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Palomares: le Tchernobyl espagnol

jeudi, 24 février, 2011 - 10:12

En 1966, un avion américain perd 4 bombes nucléaires au dessus de l'Espagne. Deux d'entre elles laissent échapper une partie de leur charge à terre, contaminant la zone en plutonium. Depuis lors, les négociations n'en finissent plus pour que les Etats-Unis assument leurs responsabilités. Une délégation américaine s’est rendue récemment près d’Almeria pour "conseiller l’Espagne sur le nettoyage des zones contaminées au plutonium radioactif".

17 janvier 1966 : un bombardier américain et son avion d’approvisionnement en carburant entrent en collision au-dessus des côtes espagnoles. Le bombardier a largué avant d'exploser quatre bombes atomiques qui s’écrasent sur le territoire espagnol. Deux d’entre elles restent, par miracle, intactes, mais les autres répandent leur charge de plutonium radioactif dans la région de Palomares, près de la ville andalouse d’Almería.

22 février 2011 : une délégation américaine composée de personnel technique se rend sur les lieux, comme l’ont fait à plusieurs reprises des représentants des Etats-Unis depuis quarante-cinq ans.

Visite de routine

Le but de cette énième visite, contrairement à celles qui ont été organisées au cours de la dernière décennie, est de conseiller l’Espagne sur la décontamination de la zone. Elle ne devrait toujours pas apporter de réponses aux principales attentes des Espagnols…

La délégation américaine en visite actuellement est purement technique. Rien à voir avec la politique", explique la porte-parole du Centro de Investigaciones Energéticas, Medioambientales y Technológicas (CIEMAT).

Le pays espère encore que les Etats-Unis assument pleinement leurs responsabilités et rapatrient la terre contaminée, l’Espagne ne disposant d’aucune infrastructure pour entreposer ces déchets. La ministre des Affaires Etrangères, Trinidad Jimenez, a reconnu hier avoir fait une demande en ce sens aux Etats-Unis. L’Exécutif de José Luis Rodríguez Zapatero en avait déjà parlé au vice-président américain, Joe Biden, lors de sa visite à Madrid en juillet 2010.

Une histoire qui traine

Jusqu’à présent, les Etats-Unis ont évité de se prononcer ouvertement sur une prise en charge des frais de réhabilitation de la zone et sur le la prise en charge des déchets de plutonium. Washington semble chercher à gagner encore du temps, et éviter de rapatrier les 50.000 mètres cubes de terre contaminée par le demi-kilo de plutonium radioactif qui reste incrusté dans ce terrain. Les études montrent qu’avec un procédé de tamisage de la terre, le volume à ramener aux Etats-Unis pourrait être réduit à 6000 mètres cubes.

Comme le plutonium est enfoui, sa présence ne pose aucun problème au niveau sanitaire pour les habitants. Il est néanmoins nécessaire de l’extraire de la zone car si la terre est remuée pour des travaux de construction par exemple, la poussière qui s’en dégagera peut être problématique pour la santé", explique la représentante du CIEMAT.

Ce n'est d’ailleurs seulement qu'en 2004, lorsque la pression immobilière a atteint un niveau particulièrement fort sur les côtes, et que des travaux risquaient d’être engagés dans les zones contaminées, que les autorités publiques ont entammé leur expropriation. Des barrières ont été posées pour interdire l’accès, près de quarante ans après la contamination de la zone.

Désengagement américain

Rien n’indique pour l’instant que les Etats-Unis comptent acheminer la terre contaminée vers leur territoire. Quant aux frais de la réhabilitation de la zone, auncune déclaration des Etats-Unis pour y participer pour jusqu'à présent.

D’autant moins que depuis 2009, l'aide qu'ils apportaient au financement de la surveillance de la pollution de la zone et des effets pour les habitants a été stoppée. Chaque année depuis 1966, 150 habitants de la zone sont soumis à des examens pour mesurer le niveau de plutonium de leur corps.


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