, Berlusconi n’est pas tout blanc mais nous sommes tous lubriques, tous contaminés".

Retour sur une communication politique au dessous de la ceinture.

Le "Vaticangate"

La liste des prédécesseurs de Vendola est bien longue : Boffo, Mesiano, Marcegagli, Boccassini… Tous mis en cause dans des scandales pilotés directement par les entreprises médiatiques du Président du Conseil. Le cas Boffo, le plus éclatant, a donné son nom à "la méthode Boffo" en faisant exploser le "Vaticangate"

En 2010, le directeur de l’Avvenire, principale organe de presse du Vatican, se montre de plus en plus véhément par rapport à la conduite morale de Berlusconi autrefois son allié. La réponse du Giornale ne se fait pas attendre. Le quotidien de Berlusconi titre : "le directeur de l’Avvenire, en première ligne dans la campagne de presse contre Berlusconi, intimidait la femme d’un homme avec qui il avait une relation homosexuelle". Un an plus tard, il est prouvé que l’accusation n’était pas fondée sur des preuves fiables. Le directeur de la rédaction du Giornale, Vittorio Feltri, est mis à pied pour trois mois par l’Ordre des journalistes pour ses pratiques fallacieuses, mais le scandale a bien eu lieu et Boffo a démissionné pour éviter d’entrainer le système Vatican dans le scandale.

Interrogé plus tard sur l’affaire, le directeur du Giornale justifie le recours à la méthode d’intimidation :

à l’époque, nous assistions à un feu d’artifice des présumées amoureuses de Berlusconi, nous avons trouvé intéressant le cas Boffo "parce qu’il démontrait que nous ferions mieux de ne pas trop s’intéresser à la vie privée des autres puisque personne n’est parfait".

Populisme et exploitation de l’homophobie

Dans la même veine, difficile d’oublier la sortie du président du conseil "mieux vaut être passionné des belles filles que d’être gai", alors qu’éclatait le cas Ruby, la jeune fille mineure pour laquelle il est aujourd’hui mis en examen.

Cette exploitation de l’homophobie populaire et la même technique utilisée aujourd’hui contre Vendola, homosexuel déclaré et assumé:

Leur cynisme est sans limite et la blague homophobe, raciste ou sexiste sort du machisme berlusconien privé pour solliciter le bas ventre des italiens".

Le président de la région Lazio, Marrazzo, en  faisait les frais en 2009. Le politicien de gauche se retrouve au milieu d’un gigantesque scandale pour lequel des officiers de police ont cherché à le faire chanter. Ils étaient en possession d’une vidéo qui le montrait en train de sniffer de la cocaïne en compagnie de prostituées transsexuelles.  Si Berlusconi n’est pas directement derrière l’affaire – il aurait même appelé Marazzo pour le prévenir que sa maison d’édition, la Mondadori détenait la vidéo mais n’avait pas l’intention de la publier- son journal boit du petit lait et dénonce le silence de la gauche: 

Ils demandent la démission du président du Conseil suspecté de fréquenter des jeunes filles avenantes, mais ils traitent comme une pauvre victime un président de région surpris dans la maison d'un trans", écrit-il : "Pourquoi à parité de situation, le président du Conseil est-il un porc et le président de la région Latium un brave garçon persécuté et digne d'être protégé par le sacro-saint droit à la vie privée ? ", écrit Feltri.

Tactique du discrédit

Les juges ne font pas exception dans cette tactique du discrédit : l’émission de télévision Mattino 5 sur Médiaset, télévision qui appartient à la famille Berlusconi, a suivi le juge Mesiano lors d’une promenade dans les rue de Milan et ce, alors qu’il travaillait sur le procès de Finninvest, principal groupe de la famille Berlusconi. La journaliste de l’émission avait jugé son comportement "étrange" parce qu’il portait des chaussettes bleues dans des mocassins blancs : "peut-on se fier d’un tel homme ? " demandait encore la journaliste, qui fut condamnée plus tard par l’ordre des journalistes pour atteinte à la vie privée.

Aujourd’hui c’est au tour de la juge Boccassini, une des trois juges qui a mis en examen Silvio Berlusconi. Elle  est attaquée deux jours après l’annonce de la cour. Le Giornale publie des révélations sur de présumés "comportements amoureux" que la juge aurait eu en 1982 avec un journaliste affilié au parti d’extrême gauche "Lotta continua" en dehors du Tribunal de Milan.  Le journal titre "Les amours secrètes de Boccassini".

Sexe et pouvoir: une pathologie italienne

Parler au bas ventre de l’Italie, une nouveauté des dernières années du règne de Berlusconi ? Non, il s’agit d’une stratégie politique bien rodée répond Ceccarelli, journaliste à Reppublica, spécialiste de la "pornocratie italienne" et auteur du livre "Sexe et pouvoir, petite histoire de deux années indécentes".

Du cas de la jeune Noémie, qui a provoqué le divorce de Veronica Berlusconi ainsi que sa lettre ouverte à Reppublica dans laquelle elle considérait son mari comme un "homme malade qui a besoin d’aide", à la jeune Ruby,  la descente de la politique italienne dans la "Suburra" (nom du quartier de la Rome antique où s’agitaient prostituées et politiciens) n’est que le sommet de l’Iceberg d’un système dans lequel "le privé devient toujours plus politique".

Si le phénomène est bien entendu accentué par les médias et la personnalisation du pouvoir comme dans beaucoup de pays occidentaux, souligne l’auteur "c’est devenu une vraie pathologie dans notre pays" à travers l’incontournable corps du chef devenu matière politique : "On ne sait d’ailleurs plus si ce corps est bourreau ou victime d’un engrenage dans lequel sexe et drogues constituent les derniers rouages d’un système organisé fait de corruption, illégalité, faveurs et distorsions" .

Pendant ce temps, alors que les groupes sur Facebook se moquent de la politique du "déboutonner son pantalon" en reprenant la campagne publicitaire de la gauche qui disait qu’ "il est temps de se remonter les manches" ,  les "Hyènes", comiques populaires de l’émission du même nom chantaient cette semaine "Ti spuntanerò" (Je te trainerais dans la boue) : "Je te trainerai dans la boue, j’irai au Giornale, et je leur apporterai tes photos avec les transexuelles….". Et le refrain d’ajouter cette avertissement à Berlusconi : "oui, mais le 6 avril, devant le juge, tu y iras tout seul". 




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